Pesticides: «Le piège écologique»

Disparition des Abeilles et néonicotinoides. « Business is Business »

La gouvernement retourne sa veste mais c’est surtout Barbara Pompili notre ministre de l’écologie celle qui avait obtenu l’interdiction des Néonicotinoïdes, les tueurs d’abeilles, qui avale son chapeau.

L’objectif est de sauver la filière betteravière française.

Au risque de sacrifier « la filière vivante » dans son entier.

Quel manque de bon sens. Et surtout encore une attaque des lobbys.


Barbara Pompili s’était promis de ne jamais sacrifier l’écologie sur l’autel de l’économie. Quand elle était secrétaire d’État dans le gouvernement de Manuel Valls, elle a donc interdit l’usage d’un pesticide car il tue les abeilles. Quatre ans plus tard, la ministre de la Transition écologique n’est pas devenue une consumériste pour qui seule la croissance importe, mais elle s’est heurtée à une réalité: sans cet insecticide, notre production de betterave sucrière court à sa perte. Elle a donc décidé d’avaler son chapeau et de l’autoriser à nouveau. Provisoirement, jure-t-elle.

Pesticides: Barbara Pompili à l’épreuve des réalités agricoles

La ministre de la Transition écologiste Barbara Pompili lors de la séance de questions au gouvernement le 28 juillet 2020. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Les soldes d’été sont terminés. Barbara Pompili en a profité pour dégoter une veste réversible. La ministre de la Transition écologique vient d’autoriser l’utilisation temporaire d’un pesticide après l’avoir fait interdire quatre ans plus tôt. Forcément, la pilule est difficile à avaler pour les écolos et une partie de son camp. Le député ex-LREM Matthieu Orphelin s’est ainsi désolé: «Ce n’est pas avec cette politique “un pas en avant, deux pas en arrière” que le gouvernement va réussir la sortie des pesticides».

Au cœur de la controverse, un néonicotinoïde. Cet insecticide tue les pucerons porteurs de la jaunisse, et, plus problématique, décime aussi les abeilles. La fin de son usage en 2016 pour cette raison a eu des conséquences désastreuses dans les champs: cette année, sur les 450.000 hectares de betteraves sucrières dans l’Hexagone, plus des trois quarts sont ravagés par la jaunisse. Faute de solution, «il n’y aura plus de filière sucrière» d’ici à 6 mois, a affirmé Barbara Pompili afin de justifier son revirement. La ministre n’a pas tort, à terme, notre filière nationale pourrait disparaître. Dans ce cas de figure, la France devrait alors importer son sucre du Brésil – on a vu plus écologique.

Si cette histoire de renoncement à interdire un pesticide vous est familière, c’est normal, notre gouvernement a déjà fait le coup avec le glyphosate, herbicide jugé «potentiellement cancérigène par l’OMS». Dans les Bouches-du-Rhône, un maraîcher a été intoxiqué après que sa plantation de tomates bio a été aspergée de cet herbicide par des délinquants.

Pesticides: «Le piège écologique»

Figure originale de la vie politique, Edgar Faure a laissé derrière lui quelques bonnes formules. À ceux qui lui reprochaient son opportunisme, il répondait: «Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent.» Malheureusement, quand le vent devient tornade, il est plus difficile de s’en sortir. Barbara Pompili en fait la dure expérience.

Ministre écologiste pendant le quinquennat de François Hollande, elle avait porté une loi interdisant l’usage de certains insecticides dans la culture de la betterave. Avec force et conviction. Aujourd’hui en charge de la Transition écologique sous Emmanuel Macron, elle vient d’accepter d’y déroger pour sauver la filière sucrière française, la première d’Europe. Les critiques fusent de toutes parts, y compris au sein de la majorité.

Au-delà de la polémique – très politicienne – qu’il suscite, ce revirement illustre à la perfection l’impasse dans laquelle nous sommes. La crise du Covid aidant, tout le monde ne jure que par une vie toujours plus saine, un air toujours plus pur, une Terre toujours plus propre. Qui n’en voudrait pas?

Rien n’empêche d’y parvenir, mais sans faire n’importe quoi n’importe comment. C’est pourtant le drame. Les nombreux collapsologues, qui prévoient la fin du monde faute d’un changement radical, ont inoculé un dangereux virus à notre époque.

Que ce soit sur le front agricole ou énergétique, la culture hors-sol du diktat antipolluant confond vitesse et précipitation: elle décrète, interdit, sanctionne, sans réfléchir aux conséquences économiques et sociales à brève échéance ni prévoir l’après. À ce rythme-là, beaucoup de professions ne pourront bientôt plus boucler leurs fins de mois. C’est le piège écologique.

Le nouveau premier ministre a annoncé la création prochaine d’un haut-commissariat au Plan pour orienter les choix de l’exécutif. Au lieu d’exhumer cet organisme qui fleure bon le temps jadis, le gouvernement serait mieux inspiré de mettre les bouchées doubles sur l’innovation pour anticiper les bouleversements qui nous attendent.

Yves Thréard Le Figaro