Pourquoi pardonner ?

Commentaire. Le pardon. Quelle question importante.

Il y a d’un côté ceux qui disent qu’il faut pardonner comme Olivier Clerc.

Et de l’autre ceux qui ont mis en évidence le risque du pardon comme Alice Miller.

Pour ma part je me situe un peu entre le deux et pense que le pardon est une perle vers la guérison, mais qu’il peut aussi être dangereux.

Dans cet article le pardon est présenté avec aussi ses modulations, pardonner n’est pas oublier, et il n’exclut pas un procès au besoin.

Je dirais que dans ces conditions il s’apparente plutôt à une sortie de la haine et de la colère, pour entrer dans une acceptation de ce qui a été. Dépasser, continuer.

Il y a aussi la notion de comprendre l’autre dans ses mouvements et ses motivations. Pourquoi m’a  t-il fait cela, quelle est l’origine de l’action ? Cela peut beaucoup aider.

Françoise Dolto nuançait aussi les choses en disant « Parfois comprendre, c’est déjà trop ».

Dans certaines situations comprendre trop l’autre peut mettre en difficulté, surtout si l’autre continue à avoir une action toxique ou dangereuse.

J’ai souvent vu des effets pervers d’un pardon posé comme une obligation, ou comme une vertu universelle. 

Il a eu plusieurs effets secondaires possibles.

Parfois, en pardonnant, vous ne voyez plus le côté dangereux d’une attitude. Vous êtes si heureux que cette situation soit réglée, alors qu’elle ne l’est peut être pas vraiment, et que les attitudes persistent. Vous risquez de baisser la garde. Votre corps pourra même déclencher une série de maladies pour vous protéger, vous parler d’un danger que vous ne voyez plus, ne voulez plus voir.

L’autre difficulté serait, une fois pardonné, de considérer que cette attitude est normale, banale.

Bien sur me direz-vous, je ne suis pas assez naïf, je suis très lucide. Mais, en pratique, cela se passe souvent différemment. Très souvent l’attitude qui a été pardonnée devient presque normale et vous finirez par la reproduire.

Vous deviendrez comme celui a qui vous avez pardonné. 

Pardonner au monstre c’est le risque de devenir comme le monstre.

Bien sûr nous pouvons pardonner, quand ce processus est bien posé c’est un des outils les plus puissants de guérison. Mais il passe par plusieurs étapes et demande la coopération de celui à qui vous voulez pardonner. 

Jean Monbourquette dans son livre « Comment pardonner » explique très bien toutes ces phases pour réussir le processus du pardon.

Je vais vous proposer mieux, au-delà de pardonner, demandez-vous à qui vous pouvez demander pardon et là alors vous verrez les merveilles que cela déclenchera. Il y a, là,  matière à faire beaucoup de bien.

 

 

L’ARTICLE :

« Le pardon libère l’âme, il fait disparaître la peur. C’est pourquoi le pardon est une arme si puissante » Nelson Mandela.

À l’occasion de la 4e édition des journées du Pardon qui auront lieu du 29 oct. au 1er nov 2016, Olivier Clerc nous éclaire sur la puissance du pardon.

  • Olivier Clerc, qu’est-ce que le pardon ? 

Bonne question ! C’est en effet un terme dont la définition varie énormément d’une personne à l’autre, selon l’éducation que l’on a reçue (religieuse, laïque, psy, etc.). Pour faire simple, j’ai pour habitude de dire que « le pardon, c’est la guérison des blessures du cœur ». C’est le moyen de sortir de la rancune, de la haine, de l’envie de vengeance. C’est donc ce qui permet de revivre, d’aimer à nouveau. Cela n’implique pas obligatoirement l’adhésion à une religion ou une voie spirituelle, même si cela peut aussi se faire dans ce contexte, bien entendu.

Autrement dit, le pardon c’est d’abord un cadeau que l’on se fait à soi-même. Alors qu’à l’inverse, ne pas arriver à pardonner, c’est se condamner soi-même à souffrir et même à se rendre malade, puisqu’il y a désormais des études statistiques, menées notamment à l’université de Stanford par le Dr Fred Luskin, qui montrent que les personnes qui ne pardonnent pas développent tout un éventail de pathologies (y compris des cancers) et ont en moyenne une durée de vie de 5 à 6 ans plus courte que les autres.

  • Il s’agit donc de pardonner  pour vivre mieux ?

Pour te répondre, j’ai envie de citer « Shantaram », ce formidable roman autobiographique, gros best-seller mondial, qui commence d’ailleurs par un paragraphe sur le pardon, de toute beauté. L’auteur, Gregory David Roberts, écrit à la fin du chapitre 17 : « C’est le pardon qui fait de nous ce que nous sommes. Sans le pardon, l’espère humaine se serait annihilée dans des châtiments sans fin. Sans le pardon, il n’y aurait pas d’histoire. Sans cet espoir, il n’y aurait pas d’art, car toute œuvre d’art est d’une certaine manière un acte de pardon. Sans ce rêve, il n’y aurait pas d’amour, car tout acte d’amour est en partie une promesse de pardon. Nous continuons à vivre parce que nous pouvons aimer, et nous aimons parce que nous pouvons pardonner. » Magnifique, n’est-ce pas ?

Il suffit de lire les journaux pour voir à quoi conduit l’incapacité à pardonner. Mais j’ajoute aussitôt que pardonner ne veut pas dire cautionner : le pardon n’a pas vocation à nous rendre stupides, ni à nous mettre en danger. On peut pardonner… et intenter un procès s’il le faut. Mais sans haine. Parce que c’est juste. Parce que celui qui a enfreint la loi doit être confronté aux conséquences de ses actes. Le pardon n’est pas un acte de faiblesse.

