On dort mal à trop contrôler son sommeil

C’est ce que titre Le Figaro, qui note que « les objets connectés évaluant le sommeil manquent de fiabilité et risquent de pousser vers une quête excessive du «bien dormir» ».

Le journal remarque ainsi : « À 27 ans, Sabine dort mal. Son «capteur» de sommeil, autrement dit l’objet connecté qui analyse ses mouvements nocturnes, un bracelet Fitbit, confirme son impression en montrant de nombreux épisodes d’agitation et une efficacité globale du sommeil qui atteint péniblement 60% ».

« Une consultation spécialisée et un enregistrement en laboratoire du sommeil confirment un syndrome des jambes sans repos (agitation et besoin irrépressible de remuer les jambes), bien connu pour perturber le sommeil, mais rien d’anormal sur le plan respiratoire ou sur les phases de sommeil », indique le quotidien.

Le Figaro relève qu’« après 2 mois de traitements médicamenteux, le syndrome des jambes sans repos s’est amélioré mais Sabine continue de se plaindre d’un sommeil agité et non récupérateur. Un «mauvais sommeil » confirmé par son petit appareil. Mais cette fois encore le nouvel enregistrement nocturne de la qualité du sommeil, effectué en laboratoire au 5e mois, confirme une bonne qualité de sommeil. Insuffisant toutefois pour rassurer la patiente : «Alors pourquoi mon Fitbit me dit-il le contraire?», répond-elle à son médecin ».

Le journal explique que « le Pr Kelly Glazer Baron et ses collègues de l’université Northwestern de Chicago (États-Unis), qui viennent de publier ce cas et deux autres dans le Journal of Clinical Sleep Medicine, proposent le terme nouveau d’orthosomnie pour qualifier cette quête d’un sommeil tellement parfait qu’elle en devient obsessionnelle ».

Le Dr Nicolas Postel-Vinay, fondateur du site www.automesure.com, remarque que « la plupart du temps, lorsque les gens utilisent ce type d’appareil, c’est en réalité pour être rassurés. […] Le problème, c’est que pour le sommeil ces appareils sont imparfaits et lorsque les résultats ne sont pas bons, ils sont impossibles à interpréter pour les consommateurs ».

Le Figaro souligne en outre que « ces appareils échappent à toute validation médicale », le Dr Postel-Vinay relevant que « contrairement aux appareils de mesure de la glycémie ou de la pression artérielle qui sont des dispositifs médicaux et pour lesquels des normes existent, il n’y a rien de tel pour le sommeil ».

Le journal rappelle ainsi que « le sommeil est un phénomène complexe, plus difficile à quantifier qu’on ne le croit ».

Le Dr Frédéric Le Guillou, pneumologue et auteur d’un mémoire de Sciences Po sur l’apport de la télémédecine dans l’apnée du sommeil, observe que « plus de 50% des objets connectés n’ont pas de mentions légales et parmi ceux qui revendiquent un bénéfice sanitaire à peine un quart ont été développés avec au moins un professionnel de santé dans l’équipe. Tous ces objets ou applications n’ont d’intérêt que s’ils sont intégrés à des organisations de soins structurés ».

Le Pr Pierre Philip, qui dirige l’unité Sanpsy (sommeil, attention et neuropsychiatrie) du CNRS, relève pour sa part que « le problème, ce n’est pas tant l’appareil que l’usage qu’on en fait », ajoutant que « l’intelligence artificielle des capteurs de sommeil n’est pas si intelligente que ça !, en tout cas loin encore de celle d’un professionnel de santé ».

Le chercheur souligne néanmoins que « les gens qui s’engagent dans la quantification de soi sont des gens qui sont soucieux de leur santé ».

Date de publication : 15 Mars 2017

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