L’Australie interdit les cabines de bronzage, à quand en France ?

Commentaire.

L’Australie est décidément fort en avance quand elle le veut.

Interdire les cabines de bronzage demande un certain courage.

L’ARTICLE :

Sydney, le mardi 30 décembre 2014 – C’est un fait connu, l’Australie est le pays qui paye le plus lourd tribut aux cancers cutanés. Fort ensoleillement aggravé par un trou dans la couche d’ozone et phénotype à risque d’une grande majorité des habitants constituent un cocktail explosif. Chaque année, 11 000 nouveaux diagnostics de mélanome sont établis et 1 400 décès déplorés. La mobilisation des autorités face à ce fléau ne date pas d’hier. Comme le rappelle le Monde, les stratégies déployées sont multiples : campagnes d’information choc, sensibilisation aux méfaits du soleil dès le plus jeune âge, port de vêtements de protection et autres chapeaux obligatoire dans les cours d’école ou encore bâchage des aires de jeu représentent les actions les plus spectaculaires. La lutte contre le bronzage artificiel avait cependant été quasiment oubliée de ce mouvement général. Or, ces dernières années, les cabines à UV ont connu un grand succès.

Un mélanome sur six chez les jeunes serait lié au “soleil artificiel”

Outre cette progression de la fréquentation, plusieurs éléments ont incité les autorités à s’intéresser avec plus d’acuité à ces cabines de bronzage. D’abord, la publication de nouvelles études ne laissant aucun doute sur la nocivité de cette pratique a été un argument majeur. On sait en effet désormais que « les utilisateurs des salons de bronzage ont 20 % de risques de plus que ceux n’ayant jamais pratiqué : il est démontré que le risque augmente de 1,8 % pour chaque séance additionnelle chaque année et, surtout que débuter ces séances avant 35 ans accroît de 87 % le risque de mélanome » rappelait l’année dernière dans les colonnes du Figaro, le professeur en dermatologie Jacques Bazex, membre de l’Académie nationale de médecine. En Australie, sur la base de tels travaux, une extrapolation réalisée par l’ONG Cancer Council a suggéré que « jusqu’a 280 cas de mélanomes sont [chaque année] dus aux cabines UV et chez les jeunes, c’est un mélanome sur six » explique un responsable de cette organisation au Monde. Ce serait au moins ainsi 43 Australiens qui chaque année perdraient la vie en raison de leur fréquentation des salons de bronzage.

« Un teint doré ne vaut pas d’en arriver là »

Parallèlement à ces données statistiques, le témoignage de Clare Oliver, une jeune femme morte en 2007 à 25 ans d’un mélanome a bouleversé le pays. Elle a en effet consacré ses dernières semaines à évoquer sa maladie, directement liée, pour elle, à sa fréquentation assidue des cabines de bronzage artificiel. « Un teint doré ne vaut pas d’en arriver là », martela-t-elle notamment dans une de ses dernières vidéos. La force de ce témoignage et l’implacabilité des chiffres ont conduit d’abord la Nouvelle-Galles-du-Sud à imposer l’interdiction de la vente de soleil artificiel. Aujourd’hui, cet état est suivi par les cinq autres provinces du pays et la fin du bronzage en cabine sera effective le 1er janvier 2015. L’annonce de cette nouvelle réglementation a conduit depuis déjà plusieurs mois à une diminution de la fréquentation des salons, revenue à un niveau comparable à celui enregistré avant le succès fulgurant de ces dernières années. Parfois dédommagés, les salons de beauté ont également joué le jeu, troquant leur offre de soleil artificiel contre des douches d’auto-bronzant, mais certains sont aujourd’hui tentés de vendre leur matériel sur le net, puisque l’utilisation dans le cadre privé n’est pas interdite.

Cette décision australienne s’inscrit dans la lignée de l’exemple donné dès 2009 par le Brésil.

Les états européens et la France se décideront-ils à leur tour à bannir le bronzage en cabine ? Les appels dans ce sens ont été très nombreux dans notre pays émanant de spécialistes, de l’Académie de médecine ou encore du Sénat mais n’ont jamais été entendus par les pouvoirs publics, qui se sont contentés d’un renforcement de la législation. Une stratégie inefficace aux yeux de ceux qui militent pour la fin du soleil artificiel (et qui sont largement soutenus par les professionnels de santé comme l’avait révélé un sondage réalisé sur notre site en 2011). La fréquentation assez répandue des centres offrant ce type de services (13,4 % des Français y ont déjà eu recours et 3,5 % s’y rendent au moins une fois par an, tandis que l’engouement est fort chez les plus jeunes), la méconnaissance des dangers par les Français (dont 24,1 % sont convaincus que « faire des UV avant les vacances permet de préparer sa peau pour se protéger du soleil ») et le matraquage publicitaire des vendeurs de “soleil” n’hésitant pas à affirmer qu’une séance d’UV peut être bonne pour la santé font le lit d’une situation qui pourrait représenter un véritable « scandale sanitaire » selon l’expression des sénateurs en 2012.

Aujourd’hui, selon une extrapolation réalisée par l’équipe de Mathieu Boniol (International Prevention Research Institute) publiée en 2012 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire ont peut estimer que 4,6 % des cas de mélanomes cutanés peuvent être attribués à l’utilisation des cabines de bronzage en France, provoquant entre 19 et 76 morts chaque année (sur un total d’environ 10 000 cas).

Aurélie Haroche

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