Sovaldis: un prix toxique qui limite l’accès au traitement de l’hépatite C

Commentaire :

En clair «vous ne saviez pas soigner cette maladie, cela vous coutait cher et bien moi je sais soigner et vous me donnez tout ce que cela vous coutait avant».

Exploitation du prix de la souffrance. Ou encore «votre maladie est cotée en bourse». La fin de toute éthique en matière de santé. Vous êtes malades on va se faire un max sur votre dos.

La startup Pharmasset découvreur du Solvadis a été vendue sur ce raisonnement 11 milliard de dollars à Gilead archétype de la bigpharma Américaine prête à tout sur cette idée. Combien de fric on peut se faire avec un tel produit seul sur le marché ? Gilead essaye de rentabiliser son achat. Nous sommes dans une logique boursière qui n’a plus rien àvoir avec la santé. Des labos si puissants qu’ils imposent leur prix bien au delà de leurs objectifs de rentabilité. La marchandisation de vos maladies.

Un petit mot sur l’hépatite C. Elle parle d’un problème d’identité, de soi. Qui suis je vraiment, quelle est mon origine, ma filiation ? Mais surtout comment je me reconnais et je m’accepte dans cette filiation ? Quelle est en fait mon identité ?

 L’ARTICLE :

Paris, le samedi 6 septembre 2014 La révolution est annoncée depuis plusieurs mois : grâce aux agents antiviraux directs (AVD), lhépatite C pourrait être quasiment éradiquée (dans lhypothèse oùtous les patients connaîtraient leur statut sérologique, ce qui est loin d’être le cas). Fruits dun long travail de recherche académique et industriel, ces traitements sont pour lheure utilisés en France dans le cadre dune autorisation temporaire dutilisation (ATU). Cependant, l’élargissement de leur autorisation se fait attendre avec comme point central des discussions : la fixation de leur prix, les demandes des laboratoires étant aujourdhui très élevées. Les inquiétudes sont grandes au sein des associations de patients : beaucoup redoutent quun prix trop lourd à financer conduise à restreindre les indications dutilisation et à écarter certains patients aux profils socio-économiques trop incertains. Du côté des pouvoirs publics, cinq députés, emmenés par la présidente socialiste de la Commission des affaires sociales de lAssemblée nationale, Catherine Lemorton, ont tenu à manifester leurs préoccupations sur le sujet et ont adressé début juillet une lettre ouverte aux responsables des laboratoires Gilead, qui commercialisent le Sovaldi (Sofosbuvir) et dont les prétentions en termes de prix seraient les plus élevées et, sest-on scandalisé, les plus éloignées des coûts de production. Cette intervention publique pourrait avoir omis certains éléments. Outre le refus de prendre en compte le coût de la recherche et de linvestissement, dune manière générale, les critiques concernant le prix des AAD semblent relever dune analyse à court terme. Si effectivement les dépenses engendrées pour prendre en charge ces traitements seront très élevées, elles représentent néanmoins à moyen et long terme un coût moindre que celui lié à la prise en charge dun malade atteint dhépatite C, sur le plan sanitaire et social. Comme nous le révèlent nos confrères du site « Docbuzz », cette analyse, rarement présentée en France, a été menée avec rigueur par les économistes spécialistes de santé du Québec. Depuis le 4 juin dernier, en vertu dune décision de lInstitut national dexcellence en santé et en services sociaux (INESSS), le Sovaldi est recommandé au Québec pour traiter « les patients atteints dune infection au virus de lhépatite C de génotypes 1 et 4, peu importe lampleur de la fibrose », tandis quen France, la Haute autorité de Santé (HAS) a assuré récemment quil ny avait pas de bénéfice à lutilisation précoce des AAD. Le prix a pour sa part été fixé au Québec à 84 000 dollars pour le traitement dun patient. Ce montant est le résultat dune étude pharmaco économique ayant mis en évidence le fait que la prise en charge dun homme souffrant dhépatite C âgé de 35 à 39 ans variait entre 50 000 et 327 000 dollars par an. Aussi, même à ce niveau élevé, le prix du Sovaldi demeure rentable aux yeux de la province Québecoise. On ne trouve pour lheure pas trace dune argumentation similaire en France. La parole est laissée à ceux qui à juste titre sinquiètent de voir, pour des raisons économiques, de nombreux patients potentiellement privés dune révolution thérapeutique majeure. Vice président de SOS Hépatites Fédération, Michel Bonjour est un des porte-paroles les plus sérieux de ceux qui remarquent que le « prix est une entrave aux soins », un argument difficile à combattre, même si on le voit, laffaire nest peut-être pas aussi simple.

