Le nazi et son psychiatre

Commentaire. 

Etonnant le rapport de ce psychiatre qui découvre que les criminels nazis sont simplement des gens comme tout le monde. Juste rigides et bourreaux de travail.

En fait, le bien et le mal sont des choses subtiles. Il y a aujourd’hui dans nos dirigeants, nos politiques, nos leaders énormément de personnes qui en ont la structure.

Cette découverte effraie ce psychiatre qui se suicide.

La plupart des gens qui ont réussi sont comme cela. D’où la phrase du christ qui dit «il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux qu’a un chameau de passer par le chat d’une aiguille».

Je prend en réponse la phrase du Dalai Lama.

« Il n’y avait pas de « personnalité nazie identifiable » le Dr Kelley avait simplement repéré chez ces sinistres personnages deux traits caractéristiques,« ambitieux, rigides et bourreaux de travail [2] infatigables »

Le risque de faire le mal absolu comme les nazis peut en conséquence toucher n’importe qui, sans nécessité d’une pathologie psychiatrique préalable, même dans une démocratie où des « personnalités banales avec des traits similaires, ambition excessive et patriotisme exacerbé, pourraient basculer » de manière identique.

L’ARTICLE :

Dans sa rubrique sur les livres pouvant intéresser les psychiatres, le Journal des Résidents évoque un ouvrage [1] récent présentant en parallèle le Reichsmarschall et Reichsluftfahrtminister (Ministre de l’Air) Herman Göring, militaire le plus gradé et numéro 2 du parti nazi, et le psychiatre Douglas McGlashan Kelley exerçant dans l’US Army. La conjonction inattendue de ces deux destins connaît un paroxysme tragique le 1er Janvier 1958, quand ce médecin (devenu après la fin de la guerre professeur de criminologie à l’Université de Californie) se suicide inopinément devant sa femme et son fils, en avalant une capsule de cyanure ! De la même façon que son ancien « patient » Hermann Göring se devait, onze ans plus tôt, de mourir empoisonné « comme le grand Hannibal, pour l’honneur de l’Allemagne ! »

Le Dr Kelley avait été particulièrement ébranlé par les conclusions de ses expertises auprès des criminels de guerre à Nuremberg (et notamment Göring) selon lesquelles il n’y avait pas de « personnalité nazie identifiable », à contre-courant des hypothèses avancées alors. Au terme de ses évaluations psychologiques reposant largement sur l’usage du test projectif Thematic Apperception Test (TAT) et du Rorschach, le Dr Kelley avait simplement repéré chez ces sinistres personnages deux traits caractéristiques, « ambitieux rigides et bourreaux de travail [2] infatigables », traits largement partagés par bien d’autres que des nazis… y compris par des psychiatres ! Kelley aurait été anéanti par cette certitude que le risque de faire le mal absolu comme les nazis peut en conséquence toucher n’importe qui, sans nécessité d’une pathologie psychiatrique préalable, même dans une démocratie où des « personnalités banales avec des traits similaires, ambition excessive et patriotisme exacerbé, pourraient basculer » de manière identique.

« Hanté » et laminé par cette proximité dangereuse avec le comparse d’Hitler, Kelley a-t-il été terrassé par la mécanique implacable d’une identification insidieuse à son « illustre » (du seul point de vue médiatique !) patient ? Comme le résume l’éditeur, ce livre narre un « face-à-face passionnant entre un grand criminel nazi et un jeune psychiatre ambitieux. » Mais une menace sournoise pèse sur le médecin : « qui manipule l’autre ? » Toutes ces heures passées au contact d’Hermann Göring et des autres dignitaires nazis ont-elles « fait éclater au grand jour les propres failles de la personnalité » de Kelley qui se sera ainsi « reflété dans une mare noire avant d’y sombrer ? » De sorte que la dernière victime des nazis aurait été, indirectement, un psychiatre ?…

 

[1] Jack El-Hai: The Nazi and the Psychiatrist: Hermann Göring, Dr. Douglas M. Kelley, and a fatal meeting of minds at the end of WWII. New York, Public Affairs Books (2013). Ce livre est également édité en français, sous le titre
Le Nazi et le Psychiatre. À la recherche des origines du mal absolu. Traduction de Daniel Roche, Les Arènes (2014).
[2] Postérieur à la mort de Kelley, le terme américain actuel pour rendre cette idée (workaholic) est en fait un « mot-valise » intermédiaire entre « travailleur » et « alcoolique. »

Dr Alain Cohen

Référence  Baker MJ : Book Forum. The American Journal of Psychiatry Residents’ Journal, 2014-12; vol. 9: 14.

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