LE SENS DE NOS DESIRS ALIMENTAIRES – Journal Réel n°113

Sommes-nous ce que nous mangeons ? En partie, répond le Docteur Olivier Soulier,mais notre relation à la nourriture nous permet de mieux connaître notre état intérieur etde nous ajuster au monde extérieur. Trois fois par jour nous choisissons des aliments, et chacun porte en lui une valeur physique, psychique, et symbolique. Nos désirs alimentaires expriment nos besoins, nos manques et nos aspirations et, par exemple,pour que l’enfant puisse librement exprimer ses désirs et construire sa personnalité, il est préférable qu’il ait l’occasion de découvrir les aliments d’une façon unitaire, pour découvrir les sensations une par une. Echange avec ce médecin amateur d’art, quenous avons retrouvé à l’exposition Arcimboldo qui s’est tenue au Musée du Luxembourg à Paris.

Réel : Y a-t-il un sens à nos désirs alimentaires ?

Olivier SOULIER : Un aliment que l’on mange est “parlant“ si on l’appelle ou si on le refuse particulièrement, si le désir ou l’aversion est franche. Si par exemple j’appelle de la sole, si j’ai besoin de sole, cela veut dire que j’ai besoin de l’énergie de la sole. La sole a une double face, la face blanche qui se cache dans le sable et la face visible en mimétisme avec son lieu de vie. Si j’ai ce désir-là, c’est que c’est aussi probablement un peu ce que je vis : une part de moi est très adaptée et répond exactement au désir de l’environnement, mais il y a aussi une part de moi que je ne connais pas et que je cache pour la protéger en attendant de la découvrir. La sole va essayer de donner la solution qu’elle-même a expérimentée dans sa vie de sole en fabriquant cette structure. Dans ses formes et ses messages moléculaires, elle va essayer de nous donner la solution. Concrètement, chaque aliment dont nous avons fortement envie, ou que nous détestons d’une façon spécifique, (ce qui est la même chose), correspond à notre vécu intérieur. Les désirs alimentaires ont une particularité c’est leur présence au quotidien dans notre vie. Bien sûr nous ne changeons pas de métier, nous ne faisons pas d’enfant, nous ne déménageons pas, et nous ne nous marions pas tous les jours. Mais, tous les jours, trois fois par jour, nous allons choisir des aliments. Tous les jours nous allons exprimer ce que nous vivons, dire quelles sont les questions qui nous habitent et quelles sont les solutions que nous cherchons.

R. : En général, les enfants préfèrent ce qui n’a pas trop de goût. Un enfant qui n’aime pas les épinards ou qui n’aime pas goûter de nouveaux plats, faut-il le laisser choisir pour expérimenter et gérer ses propres solutions ? Ou faut-il quand même le forcer un peu à goûter de tout ?

O. S. : C’est une question très importante. Je pense qu’un enfant va constituer au départ sa banque de données de mémoire de goûts. D’une façon générale, quand j’ai faim c’est l’expression de la baisse de ma glycémie, le taux de sucre dans le sang baisse. Je mange quelque chose, et cela fait remonter ma glycémie et j’ai un sentiment de satisfaction. Cette idée de base est évidente aussi pour la soif. Un besoin se manifeste par un désir qui exprime et appelle ce qui me manque. Je le cherche autour de moi dans les aliments en fonction de la banque de données que j’ai mémorisées et des expériences que j’en ai. Comment connaît-on le message des aliments ? Pour la faim et la soif ce sont des désirs basiques, que vous pourrez satisfaire de façon évidente. Ensuite, cela devient plus complexe dans le cas de la plupart des aliments parce qu’il y a de nombreuses molécules qui vont avoir chacune des effets. Un désir alimentaire exprime un mouvement complexe. Certains messages sont assez facilement explicables par des composants remarquables de l’aliment, comme pour le chocolat par exemple. Pour d’autres aliments la connaissance du message est issue de l’expérience. De nombreuses traditions ont parlé de cela. Dans ma pratique depuis 20 ans j’ai étudié et vérifié de nombreux messages. L’enfant mange du chocolat une première fois : immédiatement ses papilles et le cerveau captent la sensation d’état amoureux que donne le chocolat. Dans le chocolat il y a la même molécule qui est secrétée par le cerveau quand on est amoureux, c’est-à-dire la phényléthylamine. L’enfant ressent immédiatement cette sensation, il aime bien, il y revient tout de suite. Il va même le mémoriser sur des détails assez rigolos comme le bruit du papier aluminium ou par exemple le craquement de la plaque de chocolat. Inversement si l’enfant a été profondément blessé dans son histoire au point de devenir intolérant à l’envahissement par le sentiment d’amour, et avoir besoin de tout contrôler, il va avoir une aversion pour le chocolat ou développer une intolérance.

