Texte de Victor Hugo, Conclusion

Commentaire. Un très beau texte de Hugo à méditer.

 

LE TEXTE :

” Homme, contente-toi de cette soif béante ;

Mais ne dirige pas vers Dieu ta faculté

D’inventer de la peur et de l’iniquité,

Tes catéchismes fous, tes korans, tes grammaires,

Et ton outil sinistre à forger des chimères.

Vis, et fais ta journée ; aime et fais ton sommeil.

Vois au-dessus de toi le firmament vermeil ;

Regarde en toi ce ciel profond qu’on nomme l’âme ;

Dans ce gouffre, au zénith, resplendit une flamme.

Un centre de lumière inaccessible est là.

Hors de toi comme en toi cela brille et brilla ;

C’est là-bas, tout au fond, en haut du précipice.

Cette clarté toujours jeune, toujours propice,

Jamais ne s’interrompt et ne pâlit jamais ;

Elle sort des noirceurs, elle éclate aux sommets ;

La haine est de la nuit, l’ombre est de la colère !

Elle fait cette chose inouïe, elle éclaire.

Tu ne l’éteindrais pas si tu la blasphémais ;

Elle inspirait Orphée, elle échauffait Hermès ;

Elle est le formidable et tranquille prodige ;

L’oiseau l’a dans son nid, l’arbre l’a dans sa tige ;

Tout la possède, et rien ne pourrait la saisir ;

Elle s’offre immobile à l’éternel désir,

Et toujours se refuse et sans cesse se donne ;

C’est l’évidence énorme et simple qui pardonne ;

C’est l’inondation des rayons, s’épanchant

En astres dans un ciel, en roses dans un champ ;

C’est, ici, là, partout, en haut, en bas, sans trêve,

Hier, aujourd’hui, demain, sur le fait, sur le rêve,

Sur le fourmillement des lueurs et des voix,

Sur tous les horizons de l’abîme à la fois,

Sur le firmament bleu, sur l’ombre inassouvie,

Sur l’être, le déluge immense de la vie !

C’est l’éblouissement auquel le regard croit.

De ce flamboiement naît le vrai, le bien, le droit ;

Il luit mystérieux dans un tourbillon d’astres ;

Les brumes, les noirceurs, les fléaux, les désastres

Fondent à sa chaleur démesurée, en tout

En sève, en joie, en gloire, en amour, se dissout ;

S’il est des coeurs puissants, s’il est des âmes fermes,

Cela vient du torrent des souffles et des germes

Qui tombe à flots, jaillit, coule, et, de toutes parts,

Sort de ce feu vivant sur nos têtes épars.

Il est ! il est ! Regarde, âme. Il a son solstice,

La Conscience ; il a son axe, la Justice ;

Il a son équinoxe, et c’est l’Egalité ;

Il a sa vaste aurore, et c’est la Liberté.

Son rayon dore en nous ce que l’âme imagine.

Il est ! il est ! il est ! sans fin, sans origine,

Sans éclipse, sans nuit, sans repos, sans sommeil. ”

 

Texte paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 111