LA SYMBOLIQUE DES ALIMENTS DANS LES RELIGIONS ET LA VIE DES HOMMES – Kinor – Septembre 2009

Les aliments habitent les écritures de toutes les religions. Le Christ en a fait la base du rituel de la messe :

« Jésus prit  du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : prenez, mangez ceci est mon corps (…) puis prenant un coupe (…) buvez-en tous car ceci est mon sang ». Matth 26, 26-28.

Que représente donc le pain et le vin nutritivement et symboliquement ?

Chaque aliment a une valeur symbolique, nous le recherchons pour ses vertus nutritives bien-sûr, mais ce dont l’homme est moins conscient est qu’il recherche aussi l’aliment pour sa valeur émotionnelle et son sens dans notre fonctionnement.
Notre corps est entièrement constitué par des molécules qui sont un jour passées par notre assiette et notre estomac. Nous les avons digérées et mangées. Mais nous les avons aussi désirées car nous sommes des êtres de désir, constitués par le fruit de notre désir. Nous sommes ce que nous mangeons. Alors quelle force, quelle chance de pouvoir manger le corps et le sang du Christ : « ses molécules » viennent rencontrer, enseigner et nourrir les nôtres ! Que de symboles !

Les symboles de la Cène : Le Pain et le Vin.

Le vin est un des plus anciens breuvage du monde. Le vin est l’alcool emblématique, l’alcool mère, il résume en lui l’ensemble des symboles et pourrait-on dire il aide au travail ordinaire de l’homme dans son chemin vers sa vérité.
Le propre du raisin à l’inverse des autres fruits est de contenir des levures qui prédisposent  à la fermentation. Entre la vie et la mort, nous sommes des mortels, existant par nos actes et nos choix. Comment allons-nous gérer cet espace-temps sur terre ?

“Ce que l’on appelle la vie n’est qu’un bref épisode entre deux mystères, qui n’en font en fait qu’un seul.” Carl Jung.

Sur ce chemin, le vin peut être notre allié. Dans la genèse, Noé nous montre que pour accéder à la « vérité du vin », il faut avoir traversé le déluge, mais aussi intégré tous nos animaux intérieurs, images de nos pulsions et de nos émotions. Après la fin du déluge et l’arrivée dans la nouvelle terre, il plante de la vigne, fait la fête, s’enivre puis se retire dans sa tente avec son épouse, ils sont nus pour se rejoindre dans l’amour. Ses enfants qui n’ont pas fait ce travail n’y verront qu’ivresse, folie et impudeur.
Le Christ dans la Cène prend la coupe de vin en disant « ceci est mon sang », Il fait du vin son sang (le sang est le résumé du psychisme, des pensées). Il nous propose ainsi la véritable connaissance : “Je suis le chemin, la vérité et la vie” Jean 14,6.
Cela pose le degré maximum de la symbolique et des ressources du vin.
Le Pain, lui, est un des grands symboles de la civilisation. Il apparaît avec la sédentarisation il y a 20 à 50 000 ans, quand les chasseurs cueilleurs que nous étions commencent à s’installer et doivent planter des céréales pour survivre dans un lieu fixe. Tandis que les chasseurs cueilleurs se séparaient et se retrouvaient au gré des affinités, il est maintenant nécessaire à l’homme de tisser des liens stables et durables avec le groupe. Du moins le temps que la récolte se fasse … et ainsi d’année en année. Ainsi les groupes grossissent et c’est le début de la civilisation. Le pain en est avec le sel un des symboles.

De ce pain le Christ fait son corps.
Il se propose comme le lien positif avec son père, la loi et l’enseignement qui construisent. Le pain est symbole du lien avec le groupe et symbole de son vécu, symbole de la relation au père. Le père c’est le patriarche qui prend soin de vous.

Les céréales dans l’ensemble, nous parlent de notre relation à la règle du groupe, celle du père, de la loi et de l’autorité. Leur désir parle de se nourrir du père, de le rechercher, lui le pilier de la loi du groupe. Ainsi les intolérances au gluten nous disent que le père, la loi et les lois du groupe ne nous ont pas véritablement aidé à grandir mais ont contribué plutôt à un blocage… ont peut-être été nuisibles pour nous. En tout cas, notre vécu de la règle n’est pas positif, mais inhibant ou destructeur.

Deux symboles du Baptême.

Le sel dans bien des traditions est mis sur la langue pendant la célébration du baptême. Il nous parle d’une parole de connaissance et de vérité. Celle d’un véritable humain sorti positivement de son animalité. En abandonnant une alimentation essentiellement carnée et fruitée (celle du chasseur cueilleur), l’homme ne trouve plus assez de sel dans ses nouveaux aliments, céréales, légumes… les aliments de sa nouvelle vie sédentaire. Il doit donc en rajouter et s’en procurer. C’est alors que le sel devient un des grands moteurs de la civilisation. C’est pour lui que l’on construit les routes et bâtit les empires. Les soldats sont des guerriers qui sont payés de sel : la solde, le futur salaire.

