METHAMPHETAMINE

Commentaire. 

Le Captagon : la drogue des Djihadistes. Nous en avions déjà parlé, cette drogue qui enlève toute peur et toute conscience de soi et des autres. (Lettre Médecine du Sens n° 77)

Cette méthode n’est pas nouvelle. De nos jours, c’est le Captagon, mais pendant la seconde guerre mondiale, la Méthamphétamine, les armées l’ont largement utilisé, les Waffen SS, ceux d’Oradour-sur-Glane et d’ailleurs, mais également les kamikazes japonais et les pilotes de bombardiers américains.

L’ARTICLE :

Historique

L’amphétamine, découverte avant la méthamphétamine, fut d’abord synthétisée en 1887 en Allemagne par le chimiste roumain Lazăr Edeleanu qui l’appela phénylisopropylamine7,8.

Peu de temps après, la méthamphétamine fut synthétisée à partir de l’éphédrine en 1893 par le chimiste japonais Nagai Nagayoshi9.

Trois décennies plus tard, en 1919, le chlorhydrate de méthamphétamine fut synthétisé par le pharmacologiste Akira Ogata via la réduction de l’éphédrine en utilisant du phosphore rouge et de l’iode10.

La forme HCl a été synthétisée, brevetée en 1937 et commercialisée dès 1938 par la société pharmaceutique allemande « Temmler Werke GmbH (en) » sous la marque « Pervitin ».

Comme les amphétamines, elle a largement été utilisée sur les soldats lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment des Allemands, des Finlandais, mais également des Japonais et des pilotes de bombardiers américains. L’étude des effets secondaires n’ayant pas été poussée encore très loin à cette époque, des doses assez fréquentes étaient ainsi administrées4.

Comme d’autres drogues, elle fut testée sur des araignées dès les années 1950. Celles qui y furent exposées, même à de faibles doses, produisirent des toiles tout à fait anormales11,12,13,14. Plus la toxicité du produit est élevée, plus l’araignée laisse de trous dans sa toile15.

Elle fut un temps commercialisée comme un médicament aux États-Unis pour divers problèmes médicaux, allant de l’obésité à la dépression. Mais depuis 1970, elle est classée comme stupéfiant. Sa consommation s’est développée à partir de la Corée et des Philippines sur la côte ouest des États-Unis vers 19854, puis la côte est, au cours des années 1990.

Au début des années 2000, l’ice et le crystal ont fait leur apparition sur le marché des drogues britanniques. Aujourd’hui, cette méthamphétamine est fabriquée à partir de divers médicaments. On la trouve fréquemment dans les anciens pays communistes d’Europe16.

Usage militaire

La méthamphétamine a souvent été donnée aux troupes combattantes et aux pilotes, en temps de guerre, par leur gouvernement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle était d’usage chez la plupart des belligérants :

  • en Allemagne, sous les noms de Pervitin17 et Isophan, en Italie, les commandos utilisaient les tablettes de « Simpamina D (it) » (dextrométamphétamine) ;
  • au Japon, pour faciliter leurs missions-suicides, les kamikazes, utilisaient le Philoponnote 1,18/ « Hiropon (ja) » (laboratoire Dainippon Sumitomo Pharma). À la fin de la guerre, les militaires démobilisés et les civils, écouleront les stocks19, et provoqueront l’accoutumance de 5 % des jeunes Japonais dans les années 1950note 2 ;
  • chez les Alliés, elle était connue sous les noms de Methedrine20 ou Pervitine. En trois ans, l’armée anglaise consommera 3 millions de doses et l’armée américaine 180 millions de doses21.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande a distribué de la Pervitin dans ses divisions à tous les niveaux, soit 3 millions de soldats. Elle est utilisée sous le nom de « Panzerschokolade », « Fliegerschokolade », « Stuka-Tabletten » ou encore « pilules Hermann Göring » (« Hermann-Göring-Pillen »), le chocolat noir énergisant « Scho-Ka-Kola (en) », était enrichi à l’époque, à la Pervitin22. Le but recherché était de diminuer l’anxiété et d’augmenter la puissance et la concentration chez les soldats et les pilotes ; de plus, les soldats pouvaient rester éveillés pendant plus de 24 heures23. Entre avril et juin 1940, la Wehrmacht et la Luftwaffe ont utilisé plus de 35 millions de comprimés de Pervitin essentiellement pour les soldats spécialisés (aviateurs, tankistes)2425.

 

Le 1er juillet 1941, Leonardo Conti, le chef de la santé du Reich, obtient la classification de la Pervitin parmi les produits définis par la « loi du Reich sur les opiacés  (de) ». Il condamne l’usage privé de la Pervitin mais ne remet pas en cause son utilisation à des fins militaires. Cette modification de législation rendit la Pervitin disponible seulement sous prescription, la loi du Reich sur les opiacés ne s’appliquant pas aux forces militaires26. Cela n’en a pas réduit l’utilisation de manière significative car les médecins continuèrent à délivrer les prescriptions, à une cadence élevée.

À partir de 1943, la production de Pervitin devenant insuffisante pour répondre à la demande, les soldats « en manque » écrivent à leurs familles pour en obtenir à titre personnel : la Pervitin continue en effet à être disponible en pharmacie, jusque dans les dernières semaines du conflit27.

Le 16 mars 1944, à Kiel, le Vice-amiral Hellmuth Heye réclame une pilule plus efficace, qui « peut stimuler les soldats et en même temps augmenter leur estime de soi. » Le pharmacologue Gerhard Orzechowski, présente une pilule nommée « D-IX (de) ». Elle contient un cocktail de cinq milligrammes de cocaïne, trois miligrammes de Pervitin et cinq milligrammes d’Eudokal, un antidouleur puissant à base de thébaïne. Les essais ont lieu sur les prisonniers du camp de concentration de Sachsenhausen à partir de novembre 1944. Ces pilules seront avalées, en particulier, par les équipages des « torpilles humaines Neger  (en) » et des sous-marins de poche « Biber (Castor) » et « Seehund (Phoque) ». La capitulation, le 4 mai 1945, stoppera le développement de cette véritable bombe chimique28.

Usage pour fuir la RDA

Après une préparation physique intense, effectuée discrètement pendant deux ans, le 14 juillet 1971, à Kühlungsborn, alors en République démocratique allemande, Peter Döbler (de), médecin de 31 ans et excellent nageur, rejoint à la nage le phare Staberhuk (de), sur l’île de Fehmarn, distante de 48 kilomètres, de l’autre côté du rideau de fer. Il atteint son objectif après une traversée en haute mer, effectuée en 25 heures, sans boire ni manger, aidé seulement par plusieurs prises espacées, de comprimés de métamphétamine, et de quelques barres de chocolat29,30.

Usage sportif

En 1953, l’alpiniste autrichien Hermann Buhl a utilisé de la Pervitine, sur les conseils du médecin de l’expédition, pour sa première ascension du Nanga Parbat31.

 

En octobre 2010, une enquête allemande a révélé que la victoire de la République Fédérale d’Allemagne lors de la coupe du monde de football de 1954 était imméritée, car l’équipe allemande s’était dopée à la Pervitine32,33,34,35.

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thamph%C3%A9tamine

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 92