  • Pardonner, est-ce oublier ?

J’ai traité cette question importante dans mon dernier livre, Peut-on tout pardonner ? (Eyrolles, 2015). Pour résumer, tout est affaire de discernement. Entretenir la mémoire de ce qui est arrivé de façon morbide peut faire obstacle au pardon, empêcher la cicatrisation de nos plaies, puisqu’on les exhibe à chaque instant. Mais, à l’inverse, oublier l’offense trop rapidement peut nous rendre inconscients, imprudents, et nous valoir de nouveaux ennuis. Jacques Chirac disait : « Je ne suis pas rancunier… mais je ne suis pas amnésique non plus ! ». On peut pardonner avec le cœur, tout en gardant en tête ce qui a été fait pour en tirer d’utiles leçons. Le véritable enjeu, c’est de parvenir à se libérer de la charge émotionnelle négative que contiennent certains souvenirs, plutôt que de les refouler et de tout oublier.

  • Peut-on tout pardonner ?

C’est sans doute la question qu’on m’a posée le plus souvent, depuis que je suis dans ce domaine. Voilà pourquoi j’en ai fait le titre de mon dernier livre. Le cheminement que je fais faire à mes lecteurs dans ces pages aboutit – attention, spoiler ! – à la conclusion que la question est en réalité mal posée ou, si tu veux, qu’elle reflète une ancienne manière de considérer le pardon : un pardon centré sur l’autre, notamment. Du coup, plutôt que d’y répondre par « oui » ou par « non », je propose deux autres questions à mes lecteurs, qui sont à mon avis celles qui nous importent vraiment.

La première, c’est : « Est-ce que je peux guérir ? ». Autrement dit, après avoir vécu ce que j’ai vécu, après les traumatismes, les souffrances que j’ai connues, est-ce que je vais pouvoir revivre, serai-je capable d’aimer à nouveau ? C’est l’écho de la question que se pose toute personne atteinte dans son intégrité physique, à cause d’une grave maladie ou d’un accident : est-ce que je vais vivre ? est-ce que je vais remarcher, etc. ?

Cette première question nous concerne nous-mêmes. Elle s’accompagne d’une autre question qui vise cette fois la ou les personnes qui nous ont fait du tort : qu’est-il juste que je fasse par rapport à elle/eux ? Est-ce qu’une réconciliation est envisageable ? Ou dois-je plutôt mettre un terme à cette relation (mais sans haine, si j’ai fait œuvre de pardon) ? Ou faut-il carrément déposer plainte au commissariat (mais aussi le cœur en paix) ?

Ces deux questions permettent de faire une double distinction entre ce qui se passe dans mon cœur et dans ma tête, et entre ce à quoi j’aspire pour moi (le pardon) et ce qu’appellent au besoin les actes de l’autre (la justice).

  • Comment pardonner à quelqu’un ?

C’est justement pour fournir une multitude de réponses à cette question que j’ai créé les Journées du Pardon avec mon épouse, Annabelle, en 2012. J’ai la chance d’avoir moi-même reçu un formidable moyen de cheminement vers le pardon, lors de ma rencontre avec Miguel Ruiz au Mexique, en 1999, après avoir traduit et publié son best-seller mondial, « Les quatre accords toltèques ». Mais il n’y a pas plus de panacées en matière de guérison du cœur que pour la guérison du corps. Ce qui marche pour toi ne marche pas forcément pour moi ; ce qui nous convenait hier ne nous convient peut-être plus aujourd’hui. D’où ce grand « menu dégustation » que sont les Journées du Pardon : il y a du sucré, du salé, de l’épicé, de l’amer, du cru, du cuit, pour tous les goûts ! L’idée est que chacun trouve au moins un outil, une approche, un moyen de s’avancer sur les voies du pardon qui sont libératrices. Et puis, c’est aussi un moyen de sortir des querelles de clocher : d’apprendre à travailler tous ensemble au service d’une même cause, même si nos approches diffèrent !

  • À qui s’adressent ces journées du pardon ?

À tout le monde, ou du moins à tous ceux et celles qui ont envie de faire un bout de chemin vers cette guérison du cœur. Il n’y a pas de prérequis. Qu’on soit religieux ou laïc, branché spiritualité ou non, chacun peut trouver chaussure à son pied à ces journées. Après, c’est affaire de sensibilité, d’envie, d’affinité, comme toujours. Mais de notre côté, nous avons voulu cet événement libre de tout dogme ou idéologie, donc très pluriel dans sa mise en œuvre et dans la diversité de ses intervenants, comme le reflètent les programmes des trois premières éditions.

Nous avons ainsi eu la chance et le bonheur d’accueillir des gens aussi différents que Jacques Lecomte, Valérie Tong Cuong, Marguerite Kardos, Maria-Elisa Hurtado-Graciet, Colin Tipping (US), Pierre Pradervand (Suisse), Phakyab Rinpoché (Tibet), Jean-Paul Samputu (Rwanda), Ginn Fourrie (Afrique du Sud), Michal Pundak Sagie (Israël) et Bassam Aramin (Palestine), et de nombreux autres.

A savoir : les 6 plénières des Journées 2015 ont été filmées et sont visibles en vidéo ici : C’est une bonne manière d’avoir un aperçu de ce que nous y vivons !

Merci Olivier Clerc

http://www.bloomingyou.fr/le-pardon/

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 119