Le sel parle de différenciation, de sortie de l’indifférencié primaire et animal, de structuration, de capacité à dire non et à construire une structure, de l’entrée dans la connaissance et de sa diffusion.

« Vous êtes le sel de la terre » Matth 5, 13. Le Christ invite ses apôtres à diffuser sur terre et dans le monde.

Faites agir le « père-soleil », sur la « mère-mer », et vous obtiendrez le « fils-sel » par évaporation, quand les « eaux-émotions » se sont retirées et que la connaissance pure peut se manifester. Le sel est bien le fils du père, celui de la connaissance et de la différenciation, celui qui nomme et se positionne.

L’excès de sel nous conduit à la rigidité, la difficulté au changement et à la mort. La femme de Loth qui ne peut se détourner de Sodome et Gomorrhe est changée en statue de sel. Ainsi en est-il de nos « hypertendus » bloqués dans leur difficulté à croire dans le pouvoir de l’amour.

Le désir du sel nous parle de notre envie de connaissance. Les enfants qui mangent du sel à la petite cuillère sont souvent dans une grande souffrance et réclament la connaissance pour pouvoir en sortir.

Notre rapport au sel, notre désir de sel nous fait promener sur un curseur de différenciation et de discernement, qui s’incarne dans tous les niveaux de l’être humain. 

 

L’huile est aussi un élément du rituel de baptême, on le retrouve aussi pour l’extrême onction. Le thème de l’huile est la protection, la survie, la mémoire et l’accomplissement.

Le gras animal y compris l’humain, nous parle de problème, de mémoires émotionnelles qu’il stocke ; problème que chaque humain a de s’accomplir. Le végétal nous parle de solutions. Les huiles sont les cadeaux de la nature. On retrouvera les corps gras dans toutes les situations de difficulté, quand il faut assurer la survie matérielle, psychologique et spirituelles.
Sel et Huiles sont deux symboles alimentaires que nous retrouvons dans le baptême. Tous deux « protègent » notre survie essentielle. Le baptême commence dans l’eau, comme la vie elle-même. Le sel et l’huile nous sont donnés « comme ange gardien ».

Saint Séraphin dans les « entretiens avec Motovilov »  exprime cela très clairement. « L’huile ne symbolise pas les actions mais bien la Grâce du très Saint Esprit de Dieu qui transforme ceci en cela: le corruptible en incorruptible, la vie psychique en vie spirituelle, les ténèbres en lumière, notre étable existentielle où les passions sont déchaînées comme des bêtes, en temple de Dieu, en chambre nuptiale de la loi ineffable dans le Christ notre seigneur, créateur, rédempteur
, éternel fiancé de nos âmes ».

Les huiles agiront de trois manières :
– En nous aidant dans notre structure avec les Oméga 9. Animal ou végétal. Majoritairement dans l’huile d’Olive.
– En nous aidant dans la défense de ce que nous sommes avec les Oméga 6. Souvent végétal : Pépin de raisin, tournesol, noix, colza, germe de blé, maïs, Onagre Bourrache et certaines viandes poissons et abats.
– En nous aidant à communiquer avec nous-même et les autres, et par là, à nous connaître Oméga 3. Ils sont souvent animal issus des poissons des mers froides, et de quelques végétaux comme le périlla, ou le pourpier, noix, colza, Olive.

Dans le rapport entre les différents acides gras, l’huile d’olive est celle qui est la plus proche de la composition du lait maternel. Elle est symbole du désir de la protection de la mère. La colombe rapporte un rameau d’olivier à Noé pour lui témoigner de la fin du déluge et de la possibilité de retrouver enfin cette terre mère nourricière, dans une unité.

L’olivier en tant qu’arbre célèbre la réunion du ciel et de la terre, l’alliance de l’homme avec Dieu. La crème issue du lait est la partie à la fois la plus riche (comme le beurre) mais aussi la plus douce. Job pour parler des bienfaits dont il est comblé dit:  « mes pieds baignaient dans la crème » Job 29, 6

La viande représente la conquête des mondes extérieurs. Les enfants en ont particulièrement besoin.

La vache est l’énergie fondamentale que donne la mère dans son calme et sa force. La placidité et la sécurité de celle qui regarde le train ou se laisse traire sans broncher.
Les hindous la considèrent comme notre mère à tous et dans ce sens symbolique ils ont assez raison. Pour eux la manger ce serait être cannibale de sa propre mère. Mais quelque part nous l’avons tous fait enfant en la tétant ! Pour eux, seul le lait est autorisé.

Le cheval est l’énergie paternelle dans sa virilité. La possession d’un cheval permet souvent aux jeunes femmes de compenser le manque du père.

Le mouton l’agneau, c’est l’enfant du bon père. Cette place que beaucoup souhaitent avoir ou retrouver  s’il ne l’a pas suffisamment eue. Etre choisi et avoir la protection du père bon berger. C’est ce berger qui dans l’Evangile laisse quatre-vingt-dix-neuf  brebis pour retrouver la centième égarée. L’agneau est le signe de l’innocence, de celui qui ne peut pas nuire (In Nocéré), mais la plus grande faiblesse qui ouvre à la plus grande force. Aimez-vous le carré d’agneau ?

