La violence des conflits armés, une transmission de génération en génération

Commentaire

Belle explication des mécanismes de transmission transgénérationnelle de la violence et des conflits. Voir le paragraphe en gras.

 

L’ARTICLE : 

Un peu partout sur la Terre, trop d’enfants demeurent encore exposés aux ravages physiques et psychiques de la violence et des guerres. Selon l’UNICEF[1], « plus d’un milliard d’enfants et d’adolescents vivent dans des zones concernées par des conflits armés. » Et même dans les pays non directement touchés par la guerre, sa réalité brutale s’impose à travers l’âpreté des images télévisées, et la mondialisation de l’information s’accompagne d’un cortège d’angoisses et de peurs ubiquitaires : si le 11 Septembre 2001 sonna le glas des Twin Towers à New York, des enfants du monde entier ont dessiné des avions s’écrasant contre des bâtiments ou ont mimé dans leurs jeux ces attaques terroristes.

Une tribune de JAMA Psychiatry rappelle l’impact de cette violence banalisée sur les individus. Des études longitudinales ont confirmé notamment le risque d’un effet transgénérationnel des conflits : par exemple, les enfants des militaires engagés sur un théâtre d’opérations « souffrent plus souvent de troubles psychiatriques que la population générale. » Et dans les familles où un parent a un syndrome de stress post-traumatique, il existe un « risque accru que les enfants manifestent une même constellation de symptômes. »

Au moins deux mécanismes sous-tendent ce phénomène : on constate d’une part que les sujets exposés à une violence extrême sont susceptibles d’élever leurs enfants « à la dure » (harsh and punitive parenting style). Et à ce dysfonctionnement éducatif proche de la maltraitance s’ajoutent des perturbations de la relation précoce mère-enfant, quand une mère déprimée ou traumatisée par son environnement violent peine à décrypter les sollicitations de son bébé (pleurs, gestes, sourires) et à réagir de façon appropriée. À son tour, l’enfant réagit en miroir de façon inadaptée à ces anomalies du comportement maternel, ce qui pérennise une communication troublée, source éventuelle de séquelles pathologiques.

Pour en finir avec la transmission de la violence d’une génération à l’autre, l’auteur invite les professionnels de santé à « reconnaître non seulement les effets immédiats du traumatisme, mais aussi ses incidences à long terme. » Schématiquement, deux évolutions sont observées. D’une part, conformément à l’idée que « la violence engendre la violence », le cercle vicieux des conflits se pérennise, quand des enfants exposés à la violence dès leur plus jeune âge vont grandir en devenant à leur tour des adultes agressifs : leur horizon culturel risque alors de se résumer à la violence. Mais d’autre part, des possibilités de résilience existent également, et certains sujets confrontés dès leur jeunesse à un contexte belliqueux peuvent cependant développer des stratégies pour y faire face, et casser enfin la boucle infernale de cette agressivité intergénérationnelle.

[1] Office of the Special Representative of the Secretary-General for Children and Armed Conflict; United Nations Children’s Fund (UNICEF). Machel Study 10-Year Strategic Review: Children and conflict in a changing world. New York, NY: UNICEF; 2009.

Dr Alain Cohen

Référence

Betancourt TS : The intergenerational effect of war. JAMA Psychiatry, 2015; 72: 199-200.

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