R. : Mais cette mémorisation, un animal le fait aussi.

O. S. : Exactement. Nous avons une mémorisation multi sens qui n’est pas seulement sur le goût. En fait, l’enfant fait des expériences et c’est pour cela qu’il est important qu’il ait l’occasion de découvrir d’une façon unitaire les aliments, pour découvrir les sensations une par une. Il est aussi préférable de proposer, et non pas d’imposer des aliments pour que les enfants constituent leur banque de données et qu’ils sachent ce que ça leur fait. D’une façon générale, je pense qu’il ne faut pas forcer un enfant à manger : faire pénétrer de force quelque chose dans le corps de quelqu’un contre sa volonté, même si c’est un aliment, cela constitue d’une certaine manière un viol. Tous les adultes se souviennent d’avoir été forcés à manger : combien ont en mémoire d’avoir eu des boules de viande gardées dans la bouche toute la nuit ? Au niveau psychologique c’est une catastrophe et cela relève d’une forme de maltraitance. Avec les enfants, vous pouvez prendre une position plus initiatrice de leur volonté, faire comme avec les pommes de terre. Louis XVI, pour pallier à la famine, a commencé par imposer la pomme de terre que Parmentier avait ramenée des Amériques. Personne n’en voulait. Alors Parmentier a proposé de dire que la pomme de terre était un légume royal, réservé au roi et tous les sujets ont pillé les champs la nuit et c’est comme ça que la pomme de terre s’est répandue en France. De même, pour vos enfants vous pouvez leur montrer le monde dans son intérêt et attendre que l’enfant ait envie de le goûter. Vous ne forcez pas un enfant à découvrir la vie, vous lui donnez envie, et laissez venir ses désirs. Les enfants ont besoin d’aliments basiques : ils ont besoin de beaucoup de calories, de farineux, de pommes de terre, de pâtes, de riz. Ils ont aussi besoin d’énergie pour découvrir le monde, essentiellement avec les protéines animales, aliments de la conquête, et ils ont besoin d’éléments de pouvoir que sont les fruits. Ils vont aller directement vers ces aliments. Ils n’ont pas du tout besoin des aliments qui sont plus utiles pour les adultes. Les adultes eux, en tant qu’êtres constitués, sont confrontés à leurs limites, à leurs peurs ou à leurs contradictions. Ils ont besoin de trouver, dans leur alimentation, des modulateurs de leurs difficultés, de leurs amertumes. Les légumes en particuliers verts aident les humains a gérer leurs amertumes. Le fameux conflit des légumes verts pour les enfants tient au fait que les adultes ont beaucoup d’amertumes qui sont très bien résumées dans les légumes verts. Un adulte gère ce qui est. Un enfant trouvera plus sa solution dans la découverte de son pouvoir avec les fruits et de sa croissance avec la viande. Alors non seulement il beaucoup moins envie de manger des légumes verts mais ça ne lui sert la plus part du temps à rien. Il trouvera parfaitement les vitamines et les minéraux dans les fruits. Forcer un enfant à manger un légume vert c’est l’obliger à vivre les choses sous l’angle de l’amertume. Au niveau alimentaire, si j’avais à donner quelques principes, ce serait plutôt d’inciter les parents à choisir la qualité de l’alimentation et éviter les aliments trafiqués par des goûts artificiels et les arômes qui perturbent le système des goûts. Mettre un cadre horaire à l’alimentation, c’est-à-dire apprendre à manger à des horaires précis et à avoir l’estomac vide entre deux repas. C’est très important, c’est la condition pour avoir faim et sentir son propre désir. Mais il est vrai qu’un parent ne peut pas proposer en permanence,uniquement ce dont les enfants ont envie. C’est pour cela que dans un repas le parent cuisinera quelque chose dont il est sûr que les enfants ont envie, et des choses en plus : l’occasion de découvrir ceci ou cela. Vous pouvez faire une salade dont les enfants n’auront pas envie, et faire des pommes de terre. Même s’ils ne veulent pas goûter la salade, ils mangent les pommes de terre. Le seul aliment qu’il est important de surveiller c’est le sucre, d’autant plus s’il est pur et raffiné. Ce n’est pas un aliment naturel. Le sucre pur n’apparaît dans notre alimentation qu’au 15° siècle avec la canne à sucre. Avant, seul le miel était aussi sucré. Il est symbole de douceur. Le sucre est le carburant de base du corps. Nous devons apprendre à le fabriquer au départ de tous les aliments et non pas seulement le recevoir “tout prêt“. Le besoin de sucre témoigne de l’état de notre dépendance affective. Le travail d’une vie est de faire le chemin vers l’autonomie. Abuser du sucre nous fait, à ce niveau, régresser.

