La toxicité des pesticides sur les abeilles, grandeur nature

Commentaire.Une étude grandeur nature montre la toxicité des pesticides reconnus comme toxiques. Mais elle montre aussi que les pesticides autorisés, et dits non toxiques, étudiés non pas sur 10 jours comme cela est fait habituellement, mais sur toute la saison d’une ruche,  se révèlent aussi très toxiques, à la fois par la durée d’exposition et par l’effet cumulatif avec les autres produits.

Chez les humains ce sont les autistes suivent exactement le même sort que les abeilles.

 

L’ARTICLE :

De nouvelles études sur les pesticides démontrent que, dans des conditions réelles d’analyse, beaucoup sont responsables de la mort des abeilles.

 

 

EXPÉRIMENTATION. Il est difficile  – et coûteux – de comprendre et quantifier l’influence des pesticides sur les abeilles. Les risques sont souvent déterminés à court terme avec des tests de toxicité par voie orale chez les larves d’abeilles mais aussi par simple contact physique chez les adultes. Ces tests, dont les conclusions sont tirées dans les 10 jours, ne prennent pas en compte les effets sur l’ensemble d’une colonie ou même les contrecoups et conséquences à long terme. Des scientifiques de l’Université du Maryland (Etats-Unis) ont observé l’impact des produits en conditions réelles. Ils ont suivi pour cela les abeilles à travers tout le pays, au cours de leurs « programmes de pollinisation ». Leur hypothèse a été confirmée, à savoir que l’accumulation de divers produits est particulièrement toxique. En effet, certains pesticides considérés comme non toxiques engendrent une hausse de mortalité dans les colonies d’abeilles. Les chercheurs ont publié les résultats de leur étude dans Nature, le 15 septembre 2016.

Une étude grandeur nature

Kristen Traynor et ses collègues de l’Université de Maryland ont décidé à chaque nouvelle étape de la saison des apiculteurs d’étudier l’évolution de la quantité des résidus de pesticides dans les ruches par rapport à la mortalité des abeilles. Pour cela, l’équipe a basé ses recherches sur la vérification de 3 paramètres : le nombre total de pesticides, le nombre total de pesticides autorisés, et le quotient de risque (risque global de la toxicité cumulative de tous les pesticides présents) pour chaque colonie et en chaque lieu où sont déplacés les colonies.

Les abeilles travaillent en moyenne dans un périmètre de 6 km autour de leur ruche (le record étant 13,5 km). Elles recouvrent donc une surface d’environ 100 km2 et reviennent avec de nombreux agents qui contaminent leur ruche. Bien que ces insectes possèdent des capacités de détoxification, leurs enzymes ne parviennent pas à métaboliser une quantité trop importante de pesticides. Fongicides, insecticides et herbicides se retrouvent dans les pollens qu’elles récupèrent et qu’elles stockent dans la ruche sous forme de “pain d’abeilles” dont se nourrit toute la colonie. Les ouvrières en consomment jusqu’à 2 mg par jour.

L’effet cocktail des pesticides

Pendant une saison entière, les chercheurs ont suivi 91 colonies d’abeilles voyageant de la Floride à la côte Est. La cire et le pain d’abeille présents dans leurs ruches ont été analysés pour relever la quantité de pesticides au cours du temps. Sur les 171 produits testés, 5 à 20 pesticides différents ont été retrouvés dans les pains d’abeille (ce qui est au-delà du quotient de risque) pendant les périodes de pollinisation. Par ailleurs, les colonies qui meurent le plus vite sont celles qui fabriquent le plus de pain d’abeille et de cire. Durant la saison de pollinisation, c’est-à-dire la période de voyage de culture en culture pour féconder les productions agricoles, la quantité de pesticides est beaucoup plus importante dans les pains d’abeille. De plus, toutes ces colonies ont connu la perte d’au moins une reine dans la saison. Or, si la reine n’est pas remplacée assez vite, toute la colonie meurt. Pour pallier ces désastres, les apiculteurs changent régulièrement les reines, espérant que les colonies résisteront mieux. À l’inverse, durant les phases de transition pendant lesquelles les abeilles se reposent et fabriquent du miel, loin des pesticides, leurs colonies croissent. Ainsi, de nombreux pesticides considérés comme « inoffensifs » sont, en conditions réelles, à l’origine d’une baisse de santé chez les abeilles provoquant rapidement leur mort.

http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/insectes/une-etude-sur-les-pesticides-et-les-abeilles-a-grandeur-nature_107596

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 137