Zika de nouveau mis en cause dans une maladie neurologique

Commentaire. Zika est impliqué, en plus de l’encéphalite et des microcéphalie congénitales, dans une autre maladie neurologique, le Syndrome de Guillin-Barré, reconnu officiellement aussi comme conséquence de certaines vaccinations.

 

L’ARTICLE :

Des médecins brésiliens soupçonnent le virus d’être à l’origine d’une rare maladie du système nerveux central chez certains patients.

En moins d’un an, le virus Zika est passé du statut de curiosité médicale sans gravité à celui d’ «urgence mondiale», selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Déjà mis en cause dans l’augmentation des cas de microcéphalie et des syndromes de Guillain-Barré, le virus Zika pourrait également avoir d’autres effets délétères sur le cerveau. Au Brésil, où 500 000 à 1,5 million de personnes ont été infectées par le virus en 2015 selon les autorités sanitaires, des médecins ont constaté l’apparition d’encéphalomyélites aiguës disséminées chez deux patients atteints de Zika. Leur étude, présentée le 10 avril lors de la conférence annuelle de l’Académie américaine de neurologie, laisse entrevoir que le virus a sans doute été sous-estimé.

Entre décembre 2014 et juin 2015, l’équipe de Maria Lucia Brito Ferreira, chef de service de neurologie dans un hôpital de la ville balnéaire de Recife, a collecté les données de 151 patients pris en charge pour des symptômes évoquant à la fois une inflammation du système nerveux et une contamination par un arbovirus, la famille de virus dont font partie Zika, la dengue et le chikungunya. À leur arrivée à l’hôpital, ces patients présentaient tous de la fièvre, suivie d’une éruption cutanée. Parmi eux, certains souffraient également de graves démangeaisons, de douleurs musculaires et articulaires ainsi que d’hyperémie oculaire (excès de sang dans le blanc de l’œil). Chez six patients, tous testés positifs au virus Zika, ces symptômes ont par la suite abouti à des atteintes neurologiques graves.

Des troubles persistants

Alors que chez certaines personnes, ces atteintes neurologiques sont arrivées avec les premiers symptômes, d’autres ont fait leur apparition dans les deux semaines qui ont suivi. Quatre des six patients ont développé un syndrome de Guillain-Barré, une rare maladie inflammatoire auto-immune qui s’attaque au système nerveux et provoque des lésions. Les auteurs de l’étude n’ont pas été surpris de ces résultats, puisque la culpabilité de Zika dans ce syndrome a été confirmée il y a quelques semaines. Par contre, ils ont découvert que deux autres patients avaient développé une encéphalomyélite aiguë disséminée.

Cette maladie correspond à une inflammation du système nerveux central faisant suite à une infection virale ou bactérienne. De courte durée, cette affection neurologique rare cause des lésions au niveau de la myéline, la gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses. Dans la majorité des cas, cette pathologie ne laisse pas de séquelles et ne réapparaît pas. Mais chez les deux patients diagnostiqués, les scanners ont montré des altérations au niveau de la matière blanche, qui constitue la partie interne du cerveau et la partie superficielle de la moelle épinière.

Pas de lien de causalité encore

Après leur sortie de l’hôpital, cinq des six patients présentaient des troubles moteurs persistants. Un patient avait des difficultés visuelles et un autre souffrait de déclin cognitif. Pour les auteurs, ces résultats rendus publics lors de la conférence annuelle de l’Académie Américaine de Neurologie (Vancouver) nourrissent l’hypothèse que le virus Zika a d’autres effets sur le cerveau que ceux déjà connus. Néanmoins, cette étude ne permet pas de mettre en évidence un lien de causalité entre le virus et ces troubles. Les chercheurs appellent donc à la réalisation de nouvelles études afin de prouver ou d’infirmer leur hypothèse.

«Pour le moment, il ne semble pas que les cas d’encéphalomyélite aiguë disséminée soient aussi courants que les cas de syndrome de Guillain-Barré», souligne dans un communiqué de l’Académie américaine de neurologie James Sejvar, neuroépidémiologiste au Centre de contrôle et de prévention des maladies à Atlanta (États-Unis). Pour ce scientifique qui n’a pas participé à l’étude, ces résultats suggèrent que les médecins doivent avoir à l’esprit que ce trouble ou d’autres pathologies auto-immunes attaquant le système nerveux central peuvent apparaître dans la foulée d’une contamination par le virus Zika.

Par Cécile Thibert – le 11/04/2016

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/04/11/24848-zika-nouveau-mis-cause-dans-maladie-neurologique

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 113