R. : Vous dites que la diététique apparaît comme une des plus psychologiques des thérapies alternatives. Pouvez-vous développer ?

O. L. : La diététique se présente souvent comme une technique rééquilibrant le corps sans intervenir spécifiquement sur la psychologie. Mais quand vous tenez compte de la signification symbolique des aliments et de leur action psychologique, vous réalisez que modifier un régime alimentaire agit profondément sur la psychologie. L’important est d’en avoir conscience comme d’un choix profond de vie. Supprimer les produits laitiers c’est agir sur la relation à maman, supprimer le gluten c’est agir sur la relation au père et à la loi. Ce n’est pas rien. Supprimer les acides c’est jouer sur, voire bloquer les réactions de colère. La colère est un protecteur de notre intégrité. Nous pouvons supprimer les acides pour éviter les dégâts organiques d’une colère non consciente, mais il est important de conscientiser ce que notre colère nous dit. L’idée importante, c’est que l’on doit comprendre qu’il y a, comme le disait le titre du livre de Boris CYRULNIK, “De la parole comme d’une molécule “, une chaîne constante entre une molécule et sa signification psychologique. Les homéopathes savent que chaque molécule a une émotion. L’arsenic correspond à de l’angoisse. La strychnine de la noix vomique correspond à la colère. Le Calcarea Carbonica (le calcaire de l’huître) c’est la coquille qui permet de se protéger. On pourrait faire une théorie des mouvements. Un mouvement moléculaire correspond à un mouvement psychologique. L’homéopathie utilise cela en permanence mais on le retrouve aussi dans l’alimentation. Lorsque l’on fait de la diététique on joue sur un mouvement profond, et on ne fait rien d’anodin.

