« Maladie de Lyme, le complotisme appliqué aux acariens »

Commentaire. Le complotisme appliqué aux acariens. Bien sûr, c’est la polémique.

Soyons clair le Pr ¨Peronne” est une personnalité aussi compétente que remarquable.

 

L’ARTICLE :

Le Journal du Dimanche s’interroge : « Faut- il avoir peur de l’infection véhiculée par les tiques ? Alors qu’un plan ministériel se prépare, les spécialistes dénoncent un phénomène de «panique obscurantiste» ».

Le journal observe que « depuis quelques mois, [le Pr Christian Perronne, chef du service d’infectiologie de l’hôpital de Garches], multiplie les alertes. Dans les médias, il accuse ses pairs de dissimuler les ravages de la maladie de Lyme, une pathologie infectieuse transmise par les tiques, fréquente chez les forestiers et les chasseurs. Minimisation du nombre de personnes touchées, promotion de tests biaisés… On serait face à un Tchernobyl médical franco- français ».

Le Journal du Dimanche indique que « l’homme, qui a ses entrées au ministère de la Santé, ainsi qu’à l’Enseignement supérieur et à l’OMS, a fini par convaincre les autorités sanitaires de le suivre, au nom du principe de sécurité ».

« Selon nos informations, le futur plan Lyme, annoncé à la fin du mois, prévoit de financer ses recherches iconoclastes en testant ses protocoles hors des sentiers battus », précise le journal, qui note cependant qu’« à mots couverts, certains confrères le jugent «respectable, sympathique et sincère», mais se désolent que son discours «obscurantiste» soit parvenu à ébranler le ministère. Lui se réjouit de l’issue heureuse d’une décennie de combat solitaire ».

Le Pr Perronne déclare ainsi : « Au début, je ne parlais pas de mes théories dans mon milieu, de peur de ne pas être crédible. Heureusement les malades ont fait ma pub ».

Le Journal du Dimanche remarque que « Christian Perronne joue l’émotion contre la raison. Quand on observe que ses positions hétérodoxes n’ont pas été démontrées, il sort de la manche de sa blouse une explication étonnante : l’explosion «cachée» de la maladie de Lyme serait, selon lui, «politique», due à une prolifération mal contrôlée de tiques trafiquées par un chercheur nazi réfugié aux États-Unis ».

Le journal relève que « ce médecin de 61 ans se ferait le porte-voix d’une «hystérie mondiale», selon les mots d’András Lakos, un des grands spécialistes européens de Lyme. Le premier pilier de cette «théorie du complot» reposerait sur un mensonge par omission : en fait, Lyme n’est pas mortelle. Le plus souvent bénigne (éruption rouge sur la peau), elle se guérit grâce à un court traitement antibiotique ».

L’hebdomadaire observe que « d’après un récent rapport, sur les quelque 27.000 personnes touchées en moyenne chaque année en France entre 1986 et 2012, un chiffre en hausse à cause de la prolifération des tiques, environ 950 hospitalisations seulement sont recensées ». Le Pr François Bricaire, de La Pitié-Salpêtrière à Paris, note ainsi que « dans la majorité des cas, cela se termine bien. Ces malades-là, on ne les revoit jamais ».

Le Journal du Dimanche ajoute que « certes, quand les premiers symptômes passent inaperçus, Lyme peut devenir, dans 15 à 20% des cas, une maladie chronique (qui dure plus de 3 mois) et invalidante : arthrite, problèmes dermatologiques, fatigue, etc. ».

András Lakos souligne cependant que « même ces formes s’améliorent en quelques semaines si on adopte le traitement adéquat », l’hebdomadaire ajoutant que « comme ses confrères français, il pointe le vrai scandale de Lyme : méconnue par de nombreux généralistes, elle est souvent mal diagnostiquée ».

Le Journal du Dimanche évoque le « deuxième pilier qui nourrit le soupçon : la place des tests sanguins, accusés de manquer de fiabilité. Corollaire, selon Christian Perronne, «de nombreuses personnes, considérées à tort comme séronégatives, sont très malades». En réalité, c’est un truisme : les limites des kits de dépistage sont connues et discutées ».

András Lakos remarque que « les résultats sont très variables. Si votre sang est analysé dans trois laboratoires, vous obtiendrez probablement un résultat positif même si vous n’avez jamais été mordu par une tique ! ».

« Pour faire un bon diagnostic, on répète les prises de sang afin de mesurer l’évolution des anticorps, observer les signes cliniques et s’assurer qu’une morsure de tique a bien eu lieu », poursuit le spécialiste hongrois.

Le Journal du Dimanche souligne qu’« après avoir agité la peur, il faut rassurer. Depuis que l’épouvantail d’une épidémie masquée est brandie sur Internet, les hôpitaux sont assaillis par des malades perclus de douleurs et de problèmes neurologiques. Quand les médecins refusent d’incriminer la bactérie borrélia, penchant plutôt pour une autre pathologie (sclérose en plaques, arthrose ou problèmes psychiatriques), certains vont jusqu’à insulter les blouses blanches, les inondent de lettres vengeresses et d’appels téléphoniques rageurs ».

Le Pr Perronne remarque pour sa part : « J’ai sauvé des centaines de personnes en détresse, handicapées et même au bord du suicide ».

Le journal relève par ailleurs qu’« au ministère de la Santé, certains n’excluent plus que [le Pr Perronne] puisse avoir raison seul », un haut responsable déclarant : « Et si c’était un génie ? Les agents infectieux réservent tellement de surprises, certaines bactéries ne sont pas détectées ».

Un « bon connaisseur des arcanes ministériels » remarque quant à lui : « Les autorités sanitaires cèdent pour se couvrir face à la pression de l’opinion publique ».

Le Journal du Dimanche observe en outre qu’« une deuxième priorité du plan Lyme pourrait réconcilier Christian Perronne et ses pairs : il faut d’urgence aider les patients en errance. Ou comment la souffrance mal soignée a irrigué la thèse du complot ».

Date de publication : 19 Septembre 2016

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Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 134