Les fantasmes sexuels anormaux existent-ils ?

Commentaire.

Le fantasme a un rôle de base dans notre équilibre, il est un peu le moyen de libération pour arriver à dépasser nos peurs et nourrir la fluidité de la sexualité. Allons n’aillons pas honte, ils sont très fréquents, au point peut être même qu’il faut s’interroger sur leur absence annoncée. Honte, peur, blocage ?

L’ARTICLE :

Des chercheurs canadiens ont voulu déterminer quels étaient les fantasmes sexuels les plus fréquents et les plus rares dans la population.

Et si le succès du roman d’initiation aux jeux sexuels de domination-soumission (BDSM), 50 Shades of Grey, n’était finalement que le reflet d’un fantasme assez largement répandu dans la population? C’est ce que semble indiquer une étude canadienne à paraître dans le Journal of Sexual Medicine , qui s’appuie sur les témoignages de 799 hommes et 717 femmes interrogés via Internet.

Précisions avant toute chose que la plupart des sexologues font clairement la distinction entre scène fantasmée et envie de passage à l’acte. On peut imaginer des scènes ou des images pour accroître son excitation sans avoir l’intention de les réaliser. Car un fantasme est une représentation mentale parfaitement contrôlée et dirigée, ce qui n’est évidemment pas le cas d’une authentique agression sexuelle. Déjà, en 2008, des psychologues de l’université du Texas, Joseph Critelli et Jenny Bivona, soulignaient cette nuance fondamentale en révélant que «31 % à 57 % des femmes avaient des fantasmes de viol et que ceux-ci étaient fréquents, voire le fantasme numéro un de 9 % à 17 %» d’entre elles, alors que nul n’a envie d’être violé dans la vie réelle et que personne n’a jamais décrit une agression sexuelle comme excitante. Signe également que l’imaginaire se soucie fort peu des conventions sociales ou même de la simple rationalité.

Convergences et différences hommes-femmes

Pour l’étude canadienne, les chercheurs ont demandé aux participants de noter de 1 à 7 l’intensité de leur intérêt pour 55 fantasmes sexuels, 1 correspondant à «aucun intérêt» et 7, «très fort intérêt». Les fantasmes les plus répandus chez les hommes sont les suivants: ressentir des émotions amoureuses lors d’une relation sexuelle (88 %), fellation ou cunnilingus (87 %), participer à un trio avec deux femmes (84 %). Les deux premiers fantasmes sont aussi très présents chez les femmes: respectivement 92 % et 78 %, mais le trio avec deux femmes n’existe que pour 36 % des femmes et le trio avec deux hommes que pour 30 % (contre 45 % des hommes!).

Pour les femmes, en deuxième place derrière «ressentir des émotions amoureuses lors d’une relation sexuelle», viennent les fantasmes dans lesquels l’atmosphère ou le lieu tiennent une place importante (86 %). Sans surprise, avoir une relation sexuelle dans un endroit romantique tel qu’une plage déserte est fréquent (84 % des femmes et 78 % des hommes).

Mais le plus surprenant dans cette étude est la mise en évidence que les fantasmes de soumission, plus volontiers attribués aux femmes, sont en réalité très fréquents également chez les hommes. Comme ils sont par ailleurs plus présents chez ceux et celles qui ont de nombreux fantasmes, il ne pourrait s’agir que du reflet d’une plus grande imagination érotique, estiment les chercheurs.

Les fantasmes rares, pas si rares

L’autre enseignement est la fréquence beaucoup plus importante que prévu de fantasmes sexuels considérés comme rares ou inhabituels, tant chez les hommes que chez les femmes, comme par exemple uriner sur son partenaire, porter des vêtements du sexe opposé pendant l’amour ou faire l’amour avec un(e) prostitué(e). Sur les 55 fantasmes listés par les chercheurs, il n’y en a finalement que deux (pédophilie et zoophilie) qui sont rares (fréquence inférieure à 2,3 %).

Il y a bien sûr des biais évidents de représentativité puisque l’étude est réalisée par Internet. Les auteurs notent par exemple une sous-représentation des plus de 55 ans et soulignent aussi une ouverture à la sexualité souvent plus importante chez les participants à ce type d’enquête portant sur la sexualité. Cependant les réponses, renforcées par l’anonymat, sont admises comme valables à condition de ne pas les extrapoler automatiquement à toute la population.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/11/03/23002-fantasmes-sexuels-anormaux-existent-ils