Moins d’infections, plus de maladies auto-immunes

Commentaire. L’hygiène favorise les maladies auto immunes, encore un article qui va dans ce sens. La rencontre avec le microbe est comme la rencontre avec le monde, elle peut être difficile mais elle est essentielle. Comment savoir qui je suis si je ne me suis pas confronté à l’autre ? Eviter trop la maladie, c’est amener l’individu à une méconnaissance de soi, une difficulté à affronter la vie et un risque de se retourner contre soi.

 

L’ARTICLE :

INTERVIEW – Jean-François Bach, professeur émérite d’immunologie, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, explique qu’en réduisant la fréquence des maladies infectieuses, les progrès de l’hygiène et de la médecine laisseraient plus d’espace aux maladies auto-immunes.

LE FIGARO. – D’où vient l’idée d’utiliser des parasites contre d’autres maladies?

Jean-François BACH. – Dès la fin des années 1980, le Pr Strachan de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (Royaume-Uni) remarquait que dans les familles nombreuses, le risque de rhinite allergique diminuait à mesure que la fratrie grandissait. Ainsi l’aîné avait-il plus de risque d’être allergique que le 3e ou 4e enfant! Il émettait alors l’hypothèse que l’aîné était moins confronté aux infections des autres dans l’enfance. Plus récemment, on a observé que des enfants élevés à la ferme en contact avec des animaux avaient moins d’asthme allergique que les autres. Mais bien sûr cela ne remet pas en cause les bénéfices de l’hygiène quotidienne. Simplement, cela a modifié la fréquence des maladies.

Est-ce aussi le cas au niveau des populations?

Voilà une trentaine d’années que l’on a remarqué que lorsqu’il y avait beaucoup de maladies infectieuses dans un pays, il y avait moins de maladies allergiques (asthme, rhinite, eczéma du nourrisson, allergies alimentaires) et moins de maladies auto-immunes de type diabète 1, sclérose en plaques, maladies inflammatoires de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique). Cela a été attribué aux conditions sanitaires (théorie hygiéniste), c’est-à-dire le manque d’accès à une eau potable, à de la viande respectant la chaîne du froid, au fait de disposer d’antibiotiques lorsqu’on est malade… L’effet s’observe aussi pour des populations génétiquement proches. Ainsi en République de Carélie, y a-t-il 4 à 5 fois moins de maladies auto-immunes et allergiques qu’en Finlande, voisine. Cela à cause des moins bonnes conditions sanitaires du pays!

Comment une infection peut-elle être bénéfique?

Il y a une quinzaine d’années, nous avons montré avec mon équipe Inserm à Necker que si l’on infectait des souris destinées à devenir diabétiques (modèle animal de la maladie) avec des virus, des bactéries et des parasites, on empêchait complètement cette évolution! Partant de ce constat, certaines personnes atteintes de maladies auto-immunes vivant dans des pays développés ont même eu l’idée de s’auto-infester avec des œufs de parasite dans l’espoir de réduire les symptômes et l’évolution de leur maladie. Ça n’est évidemment pas une solution recommandable à grande échelle, mais le concept est là. Il faut cependant rester prudent dans un contexte de prévention car depuis, même s’il existe des pistes prometteuses chez l’homme, d’une part, ça n’est pas forcément le cas pour toutes les maladies infectieuses ou auto-immunes et, d’autre part, ça n’est peut-être pas le seul facteur qui joue un rôle.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/09/04/24078-moins-dinfections-plus-maladies-auto-immunes

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 82