La chèvre c’est la mère initiatrice si elle vous ouvre à la connaissance, avec son petit boux-c comme Lao tsé sur son bœuf. Mais c’est aussi la mère chèvre qui vous dit « attention le monde est dangereux », comme le dit Monsieur Seguin à sa chèvre. Mais mieux vaut prendre le risque de mourir que de ne pas vivre et justement la chèvre de Monsieur Seguin l’a bien compris !

Quant aux poissons et fruits de mer, ils tiennent une place bien particulière.

Le poisson est utilisé comme symbole de reconnaissance par les premiers Chrétiens. Ils le dessinaient sur le sable comme signe de leur foi. Le Christ utilise par deux fois le poisson. On le voit dans la pêche miraculeuse, et dans le miracle de la multiplication des pains et des poissons.

Le poisson représente la découverte de notre inconscient. La viande représente la conquête des mondes extérieurs, à la fois indispensable dans le début de notre vie et illusoire avec les années qui passent. Les poissons sont la conquête des mondes intérieurs, la conscience de notre inconscient, la mise en lumière de ce qui nous habite. C’est bien de cela que parle le fait de manger du poisson et son désir.

Les fruits de mer comme les poissons sans écailles sont interdits dans la pratique Juive traditionnelle, ils ne sont pas casher. Essayons de comprendre pourquoi. Je vais aborder un peu de technique embryologique qui va nous éclairer. L’intestin primitif a une forme de poche. Cette poche va s’ouvrir aux deux extrémités. La future bouche et le futur anus.
Le bouche sert à manger, elle est orale. Le futur anus branché au bout des intestins sert à éliminer. Certains animaux privilégient la bouche qui dans leur évolution s’ouvre en premier. Ce sont les Protostoma, littéralement « Bouche en premier ». Façon de dire, « je mange, je comble d’abord mon vide, après on verra. L’avidité prédomine sur les autres fonctions ». Les fruits de mer sont des protostoma : « Je me gave », y compris en mangeant tous les déchets qui passent sans distinction, peu importe la qualité, seul le remplissage compte. Cette catégorie comprend les coquillages et les huîtres, mais aussi les homards et les langoustes comme les crevettes. Ils nous parlent de notre peur de nos côtés « prédateurs-victimes » (homard-crevette), de notre difficulté à vivre la peur du manque ou la relation sexuée (huître). Ils nous renvoient dans certains de nos enfers et de nos tourments.

Les poissons au contraire sont des Deutérostoma, « Bouche en second ». Cela veut dire que l’anus s’ouvre en premier et la bouche en second. Les poissons portent en eux l’idée que pour avancer je dois avant tout éliminer ce qui m’empêche, m’encombre, tous les aspects négatifs de mon inconscient. Il est alors logique que les premiers Chrétiens l’aient choisi comme signe de ralliement, puisque que le poisson est une allégorie de ce qui nous est demandé dans l’évangile.

La tradition juive interdit aussi les poissons sans écaille comme la roussette, le requin, la raie, l’anguille, nous pourrions évoquer le côté “ sinueux” ou trop agressif de ces créatures. Ce sont des cartilagineux, catégorie qui précède les poissons qui sont des osseux. Comme s’il y avait en eux  quelque chose d’une identité “ Os “ non encore suffisamment posée. Une forme de transition pour arriver au travail véritable. Leurs capacités de conscience sont limitées. Les rigoristes les élimineront.

La figue est symbole de fécondité. “ Dieu maudit le figuier sans figue “.
C’est aussi avec des feuilles de figuier et non de vigne qu’Adam et Eve se cachent au sortir du paradis terrestre. Maintenant leur défi sera la fécondité. La figue a une forme de fruit mûr comme le ventre d’une femme enceinte.

Le raisin nous parle d’abondance et de générosité, mais il nous pose aussi la question « de quelle abondance ai-je l’envie de nourrir ma vie ? ». Avec le vin, le Christ fera son sang. C’est alors d’une autre abondance qu’il est question. Les alcools sont tous issus de sucre.  C’est l’esprit qui apparaît derrière. « 3 Spirit » disent les anglophones.

Le miel a été le premier sucre de l’antiquité. Il est le fruit de la ruche, communauté interdépendante, où la reine domine tout le monde. Le sucre nous rappelle les premiers aliments maternels, ce sucre qui arrive au cordon dans l’utérus. Plus tard notre besoin de sucre nous parle de notre dépendance affective (Le chocolat nous parle lui de la dépendance à l’envie d’être amoureux).
Nous pouvons manger de tous les aliments à notre désir et il est souhaitable de ne jamais forcer un enfant à manger un aliment dont il ne veut pas. Mieux vaut lui donner envie. Le reste viendra. Le seul aliment qu’il nous faut contrôler et limiter est le sucre !

Le vie humaine est un chemin vers l’autonomie. Le sucre est le contraire.

De façon générale l’étude des désirs alimentaires nous permet de comprendre là où nous en sommes aujourd’hui dans notre chemin personnel, en fonction de ce dont nous avons besoin et de ce que notre corps réclame.