R. : Pouvez-vous nous en dire plus sur les leurres alimentaires ?

O. S. : Un arôme artificiel peut se comporter comme un leurre alimentaire. Quelque chose qui “fait croire qu’il y a, quand il n’y a pas“. Le problème, c’est que les leurres sont perturbants psychologiquement. Le goût est comme une promesse, mais avec le leurre, elle ne se retrouve pas dans les actes. Cela sent la fraise, grâce à un arôme de fraise, mais ce n’est pas de la fraise. D’une certaine façon, le leurre alimentaire se comporte comme un de ces doubles messages qui génèrent, nous le savons, des troubles psychiques. Vous pourrez ainsi abuser d’un aliment en espérant en vain avoir enfin la satisfaction promise par le goût. C’est comme quand vous répétez toujours la même situation pour avoir enfin l’amour que vous n’avez jamais eu et que vous n’aurez jamais de cette manière. D’autres additifs alimentaires ont des actions a la fois perverses et révélatrices : prenons l’exemple du Glutamate (E 620 à 625) il est responsable de la saveur “umami“ ou “savoureux”. Présent dans les plats asiatiques et dans de nombreuses préparations. Il donne un aspect plus savoureux, un “plus de goût“ à toutes choses. Il est responsable du syndrome du restaurant chinois, forme de dépression avec multiples somatisations, qui peut durer de quelques heures à quelques semaines. Le Glutamate vient mettre en évidence la façon dont vous vous laissez prendre à votre souhait que les choses soient plus belles qu’elle ne le sont. Cela correspond à un état de dépendance caché, une certaine forme de naïveté sensible à la séduction et qui peut coûter cher. Un “apprenez que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute“. Cet état trouve souvent ses racines dans une problématique transgénérationnelle. Son action physiologique est caractéristique. C’est un neurotransmetteur naturel. Le consommer en additif amplifie les messages nerveux et hormonaux, donnant des sensation plus fortes. Il libère les réserves de sucre en donnant une sensation de satisfaction, mais réduisant ainsi à zéro les efforts d’autonomisation. Concrètement en rendant plus beau l’extérieur il vous coupe d’un véritable axe de satisfaction par le travail intérieur. N’est-ce pas là, une des caractéristiques de la dépendance ? En fait, en matière d’alimentation tout est message. Sans rentrer trop avant dans des considérations bibliques, nous pouvons y noter des références alimentaires. Au départ la découverte du monde est représentée par la pomme fruit de l’arbre de la connaissance. Accéder à la connaissance serait au fond le but, mais nul ne peut y arriver directement sans avoir fait avant le travail intérieur. Faire le chemin avant de croquer le fruit. Nous passons par la pêche miraculeuse et la multiplication des pains,et en conclusion la cène, où le Christ prend deux grands symboles : le pain, père, loi, “si le grain ne meurt, l’épi ne peut naître “ ; et le vin symbole de vérité et de véritable éternité. Il en fait son corps et son sang. Manière de nous dire qu’au travers de ces aliments clefs nous pouvons intégrer “à son image et à sa ressemblance “ ces deux grandes fonctions. Toutes les religions ne s’y sont pas trompées en utilisant énormément l’alimentation et en utilisant le jeûne comme étant un phénomène d’épuration, qui permet d’accéder à plus de clairvoyance. “Invités à nous nourrir d’autre chose que de lipides, glucides et protides, nous exciterons les papilles de l’âme “. La digestion est la façon dont nous intégrons le monde, avec tout le travail que cela représente. C’est illustré par la merveilleuse phrase de Rudolf Steiner: “En mangeant je me rends malade, en digérant je me guéris”. Tout au début de la vie, quand l’ovule et le spermatozoïde vont se rencontrer, il y a le code du père et le code de la mère qui vont se mélanger pour créer un être nouveau. Mais cet être nouveau est fait de deux parts étrangères qui vont à avoir à s’intégrer mutuellement, première digestion réciproque. Puis ce nouvel être va se construire en permanence en intégrant des molécules étrangères. La seule nourriture qu’il a au départ est celle qui vient de l’ovule et lui permet de vivre les 7 premiers jours, jusqu’à l’implantation dans l’utérus. La paroi de l’utérus est remplie de sucre sous forme de glycogène. L’œuf dévore littéralement la paroi utérine y trouvant le moteur de son développement. Mais ce sucre qui est au départ extérieur, le mettra dans une dépendance que l’on pourra retrouver plus tard dans les boulimies. L’enfant devra apprendre à le fabriquer pour quitter la dépendance du moteur de départ. Chaque élément extérieur apportera un mouvement, avec à chaque fois une part à intégrer, à digérer. “Di Gérer “, gérer la dualité entre mon intérieur qui a besoin de se conserver dans son intégrité, mais doit aussi se nourrir de l’extérieur, s’accomplir au contact de la vie. Il n’y a pas d’un coté l’être intérieur qui serait parfait et de l’autre le monde. C’est l’interaction de l’intérieur et de l’extérieur qui va révéler l’être humain que je suis. C’est l’ ADN contenu dans mes chromosomes qui est la carte de ce que je suis, le potentiel à révéler. Cet ADN est en permanence interrogé devant les situations que je rencontre et je réagis à ma manière, par les formes, les solutions, voire les maladies qui seront les plus adaptées à la situation. Face à chaque nouvelle situation notre intériorité est questionnée, mise en difficulté et consultant à la fois sa sagesse ADN et son vécu, va réagir pour s’adapter. Dès les premiers moments de son implantation l’oeuf va être mis en difficulté par la nécessité de vivre avec le monde extérieur ; le travail d’une vie c’est de vivre dans le monde et de rester soi-même, de se retrouver soi-même. L’alimentation c’est la confrontation quotidienne.

