Tester l’odorat pour dépister l’autisme

Commentaire. Les autistes sont moins sensibles aux mauvaises odeurs. Et plus l’autisme est profond plus ce signe est fort. L’odorat étant un sens profond et archaïque, nous voyons bien là où l’autisme agit. Symboliquement comment comprendre que les autistes ne captent pas le danger ?

 

L’ARTICLE :

Les très jeunes autistes réagissent faiblement aux mauvaises odeurs, démontrent des chercheurs israéliens.

L’autisme se manifeste chez les jeunes enfants par des anomalies du comportement, mais il est difficile à diagnostiquer chez les moins de 2 ans. D’où l’intérêt suscité par une nouvelle piste de dépistage, présentée dans un article publié récemment dans Current Biology, qui s’appuie sur la réactions des tout-petits aux odeurs, bonnes et mauvaises.

L’examen qu’ont mis au point les scientifiques israéliens de l’institut des sciences Weizmann (Tel Aviv) consiste à exposer les enfants à différents effluves: soit attractifs, comme ceux des fleurs, soit répulsifs, comme les odeurs de putréfaction. Ils ont ainsi testé, individuellement et pendant 10 minutes, 36 enfants (34 garçons et 2 filles) dont la moitié était déclarée autiste. Les bambins, installés confortablement devant des dessins animés, étaient équipés d’un masque nasal relié par un tube rouge qui diffusait les odeurs pendant qu’un second tube vert, relié à un ordinateur, permettait de mesurer les variations de leur respiration. Grâce à un logiciel spécialement conçu pour l’occasion, les chercheurs ont pu détecter, après l’analyse des variations de la respiration, 81 % des cas autistiques.

Chez la plupart des individus, l’exposition à une bonne odeur provoque une respiration profonde, tandis qu’une mauvaise odeur produit l’effet inverse. Auprès des enfants sains testés, l’ajustement de la respiration se faisait en 305 millisecondes après exposition, alors que chez les enfants autistes aucune réaction aux bonnes et mauvaises odeurs n’était observée dans ce labs de temps. L’équipe de recherche a remarqué que plus l’autisme était sévère, moins la réponse aux mauvaises odeurs était marquée.

100.000 jeunes autistes en France

Causé par un dysfonctionnement neurobiologique dont les causes restent mal connues, l’autisme affecte les compétences de communications et les interactions sociales. «Avec les enfants autistes, la réaction aux stimulations est dégradée. D’ailleurs, un des éléments de diagnostic consiste à vérifier que les yeux arrivent à suivre un mouvement. Nous nous sommes alors demandés si cette caractéristique pouvait s’appliquer à d’autres sens chez les jeunes enfants», explique au Figaro Liron Rozenkrantz, chercheur en neurobiologie et coauteur de l’étude. Les chercheurs israéliens soulignent en effet que l’odorat joue un rôle central dans le développement des capacités sociales.

©Ofer Perl. Modèle de la phase de test

«Nos résultats soulèvent l’espoir du développement d’un outil de diagnostic sur des tout-petits âgés de quelques mois seulement», conclut le chercheur Noam Sobel, ayant participé à l’étude.

Une innovation à accueillir avec prudence, rappelle Danielle Langlois, vice-présidente de l’association autisme France. «Les résultats de cette étude doivent encore êtres dupliqués et vérifiés. Si cette piste est validée par la suite, sa traduction en une application concrète prendra au moins une dizaine d’années», explique-t-elle au Figaro. De bons spécialistes sont déjà capables de détecter des symptômes chez des enfants de quelques mois, ajoute-t-elle par ailleurs.

D’après l’Inserm, on estime à 100.000 le nombre de jeunes de moins de 20 ans atteints d’autisme en France et l’autisme infantile concernerait environ 30 000 d’entre eux.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/07/06/23922-tester-lodorat-pour-depister-lautisme

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 77