Une prévalence plus élevée de troubles psychotiques parmi les réfugiés politiques

Commentaire. Les réfugiés politiques ont beaucoup plus de troubles psychotiques.

Comment comprendre cela ?

Le traumatisme bien sûr, la perte des repères, de la famille, de l’identité, l’adaptation par un schéma psychotique.

Mais en sens inverse, ne pouvons-nous pas imaginer que les personnes présentant un trouble psychotique ont un vécu semblable, de guerre personnelle, sociale ou familiale, mais que celui-ci s’est produit dans la vie ordinaire ? Ce sont des traumatisés réfugiés de la vie quotidienne, de la vie ordinaire qui parait banale mais qui, pour eux, dans leur situation, est ultra traumatisante au point qu’ils soient réfugiés d’eux-même, de leur vie, de leur famille, de leur environnement. Pris au milieu d’une guerre que personne (ou presque personne) ne voit. 

L’études des réfugiés politiques pourrait servir de modèle de compréhension, pour réaliser ce que vit vraiment un psychotique.

Surprise. Les populations réfugiées sub sahariennes ne sont pas touchées. ? A méditer.

 

L’ARTICLE :

Les crises humanitaires à travers le monde ont contribué ces dernières années à d’importants mouvements migratoires, les plus considérables depuis la seconde guerre mondiale. La santé de ces populations déplacées devrait être un sujet de préoccupation essentiel. Santé physique bien entendu, mais aussi santé mentale. Car les réfugiés ont connu des situations de conflits, la persécution, les violences et des évènements des plus tragiques. Cela ne peut être sans conséquence sur leur santé mentale.

Les réfugiés ont-ils plus de risque de pathologie psychiatrique que les migrants « non-réfugiés » et que les habitants « autochtones » ? Il s’agit là d’un sujet pour le moins délicat dont s’est emparé une équipe suédoise. En 2011, les réfugiés comptaient pour 12 % du total des migrants en Suède. Les auteurs ont réalisé une étude de cohorte incluant plus de 1,3 millions de personnes vivant en Suède, 88,4 % d’entre eux ayant leurs 2 parents suédois, 1,8 % étant des réfugiés arrivés en Suède après 1984 et 9,8 % des migrants non réfugiés. Ils ont comparé le taux de survenue de troubles psychotiques dans ces 3 groupes, soit au total 3 704 cas pour 8,9 millions de personne-années.

Plus de trois fois plus de risque de psychose que quand on a deux parents suédois !

Il apparaît que les réfugiés demandeurs d’asile ont un risque supérieur de 66 % de présenter une schizophrénie ou un autre trouble psychotique par rapport aux migrants non réfugiés de la même région d’origine, et 3,6 fois plus de risque que les suédois issus de parents suédois. L’augmentation du risque par rapport aux migrants non réfugiés est présente dans les deux sexes, mais plus marquée pour les hommes. Une exception toutefois : cette différence entre migrants réfugiés ou non n’est pas retrouvée chez les personnes originaires d’Afrique sub-saharienne.

L’hypothèse est que ce risque de psychose tient aux difficultés que ces personnes, adultes et enfants, ont rencontrées dans leur pays d’origine avant qu’ils n’en viennent à la décision de migrer, y compris les conséquences de la guerre, de la violence, des persécutions. Il pourrait tenir aussi à des facteurs intervenant après la migration, comme la discrimination et le racisme, ou encore l’exclusion sociale auxquels doivent faire face des personnes. Quoi qu’il en soit, cette étude met l’accent sur la vigilance nécessaire aux personnels en charge des soins à ces réfugiés, pour dépister précocement et prendre en charge ces patients vulnérables, particulièrement ceux qui sont exposés à une très forte adversité psychosociale.

Dr Roseline Péluchon

Références

Hollander A-C et coll. : Refugee migration and risk of schizophrenia and other non-affective psychoses: cohort study of 1.3 million people in Sweden

BMJ 2016; 352: i1030

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Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 110