R. : Par où passe le chemin de la croissance d’un être humain ?

O. S. : Au départ, l’être humain a son noyau avec son programme cellulaire dans son ADN et très peu de cellules qui lui appartiennent. Son être va être dilué par les apports extérieurs et en même temps, totalement dépendant de ces apports extérieurs. Tout le chemin de l’autonomisation va être de passer d’une dépendance extérieure à une capacité de plus en plus élevée à se débrouiller seul. C’est-à-dire de ne plus avoir besoin de cet apport alimentaire perpétuel et donc être capable de jeûner, être capable de ne pas être boulimique et de ne pas manger tout le temps, être capable de laisser des espaces qui permettront de trouver à l’intérieur des solutions. Ce que je dis là n’est qu’une allégorie de l’éducation, c’est une allégorie de la croissance, c’est une allégorie de l’autonomie. Le besoin central de l’organisme c’est l’oxygène et le sucre. Le sucre c’est la sécurité de la mère, l’oxygène c’est l’amour et la vie. L’air est un élément beaucoup plus paternel. Le but c’est d’être capable d’assurer ce dont j’ai besoin, en transformant si nécessaire les aliments extérieurs. Il y a dans l’organisme des structures biochimiques (comme le cycle de Krebs) qui permettent de fabriquer le sucre avec autre chose que du sucre, par exemple avec des graisses et avec des protéines. Si j’ai un besoin de sucre, parce que c’est le carburant de toutes mes cellules, comme j’ai besoin d’affection, de sécurité, de tranquillité ou de force intérieure, je dois être capable de transmuter ce qui m’est donné, de fabriquer du sucre avec de la viande, avec du gras, avec des fruits. Le chemin de l’autonomisation doit être de pouvoir trouver ce dont j’ai besoin dans ce qui m’est présenté et si je ne l’ai pas, de savoir le fabriquer ou de le prendre dans mes réserves. C’est pour cela que la capacité à jeûner est une capacité d’autonomie psychologique, un chemin spirituel. Est-ce que je suis capable de trouver en moi les solutions ? C’est une question que pose le jeûne, et toutes les religions l’ont utilisé.

R. : Vous dites : “Notre façon de manger et de choisir nos aliments sont un indicateur important des choix pour nous-mêmes”.

O. S. : Comme je le disais tout à l’heure, chaque aliment, en permanence, tous les jours, dit où l’on en est. L’utilisation d’un répertoire symbolique d’aliments donne la réponse. C’est d’ailleurs très intéressant d’observer, dans le cours de notre vie, le changement de nos désirs alimentaires. Prenons l’exemple de l’huître. C’est un aliment qui nous interroge sur la notion de la souffrance. “Quelle est ma position par rapport à la souffrance ?”. L’observation de l’aliment nous enseigne sur son message. L’huître passe sa vie à filtrer l’eau pour éviter les grains de sable et pourtant c’est du grain de sable qui rentrera à l’intérieur que viendra la perle. J’ai peur du danger, j’assure la sécurité. C’est le Calcarea Carbonica Ostreica de l’homéopathie qui est le remède de la mère poule et le bon gros bébé. C’est la souffrance que je cherche à éviter qui me donnera la perle. La période de votre vie où vous avez aimé les huîtres vous dira quelle a été votre relation à la souffrance. Si l’on veut aller encore un peu plus loin, on se rend compte que l’huître a besoin à la fois d’eau de mer (la mère) et d’eau douce (père). Elle s’affine dans des claires : elle a besoin à la fois d’air quand elle est hors de l’eau et d’eau quand elle est dedans. Une autre clef fondamentale de l’huître c’est l’intégration des contraires, car l’huître est une année mâle et une année femelle. Dès tout petit je vais avoir à régler l’intégration en moi du masculin et du féminin et l’huître me dit que la première des souffrances c’est d’abord cela. Car le premier problème de l’être c’est de réussir la fusion des ADN issus de l’ovule et du spermatozoïde, père et mère, masculin féminin. C’est peut être bien cela la perle d’une vie.

R. : Vous posez comme hypothèse de compréhension, par exemple du problème du poids, l’équilibre père/mère, animus/anima. Pouvez-vous-nous en dire plus ?

