Les films laissent une signature chimique dans les salles de cinéma

Commentaire. Nous laissons une trace chimique de nos émotions là ou nous sommes passés. Passionnant. 

L’étude de l’air dans une salle de cinéma montre la présence des divers gaz expirés par les personnes qui regardent un film. Gaz carbonique, acétone, isoprène et 30 autres.

Ces gaz changent en fonction des scènes et des émotions. Particulièrement la joie et l’angoisse. Nous émettons donc des gaz qui traduisent notre ressenti.

Nous avions déjà vu dans les dernières lettres que nous laissions une empreinte bactérienne et virale. Voilà le versant chimique.

Resterait à regarder ce que notre empreinte fait sur les autres. Nous verrions alors des aspects très matériels des interactions psychologiques entre les être humains.

Nous comprendrions alors la notion de « ambiance tendue », « de la joie communicative », « de l’angoisse palpable ».

 

L’ARTICLE :

La tension, l’humour ou le suspense d’un film peut se lire dans la signature chimique laissée par les spectateurs dans l’air ambiant d’une salle de cinéma.

La composition de l’air ambiant d’une salle de cinéma révèle les émotions vécues par les spectateurs devant le film. ©View Pictures / Rex Fea/REX/SIPA

 

CINÉMA. Dans l’air ambiant d’une salle de cinéma, chaque film laisse son empreinte chimique. Plus précisément, une marque moléculaire inscrite par la communauté des spectateurs ayant regardé le film. C’est une équipe de chercheurs de l’Institut Max-Planck pour la chimie qui a conduit une expérience peu banale dans les coulisses d’un cinéma de la ville de Mayence en Allemagne. “Nous nous demandions s’il était possible de différencier chimiquement des scènes qui induisent des émotions différentes”, explique Jonathan Williams qui a dirigé l’étude publiée le 10 mai 2016 dans la revue Scientific Reports (groupe Nature).

Selon ces travaux, oui, il est possible de savoir si un film est ennuyeux, effrayant, drôle ou stressant rien qu’en utilisant la chimie. En effet, la composition chimique de l’air expulsé par les spectateurs dans une salle de cinéma correspond aux émotions provoquées chez ces derniers par certaines scènes. Et c’est notamment lors des scènes humoristiques ou au contraire à fort suspense que les modèles chimiques sont les mieux définis.

La signature chimique de Hunger Games

Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont investi le Kino Cinestar de Mayence (Mainz en Allemand) et y ont installé un dispositif afin d’enregistrer les taux de dioxyde de carbone et de plus d’une centaine d’autres composants chimiques exhalés par le public. Concrètement, les scientifiques ont inséré dans le système d’aération de la salle l’embout de leur spectromètre de masse qui effectuait des relevés toutes les 30 secondes. Cet instrument permet de détecter et d’identifier des molécules par mesure de leur masse et caractérisation de leur structure chimique.

De nombreux relevés ont ainsi pu être effectués lors de plusieurs séances sur divers films, qu’ils soient humoristiques comme La Vie rêvée de Walter Mitty ou Buddy, ou bien fantastiques comme Le Hobbit ou le thriller de science-fiction Hunger Games. Et ce sont donc les moments de forte tension qui sont les plus lisibles chimiquement. “La signature chimique de Hunger Games était très claire. Même après avoir répété les mesures avec des publics différents”, explique Jonathan Williams. “Les taux de dioxyde de carbone et d’isoprène dans l’air augmentaient toujours de façon significative lorsque l’héroïne commence à se battre pour sa vie” (cf. schéma ci-dessous extrait de la publication).

Relevés de CO2, d’acétone et d’isoprène réalisés lors de 4 projections différentes du deuxième volet de Hunger Games :

Le modèle chimique qui se dessine est très similaire d’une séance à l’autre. “Nous pouvons clairement différentier le spectre de masse”, d’un film à l’autre explique Jonathan Williams. Une des explications envisagées par les chercheurs pour expliquer ce phénomène est que les amateurs de cinéma se crispent, s’agitent, et respirent plus vite lorsqu’ils font face à des scènes de suspense. En attendant d’affiner leur méthode statistique, les chercheurs poursuivent leurs expériences. Et on est impatient de savoir ce que provoque le dernier volet de la saga Star Wars sur lequel ils travaillent actuellement.

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20160516.OBS0595/les-films-laissent-une-signature-chimique-dans-les-salles-de-cinema.html

 

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 118