Le complexe de la richesse ?

Commentaire. Excellent article de notre collaboratrice Cerise Fleurtis. Elle analyse un livre de Rachel Sherman, (photo de la couverture, ça je pense qu’on a le droit) sur les complexes de riches. A lire en détails ainsi que ses sources. Tout devient clair.

Ils se voient officiellement comme méritants, mais concrètement la question qui se pose en eux est « Ont-il mérité une telle situation ? ». Apparement le problème n’est pas si évident.  Le déni et le côté tabou du sujet, montre à quel point cette situation et sa justesse, pour ne pas dire sa justice, n’est pas évidente. Plus que cela, il semble exister une certaine honte à cette situation.

JP Morgan considérait, au début du vingtième siècle, qu’un président de grande société ne devait pas gagner plus de vingt fois la moyenne de ses employés.

Nous sommes aujourd’hui à plusieurs milliers de fois.

 

L’ARTICLE :

Dans un article publié le 10 septembre dernier, Psychomedia nous présente le livre de Rachel Sherman, sociologue américaine, qui s’est intéressée à la façon dont les 1% les plus riches de New York vivent leur opulence, leurs valeurs et leurs choix de vie pour leurs enfants.

La sociologue rapporte le malaise existant autour de cette extrême richesse, la difficulté à vivre ce décalage.

Ces élites se voient et se vivent comme des personnes méritantes, redonnant à la société de différentes manières, se considèrent comme des gens « normaux, qui travaillent dur ».

Elles cherchent à s’éloigner des stigmatisations faites à leur classe sociale, taxée d’égocentrique ou snobs, pour qui tout est dû.

Mais surtout Rachel Sherman soulève la question du déni qui entoure la réalité de leur richesse, et ouvre sur le déni de classe en général.  « L’argent et la classe sociale sont des sujets qui ne sont jamais abordés socialement »  nous disent les interviewés. Et cette réalité vaut aussi bien pour les riches que pour les classes populaires.

« Se taire au sujet de la classe sociale, une norme qui va bien au-delà des riches, peut donner aux Américains l’impression que la classe sociale n’a pas d’importance ou ne devrait pas en avoir. Et juger les gens riches sur la base de leurs comportements individuels – travaillent-ils assez fort, consomment-ils assez raisonnablement, donnent-ils assez – nous détourne d’autres types de questions sur la moralité d’une répartition extrêmement inégale de la richesse. » rapporte la sociologue.

Elle nous détourne aussi d’une réflexion plus profonde sur le sens de la richesse, de la possession.

Quel est l’intérêt d’avoir et  a-t-on profondément besoin de ce que nous amassons ?

«La classe sociale d’une personne, décrivent Michael W. Kraus de l’Université de l’Illinois et ses collègues , est façonnée par ses ressources (richesse, éducation, travail) et sa perception du rang qu’elle occupe comparativement aux autres dans la société. » rapporte Psychomedia .

C’est finalement de cette perception subjective que découle le rapport aux autres et à soi-même, et le rapport au monde.

Et alors que l’on peut raisonnablement penser que le contexte social de base dans lequel nous évoluons peut influer sur un comportement et des réflexes psychologiques, chaque classe sociale semble finalement éprouver une certaine honte ou une impression de ne pas être à sa place dans la société.

Et comme disait Coluche :« Dieu a dit il faut partager : Les riches auront la nourriture, les pauvres de l’appétit » et finalement aucun des deux ne sera satisfait.

Par Cerise Fleurtys

http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/2015-01-31/differences-psychologiques-classes-sociales

http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/2017-09-10/classes-sociales-perception-du-privilege-chez-les-riches

 

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 179