O. S. : J’ai fait tout un long article là-dessus mais c’est un peu compliqué d’en parler rapidement. L’équilibre du sucre est lié à deux hormones : l’insuline et le glucagon. J’ai longtemps pensé que l’insuline était en rapport avec le père et le glucagon avec la mère. Il y a quelques années les découvertes scientifiques ont montré que le gène qui codait l’insuline intervenait aussi beaucoup dans la différenciation masculine, ce qui vient confirmer cette notion-là. L’équilibre du sucre c’est l’équilibre d’un père qui assure la sécurité et l’approvisionnement, qui remplit le frigo en nous garantissant notre sécurité. Je n’ai pas besoin d’avoir un plus gros frigo (un excès de poids) parce que j’ai une confiance totale dans mon père, puis dans mon masculin introjecté, puis dans mon animus. C’est toute la notion de la confiance dans le père qui évite les problèmes de poids. La mère, c’est celle qui va vider le frigo en mettant la nourriture sur la table, sous forme là du glucagon, et qui va dire : “Va, mange ce dont tu as besoin. Va, vis et deviens. Je ne te demande aucun compte là-dessus”. Sois simplement toi-même, et là tu as ma bénédiction. Plus besoin de boulimie ni d’anorexie. Entre un père qui vous assure la totalité de la sécurité et la mère qui vous dit de prendre ce dont vous avez besoin et qu’elle ne vous demande rien, vous obtenez un équilibre. L’analyse des problèmes de poids montre le déséquilibre de ces deux notions là : la confiance dans le père et la générosité de la mère.

R. : Vous dites aussi que pour vous les Omega 3 contribuent à l’optimisme et à une vision positive de la vie.

O.S. : Les Omega 3 sont les chaînes les plus longues d’acides gras et correspondent symboliquement et physiologiquement à la manière dont nous allons pouvoir recevoir et capter les messages. Ils interviennent dans beaucoup de physiologies mais particulièrement dans la structure des membranes et la captation des messages. En fait, ils interviennent dans la notion de “Je m’écoute et je m’entends”. La clef de l’optimisme c’est de bien s’écouter et de bien s’entendre, mais d’abord de bien s’entendre avec soi-même. Si je m’écoute je m’entends, si je m’entends je peux être heureux. Si vous voulez appliquer l’adage qui dit : “Connais-toi toi-même, le monde t’appartiendra, tu connaîtras le ciel et les étoiles” il faut commencer par s’écouter. Si on veux écouter, on doit nourrir ses récepteurs et pour nourrir ses récepteurs, prendre des Omega 3, c’est un raccourci bien sûr, pas suffisant, mais nécessaire. Il est aussi intéressant de noter que l’on retrouve les Omega 3 essentiellement dans les poissons qui ont l’habitude de vivre dans les mers froides, c’est-à-dire dans des solutions inconscientes qui ne sont pas forcément à des climats faciles. Quand j’ai dû vivre dans des conditions difficiles j’ai développé la solution qui était de bien m’écouter et de bien m’entendre.

R : Se retrouver à l’exposition Arcimboldo pour s’interroger sur la nourriture, qu’y voyez-vous comme symbole ?

O.S. : Avoir été capable comme Arcimboldo, au 16ème siècle, d’imaginer des visages constitués avec des fruits et des légumes, c’est une manière un peu “clin d’oeil” de dire : “Regardez comment nous sommes constitués de ce que nous avons mangé”. Je pense que c’était un peintre extraordinairement inspiré pour faire ça. Si je regarde votre main, la plupart des atomes qui sont dans cette main sont un jour passés par votre bouche, par votre estomac : c’était un morceau de poisson, un morceau de coquille d’huître, c’était un morceau de bifteck, un morceau de pruneau ou de poireau. Il est passé par l’intérieur de votre corps et vous l’avez métabolisé pour le réutiliser dans vous-même. Quand Arcimboldo fait un visage avec des fruits, des légumes ou des poissons, il montre simplement ce qui est une évidence. C’est pour cela que c’est très intéressant. L’alimentation au fond c’est simple mais c’est très profond, cela nous parle de notre structure d’être. Ces tableaux sont des métaphores à voir dans toutes les dimensions, physiques, psychiques et symboliques.

Propos recueillis par Caroline Chabot

Encadré :

Le monde extérieur est constitué d’une infinité de mouvements : mouvements d’amertume pour les légumes, mouvements de pouvoir pour les fruits, mouvements de conquête du monde pour la viande, mouvements de conquête de l’inconscient pour les poissons, mouvements de découverte de monstres intérieurs pour les fruits de mer, etc.…Mon mouvement intérieur va consulter, utiliser, être confronté par le mouvement extérieur. Un aliment c’est comme le monde, et je vis dans le monde.