Mollivirus sibericum, le nouveau virus géant

Commentaire. Des virus anciens sont régulièrement redécouverts. Le réchauffement climatique entraîne le dégel de la Sibérie (le permafrost) et l’apparition de virus anciens. Comme un monde enfoui, un Jurasic Park microbien. Passionnant. Comme un monde entier que nous ignorons. Le cinéma a déjà utilisé le filon, mais pas encore d’une façon qui colle vraiment avec cette réalité cachée, avis aux scénaristes.  Nous assistons surtout à un changement très rapide de notre terre surtout depuis 30 ans avec dans 30 autres années un monde totalement différent. Pas forcément bien. A suivre.   L’ARTICLE : Retrouvé dans le pergélisol de Sibérie, puis réactivé par le laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/Aix-Marseille université), il est vieux de 30.000 ans. Mollivirus sibericum est le quatrième virus géant découvert dans le monde. «C’est sans doute le premier virus réellement ressuscité après 30.000 ans et qui n’existe plus aujourd’hui sur Terre, explique à Sciences et Avenir Jean-Michel Claverie, directeur du laboratoire Information génomique et structurale (CNRS/Aix-Marseille). C’est la différence avec le pithovirus réactivé l’année dernière car on sait qu’il existe encore aujourd’hui des pithovirus». Observables au microscope classique Ses prédécesseurs se nomment Megavirus, découvert en 2003, Pandoravirus, découvert en 2013 dans les eaux au large du Chili et le pithovirus sibericum, retrouvé lui aussi dans le pergélisol sibérien en 2014. Les quatre sont observables avec un microscope classique et disposent d’un nombre élevé de gènes codant plus de 500 protéines. Mais là s’arrête les ressemblances. En fait, ces quatre virus n’ont en commun que leur taille. «C’est comme si on observait des voitures de marques différentes et ayant la même couleur et qu’on décidait qu’elles forment une même famille sur ce seul critère de couleur» précise Jean-Michel Claverie. Mollivirus a la forme d’une coque oblongue d’environ 0,6 μm de long renfermant un génome d’environ 650.000 paires de base codant pour plus de 500 protéines. Ces protéines n’ont pas la moindre ressemblance avec celles produites par pithovirus, mimivirus ou les pandoravirus. Le Mollivirus est très dépendant de son hôte car il utilise le noyau cellulaire pour se répliquer dans l’amibe, ce qui le rapproche des petits virus. Les autres virus géants identifiés jusqu’à présent possèdent au moins une partie de la machinerie nécessaire à la production des protéines et à la réplication. Cette découverte montre que des virus de types très différents ont pu survivre sur de très longues périodes dans le permafrost, dont des espèces potentiellement pathogènes. «Bien sûr, dès qu’on détecte un nouveau virus, nous nous assurons en premier lieu de l’absence de risques pathogènes pour l’homme» rassure Jean-Michel Claverie. Les conséquences du réchauffement climatique Mais l’inquiétude est alimentée par le réchauffement climatique qui fait fondre le permafrost et par la colonisation par l’homme de zone aujourd’hui désertique dans le cadre d’explorations pétrolières ou minières. «Le réchauffement climatique rend également des endroits (autrefois) inaccessibles complétement accessibles, s’inquiète Jean Michel Claverie dans un entretien avec France Info. Des couches qui n’ont pas été perturbées depuis des millions d’années vont revenir à la surface.» Jusqu’ici l’absence de l’homme de ces zones rendait toute contamination impossible. L’arrivée de l’homme dans ces régions jusque-là désertiques pourrait créer un réel danger de contamination par des virus enfouis dans la glace depuis des dizaines voire des centaines de milliers d’années. Un scénario déjà largement anticipé par le cinéma. http://www.lefigaro.fr/sciences/2015/09/08/01008-20150908ARTFIG00003-mollivirus-sibericum-le-nouveau-virus-geant.php Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 82