Un lien entre antibiotiques et asthme ?

Commentaire

Tout cela a une logique évidente. Cela montre bien le rôle fondamental des infections pour aider à la solution des difficultés que rencontre un sujet (ici respiratoire, donc relationnelle). Supprimer l’action du microbe c’est laisser le sujet avec sa difficulté non solutionnée qui se manifestera alors par un asthme.

L’asthme survenant chez l’enfant alors que c’est la femme enceinte qui a pris des antibiotiques pendant la grossesse ouvre d’autres perspectives. Il n’y a pas d’infection du placenta ou de l’enfant, c’est au niveau du vécu maternel que se met en place le message.

Mais comment ?

Cela pourrait signifier que c’est un maternel non résolu qui est transmis à l’enfant et donnerai l’asthme. L’antibiotique ayant empêché la résolution du conflit maternel.

Nous pouvons aussi nous souvenir que le placenta que nous avons longtemps pensé stérile, comporte une flore bactérienne assez riche qui est l’image de la flore buccale maternelle. 

Nous sommes là au coeur de la transmission transgénérationnelle et avec cette phrase clé :

«Tout ce qui n’est pas assumé à une génération se payera à la génération suivante”.

L’ARTICLE :

Des études épidémiologiques ont mis en évidence une coïncidence entre l’accroissement de l’utilisation des antibiotiques et l’augmentation de l’incidence de l’asthme de l’enfant. Par la suite, de nombreux travaux ont tenté de démontrer un lien autre que temporel entre ces deux évènements et certains auteurs ont suggéré que l’exposition aux antibiotiques pendant la vie intra-utérine ou la petite enfance pouvait favoriser l’apparition de l’asthme. Les données sont toutefois contradictoires, sans doute du fait de l’existence de facteurs confondants.

Le British Medical Journal publie les résultats d’une étude qui apporte un éclairage intéressant sur cette question. Réalisée en Suède à partir de registres de données, l’étude concerne près de 500 mille enfants nés entre 2006 et 2010. Les auteurs ont analysé la cohorte entière puis les données de 180 mille enfants appartenant à des fratries.

La première analyse confirme l’existence d’une association positive entre l’exposition aux antibiotiques pendant la vie intra-utérine ou pendant l’enfance et l’apparition ultérieure d’un asthme (Hazard ratio [HR] 1,28, intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,25 à 1,32). Cette association disparaît ou en tous cas diminue significativement après analyse par fratries (HR 0,99 ; 0,92 à 1,07), suggérant que l’association est fortement commandée par des facteurs d’influence. Dans la cohorte entière, c’est la prise d’antibiotiques dans le cadre d’une infection respiratoire qui apparaît le plus liée à une augmentation du risque d’asthme (HR 4,12, IC 3,78 à 4,50), beaucoup plus que celle d’antibiotiques à visée urinaire ou cutanée (HR 1,54, IC 1,24 à 1,92). Dans l’analyse par fratries, l’augmentation du risque d’asthme après exposition aux antibiotiques pour infection respiratoire est moindre (HR 2,36, IC 1,78 à 3,13) et disparaît chez les sujets pour lesquels le traitement a été prescrit pour une infection urinaire ou cutanée (HR 0,85, IC 0,47 à 1,55).

De l’analyse de cette cohorte il apparaît que la relation entre l’exposition aux antibiotiques et l’asthme ultérieur serait plutôt le résultat de facteurs confondants, facteurs familiaux partagés par les fratries et biais d’indications ou causalité inversée par les infections respiratoires.

Dr Roseline Péluchon

Référence

Örtqvist AK et coll. : Antibiotics in fetal and early life and subsequent childhood asthma: nationwide population based study with sibling analysis. BMJ 2014; 349: g6979.

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