« Les dessous troublants du ‘Viagra rose’ »

Commentaire. Essayons de comprendre.

La chute de la libido a de nombreuses origines, mais je pense qu’il faut les comprendre sans les forcer chimiquement.

Le désir sexuel est une des bases fondamentales de la relation amoureuse. Quoique certains puissent penser, aucun couple ne fonctionne réellement si le désir sexuel n’est pas ou plus là.

Mais les racines de cette disparition de désir a de nombreuses causes.

Elle prend souvent ses racines dans les blocages de la morale, de l’affectivité et de la sexualité transmis par l’histoire familiale, les blocages de la lignée souvent féminines, ou les abus sexuels ou psychologiques de l’enfance.

La baisse de libido est aussi souvent le témoignage d’un non amour que le reste du corps ne veut pas entendre ou n’ose manifester. Peur de l’abandon, peur de perdre la sécurité, difficulté à assumer des choix et des situations.

Pour beaucoup le mariage est synonyme de sécurité pas d’amour, même s’il est parfois possible de se faire croire le contraire. La disparition de la libido, elle, ne ment pas.

Maintenant, tous les effets secondaires de ce médicament sont parlants pour qui sait le voir.

Ils ne sont que des déplacements qui vont survenir quand le médicament lèvera le blocage du corps manifesté par la baisse de libido.

Baisse de tension et syncope, font penser aux malaises un peu hystériques face à un événement difficile à assumer.

L’alcool est aussi un moyen de fuir la difficulté, il est logique qu’il soit contre indiqué avec ce médicament qui empêche de fuir. Médicament aussi contre indiqué avec ce médicament.

La nature quand elle pose un tel blocage ne le fait pas anodinement.

Il y a une manière de dire «On ne fait pas un enfant sans amour, c’est la pire des catastrophes» et pourtant il y en a tant.

Finalement ce médicament n’est ce pas un auto viol de l’inconscient ?

 

L’ARTICLE :

Encore un épisode qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Un médicament aux effets secondaires majeurs, mis sur le marché grâce à la pression des labos.

Un symptôme relationnel qui est monté en affection psychiatrique.

C’est ce que titre Le Monde, qui note dans son cahier « science & médecine » que « l’agence américaine du médicament vient d’autoriser la commercialisation d’une molécule supposée raviver le désir féminin, au terme d’une intense campagne de lobbying ».

Le journal publie ainsi une « enquête sur un coup marketing », relevant sur deux pages qu’« après deux refus, les Etats-Unis ont autorisé une molécule contre les troubles de la libido, dont l’efficacité et l’innocuité soulèvent des questions ».

Le Monde explique que « la troisième tentative aura été la bonne pour la flibansérine, que le laboratoire américain Sprout commercialisera aux Etats-Unis à partir du 17 octobre sous le nom d’Addyi dans l’indication « traitement du trouble du désir sexuel hypoactif généralisé [HSDD, dans la terminologie psychiatrique américaine] chez la femme avant la ménopause » ».

« L’autorisation de mise sur le marché accordée le 18 août par la Food and Drug Administration américaine fait suite à deux rejets en 2010 et 2013, en raison d’une efficacité limitée et surtout d’effets secondaires sérieux (« baisse sévère de la tension artérielle » et syncopes) », précise le quotidien.

Le Monde observe que « cette balance bénéfices/risques n’a pas changé. Pourtant, soumise au lobbying intense de Sprout et accusée par une partie des organisations féministes d’avoir précédemment refusé d’accorder son feu vert par sexisme, la FDA a fini par céder. Elle révèle ainsi sa «vulnérabilité », comme le titre un éditorial de Nature du 27 août. Comment expliquer ce revirement, synonyme de jackpot pour le laboratoire Sprout  ? ».

Le journal cite notamment le Dr Janet Woodcock, directrice du Centre d’évaluation et de recherche sur les médicaments de la FDA, qui a déclaré que cette « approbation fournit une option de traitement autorisé aux femmes perturbées par leur faible désir sexuel. La FDA s’efforce de protéger et de promouvoir la santé des femmes, et nous nous engageons à soutenir le développement de traitements sûrs et efficaces pour la dysfonction sexuelle ».

« Une langue de bois qui reflète mal les doutes sur l’efficacité de la flibansérine et les certitudes sur ses effets secondaires », remarque Le Monde.

Le quotidien revient en détail sur le sujet et s’interroge : « La flibansérine apportera des bénéfices à un certain nombre de femmes aux Etats-Unis. Mais qu’arrivera-t-il à celles qui ne respecteront pas l’abstinence complète d’alcool, impérative pour un médicament à prendre chaque soir au coucher ? Que se passera-t-il lors d’une utilisation hors AMM, après la ménopause ou en cas de prise de médicaments susceptibles d’interagir avec la flibansérine ? ».

Le Monde évoque en outre ce moment, dans les années 2000, où « les troubles sexuels devinrent une maladie », ou encore se penche sur « l’intérêt des labos pour la libido », retenant que « l’autorisation accordée par la FDA marque une nouvelle étape dans la médicalisation de la sexualité féminine ».

Date de publication : 02-09-2015

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Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 82