Une molécule naturelle au passé synthétique

Commentaire de Olivier Soulier.

Lettre de la Médecine du sens N° 16.

Cette découverte a un côté étonnant, mais au delà elle a une signification plus profonde.

Bien sur il est intéressant qu’un des médicaments, le meilleur de sa génération soit une molécule naturelle. Il serait bon d’en savoir plus sur la genèse de cette découverte en labo il y a 40 ans.

Cela veut dire que la médecine redécouvre que la nature possède en elle des ressources aussi merveilleuses que inexplorées. Il serait bien que cette découverte – constatation ouvre une conscience. Explorer les possibilités infinies de la nature. Comprendre qu’une molécule naturelle a beaucoup moins de chance d’avoir des effets secondaires problématiques, puisqu’elle a été conçue selon les mêmes règles chimiques. Tenter d’explorer la nature en posant des raisonnements d’analogie de forme et de fonction afin d’imaginer quelle plante est destinée à soigner quoi. Au fond, revenir à un savoir ancestral avec un peu plus de modestie que ce que montre la médecine et surtout la pharmacie moderne. Penser que la nature doit contenir les remèdes des maladies du futur et que détruire une espèce peut nous amener dans une impasse médicale et représente un crime contre l’humanité.

Enfin redonner toute la valeur aux nombreux remèdes anciens et plus récents issus de la nature alors que la pharmacie essaye de les interdire afin d’éviter la concurrence.

Au fond cette découverte fortuite pourrait marquer un pas décisif dans l’histoire de la médecine et de l’humanité.

Voyez aussi la très intéressante vidéo sur ce thème en suivant le lien de radio-canada.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2013/09/26/001-molecule-antidouleur-arbre-afrique.shtml

 

L’ARTICLE

Des chercheurs français ont eu toute une surprise alors qu’ils pensaient être parvenus à isoler et caractériser une nouvelle molécule antidouleur à partir d’un extrait d’écorce de racines d’une plante africaine.

Après analyse, cette molécule toute naturelle s’est avérée identique au tramadol, un médicament de pure synthèse conçu par l’homme très largement utilisé comme analgésique partout sur la planète.

D’après Michel De Waard et ses collègues de l’Université Joseph Fourier, c’est la première fois qu’un médicament de synthèse issu de l’industrie pharmaceutique est découvert à forte concentration dans une source naturelle.

La source naturelle

La molécule est retrouvée naturellement dans le Nauclea latifolia, un petit arbuste abondamment répandu en Afrique subsaharienne.

En médecine traditionnelle, il est utilisé dans le traitement de différentes maladies, dont l’épilepsie, la fièvre, le paludisme et la douleur.

Dans le laboratoire

La molécule s’apparente au tramadol, un médicament de synthèse mis au point dans les années 1970 et utilisé couramment dans le traitement de la douleur. Ses effets secondaires, notamment de dépendance, sont moins prononcés que ceux de la morphine dont il est dérivé.

Pour confirmer sa découverte, l’équipe française a testé différents procédés pour prouver l’authenticité de cette origine naturelle. Ses analyses ont par ailleurs été confirmées par trois laboratoires indépendants.

Cette découverte permet de penser que les populations locales pourront accéder à une source de traitement à bon marché. Elle valide aussi certains concepts de médecine traditionnelle, comme la décoction d’écorces de racines.

Elle permet aussi d’effectuer une mise en garde contre les risques de dépendance liée à la surconsommation des racines de cette plante.

Nauclea latifolia  Photo :  Wikimedia Commons

 

Photo tramadol :  Inserm