Une étude randomisée prouve l’intérêt de la transplantation fécale hétérologue contre C. difficile

Commentaire.  La question se pose : si je guéris mon microbiote intestinal (ma flore ) est ce que je me guéris ? 

Et plus encore est ce que je ne pourrais pas carrément adopter la flore intestinale de quelqu’un en bonne santé pour être en bonne santé.

C’est un peu un des monstres du Lock Ness de la thérapie.

Pourtant cette étude montre qu’une greffe bactérienne (un germe d’une flore de quelqu’un d’autre) dans le gros intestin permet de guérir les affections au terrible « Clostridium difficile ». Un premier pas.

Je suis convaincu qu’il doit être possible de définir la flore (ce qui se fait déjà) mais aussi de trouver les microbes antidotes des déséquilibres.

Il y a 30 ans avec le développement des probiotiques, j’ai plaidé pour des probiotiques spécifiques par type de maladie, ça commence à venir, mais je pense que c’est une voie à développer davantage encore.

 

L’ARTICLE :

Une transplantation fécale avec donneur, administrée par colonoscopie, est sûre et plus efficace qu’une greffe autologue dans la prévention des récidices à Clostridium difficile. C’est ce que montre une étude randomisée parue dans Annals of Internal Medicine.

 

Il fallait une étude randomisée contrôlée en double aveugle pour prouver l’intérêt d’une transplantation fécale avec donneur dans la lutte contre les récidives à Clostridium difficile. Les données reposant à ce jour sur des études de cas et essais cliniques ouverts. Voilà qui est fait grâce à une équipe américaine.

Les auteurs ont recruté 46 patients ayant eu au moins trois épisodes d’infections par C. difficile et traités par vancomycine au cours de la dernière infection. La moitié des patients a reçu une transplantation fécale avec donneur et l’autre a bénéficié d’une greffe autologue à partir de ses propres selles, administrées par colonoscopie.

Suite à la greffe et dans les deux mois qui ont suivi, 90,9% des patients ayant reçu une greffe hétérologue ont été guéris avec résolution des diarrhées sans recours à un anti-infectieux contre seulement 62,5% des personnes ayant reçu une greffe autologue.

En outre, les neuf patients ayant contracté de nouvelles infections à C. difficile dans ce dernier groupe ont finalement reçu une greffe de donneur et ont alors été guéris. L’analyse montre que cette greffe hétérologue a permis de restaurer une flore bactérienne variée identique à celle des donneurs sains. Le tout, sans effet indésirable sérieux.

Par Mme Aude Rambaud (Boulogne)

Référence :

Colleen R. Kelly et al.

Effect of Fecal Microbiota Transplantation on Recurrence in Multiply Recurrent Clostridium difficile Infection: A Randomized Trial

Ann Intern Med. 2016;165(9):609-616

[Retrouvez l’abstract en ligne]

http://www.mediscoop.net/index.php?pageID=1873f921c3c7691a5533cdcb7f1cc32a&midn=9054&from=newsletter

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 143