RYCKE GEERD HAMER est décédé ce dimanche 2 juillet 2017 à Sandefjord,  en Norvège à l’âge de 82 ans.

Une chronique de Jean Paul Devoie

Ce médecin Allemand interniste a été très contesté.

Génie pour les uns, charlatan pour les autres, il aura déchaîné les passions et les contradictions pendant 40 ans avant de partir dimanche dernier, 39 ans après son fils Dirk.

Il y a Hamer lumière et Hamer ombre.

A la suite du décès de son fils Dirk en 1978 et d’un cancer des testicules qu’il développe ensuite, il met au point toute une nouvelle vision du cancer et des maladies. Il propose un système qui se calque sur la physiologie, la biologie et l’embryologie, ainsi que sur les microbes et pose l’origine essentiellement psychologique des maladies.

Son système très élaboré, et rigoureux a inspiré des générations entières de médecins et de thérapeutes. Il éclaire la compréhension du fonctionnement de la vie et à ce titre il représente une véritable révolution.

Alors pourquoi a t-il été si décrié, condamné, emprisonné, persécuté. Pourquoi l’accuse t-on de décès de patients et de multiples travers.

Nous pensons que malgré le génie de sa découverte, il a commis plusieurs erreurs. Il est important de différencier dans son oeuvre, les bons côtés et les erreurs.

Sa première erreur, sa première illusion, a été de penser que de comprendre suffit à guérir.

Si cette idée est très positive, même si pas forcément suffisante dans de nombreuses maladies, elle est toujours insuffisante et souvent dangereuse en matière de cancer. Le cancer est un processus physiologique «fait pour tuer». Il met fin, à terme, à la vie et au mode de fonctionnement de l’être qui a présidé à ses choix depuis des années.

Ce processus est souvent violent et puissant. Comprendre peut arrêter de le nourrir, pas le guérir. Il faut savoir à la fois comprendre et utiliser tous les moyens de la médecine pour enrayer ce processus. A défaut vous aurez vite fait de «mourir guéri».

Sa seconde illusion a été de rester au niveau animal.

Bien sûr sa compréhension de la vie sur le mode animal est d’un apport crucial. Son explication du monde intégrant les microbes et l’embryologie est extraordinaire, mais malheureusement il lui manque une dimension.

L’humain est un être à la fois animal et spirituel. A la différence des animaux qui n’ont pas de libre arbitre et agissent selon des principes de survie (que Hamer prend comme pilier de sa compréhension), les humains ont un certain niveau de choix, même si cela ne peut pas tout. Cette possibilité de choix de vie est déterminant.  Réduire l’humain à son animalité est limitant et dangereux.

C’est probablement par ces deux illusions que les idées de Hamer ont pu conduire à des catastrophes. Il a malheureusement toujours exclu et condamné tous ceux qui ont souhaité apporter ces nuances à sa théorie, sombrant avec les années dans une radicalité désastreuse.

Comme de nombreux inventeurs, il s’est vite senti à la fois sûr de son fait, sans remise en question, et vite persécuté. Il a malheureusement développé avec les années, une véritable paranoïa, doublée d’un délire antisémite totalement regrettable. Son intransigeance a pu générer des erreurs médicales que nous condamnons fermement.

Si nous pouvons dépasser cette face ombre et ne regarder que l’oeuvre de Hamer, il reste un véritable novateur en médecine. Son travail méritera d’être repris pour en extraire l’essentiel. Une compréhension large et profonde des forces et des mécanismes humains issus de son histoire. Histoire bactériologique et microbienne, compréhension appuyée et éclairée par l’embryogenèse. Il replace le cerveau au centre de l’être humain, la psychologie comme base des maladies. Il rend caduque toutes les théories classiques, pasteuriennes et organiques. Il explique enfin des données essentielles du fonctionnement humain.

Sa position sur le rôle des microbes conçue il y a presque 40 ans,  a été profondément inspirée. Depuis des années nous voyons apparaitre des publications et des best seller sur le rôle du microbiote dans notre équilibre. La flore intestinale et l’intestin deuxième cerveau devient au centre de notre physiologie et de la compréhension des maladies. Tout cela Hamer l’a conçu  il y a bien longtemps. Nombreux sont ceux qui ont grâce à lui enfin mieux compris le pourquoi de ce qui leur arrivait.

Certes notre médecine moderne ultra performante peut faire des miracles, mais elle reste totalement désarmée et muette le plus souvent sur la cause profonde des maladies.

Il faut remonter à la découverte de l’homéopathie il y a 220 ans ou à l’acuponcture il y a 4000 ans pour retrouver pareille nouveauté.

Mais n’oublions pas que comprendre n’est pas guérir. Laissons Hamer retrouver son fils parti il y a presque 40 ans, et gardons le meilleur de ses éclairs de génie. Regardons ses découvertes comme un système de compréhension, guérir est une autre chose.

Posons nous aussi une question essentielle, peux t-on être un génie, sans être un peu fou ? Peux t-on faire de grandes découvertes sans un moteur puissant ou un drame venu bouleverser toute notre vie ? L’éclair de génie n’est-il pas notre solution face à l’ultime difficulté ? N’y a t-il pas forcement intransigeance dans ce processus de survie créatrice ?

La  vie et la mort de Steve Job qui a révolutionné l’informatique et la vie moderne aurai t-elle existé sans le drame de sa vie, son abandon et son refus de remettre en question son histoire et la relation à son père.

Hamer n’échappe pas à la règle. Le génie comme ressource ultime à la souffrance. Mais la création n’est-elle pas la solution face à l’impossible ? L’humanité n’a t-elle pas toujours avancé de cette manière là. Mourant de certitude et de sécurité et se dépassant de souffrance et d’obstacle.

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 171