Par Michel Bonjour, vice président de SOS Hépatites Fédération

L’arrivée d’agents antiviraux directs (AVD) est en passe de modifier de façon radicale la prise en charge de l’hépatite virale C avec de nouveaux traitements plus efficaces, sans interféron et mieux tolérés. Mais leur plus grande toxicité, c’est leur coût ! Comment espérer traiter les patients qui doivent l’être avec ces prix plus qu’exorbitants ? Les tarifs exigés ne le permettront pas, et seuls les malades prioritaires, en cirrhose et en échec de traitement antérieur seront traités. Les autres personnes devront attendre que l’état de leur foie se dégrade…

Tandis que le premier rapport d’experts sur les hépatites virales (Rapport Dhumeaux-mai 2014) fournit des recommandations médicales de traitement, les limites apportées par la Haute Autorité de Santé (HAS) laissent entrevoir désormais une véritable stratégie de rationnement. Nous refusons que le prix d’un traitement ne vienne remettre en cause notre principe d’accès à la santé.

Un prix non justifié

Le sofosbuvir a le statut de médicament d’exception, mais il ne devient « exceptionnel » qu’avec un autreAVD, voire deux autres. D’ailleurs, les hépatologues n’ayant pas une grande confiance en l’association sofosbuvir+ribavirine ont attendu l’ouverture effective de l’accès compassionnel au daclatasvir fin avril et l’ont associé au sofosbuvir pour leurs malades « difficiles »  à traiter. Le schéma majoritaire actuel de traitement est l’association sofosbuvir+daclatasvir, d’une durée de six mois et d’un coût de 147 000 Euros. Si le laboratoire BMS applique le même prix (35 000 euros) pour trois ou six mois de daclatasvir, Gilead n’a pas cette élégance et six mois de traitement doublent le tarif exigé pour 3 mois (56 000 euros multipliés par deux). La question d’un prix « à la cure » ou « à la guérison » mérite d’être posée. Rappelons par ailleurs que ce prix, initialement fixé par rapport au coût de la greffe de foie, a par la suite été injustement extrapolé à l’ensemble des patients potentiels.

Une recherche publique majeure

Les recherches qui ont conduit à l’élaboration de traitements contre l’hépatite C ont majoritairement été menées par des équipes publiques Nord-Américaines, Japonaises et Françaises. Les équipes du CNRS ont ainsi montré la structure tridimensionnelle du virus et ont ouvert la voie aux premiers traitements.
La finance américaine a très rapidement identifié l’hépatite C comme un marché immense. Gilead a déboursé 11 milliards de dollars pour le rachat de Pharmasset, la start-up à l’origine du Sovaldi. Les actionnaires de Pharmasset auront donc empoché la plus-value sur leurs titres, ceux de Gilead espèrent un retour sur investissement…on s’éloigne de la fixation d’un prix vertueux censé financer la recherche-développement.

Le prix, une entrave aux soins

Avec ces prix faramineux, beaucoup de médecins, soumis à la pression des directeurs des hôpitaux et des pharmacies, sont contraints de faire un tri parmi les patients, parfois sur des critères non médicaux. Les contraintes économiques et les préjugés conditionnent souvent les choix, et les migrants, les détenus et les usagers de drogues sont les premiers à être écartés à l’accès aux traitements innovants, alors que les nouvelles recommandations du rapport hépatites priorisaient leurs accès aux soins.
Nous, associations de malades, représentants des usagers, soignants, exigeons la garantie d’un accès équitable aux nouveaux traitements contre le VHC sur la base des recommandations du rapport d’experts. Nous considérons que l’intérêt de santé publique, le caractère épidémique du VHC et  les menaces pesant sur notre système de santé appellent à soumettre le Sovaldi au régime de la licence d’office, permettant ainsi aux autorités publiques d’autoriser l’exploitation du brevet par un tiers, à un moindre coût.
Malgré le mouvement porté par la lutte contre le VIH/sida, et dont la loi du 4 mars 2002 est une étape importante, cette situation met en exergue que certaines décisions restent hors de toute participation des malades. Il en est ainsi de la Commission de la transparence de la HAS (sic) et du Comité économique des produits de santé (CEPS). Pour la première fois, le CEPS a auditionné une délégation associative face à la problématique du prix du sofosbuvir. L’avenir nous dira si cette ouverture est un premier pas vers plus de transparence ou juste un alibi.

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