La simvastatine, peut-être un frein au handicap dans la SEP

Commentaire de Olivier Soulier.

Lettre de Médecine du sens n° 19.

Nouveau médicament présenté comme intéressant et qui diminuerait l’atrophie cérébrale.

Mais en pratique il n’y a ni diminution de la charge lésionnelle, ni réduction significative de poussées pendant la période de l’étude.

Un bénéfice bien mince. La révolution des traitements n’est pas encore là.

N’oublions pas qu’avec un simple régime “Seignalet” ou “Terry Wahls” on obtient facilement une diminution de plus de 50% du nombre des poussées. Simple non ?

 L’ARTICLE : La simvastatine, peut-être un frein au handicap dans la SEP 

Actuellement, il existe de nombreux traitements efficaces dans la sclérose en plaques (SEP) au stade rémittent. Ces différentes substances ont un mécanisme d’action centré sur la maitrise de l’inflammation. Toutefois après une dizaine d’années d’évolution, les poussées deviennent plus rares et le handicap sournois, témoin d’un processus dégénératif chronique, progresse inéluctablement. Les immunomodulateurs sont à ce stade généralement sans effet de même que  les immunosuppresseurs.

Plusieurs molécules neuroprotectrices  ont été testées sans succès dans les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Dans la SEP, plusieurs essais préliminaires avaient suggéré que les statines pouvaient avoir un effet bénéfique. Ceci est confirmé par une étude anglaise réalisée dans 3 centres, dont les résultats sont rapportés dans le Lancet. Ils montrent en effet l’efficacité de fortes doses de Simvastatine (80 mg) sur la progression de l’atrophie cérébrale.

Outre l’effet anti cholestérol, les inhibiteurs de l’HMG-CoA réductase ont une action immunomodulatrice en inhibant la présentation  de l’antigène, la prolifération des lymphocytes et en modifiant le phénotype lymphocytaire (Th2).

Cent quarante  patients avec une SEP secondairement progressive ont été inclus dans cette étude contrôlée, en double aveugle contre placebo. Ils ont été randomisés en deux groupes de 70 patients chacun, les uns recevant la simvastatine à forte dose, les autres le placebo. La mesure de l’atrophie cérébrale par IRM était le critère principal d’évaluation. La méthodologie d’analyse a été particulièrement rigoureuse. La dernière IRM a été faite 1 mois après l’arrêt du traitement  pour éviter de mesurer une pseudo atrophie due à un effet anti-inflammatoire. Les patients ont bénéficié d’une évaluation clinique à l’inclusion, puis à 12 et 24 mois avec l’échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale), le Multiple Sclerosis impact scale (MSIS-29) et la Multiple Sclerosis Functional scale.

Le taux d’atrophie, de 0,288 % par an (SD 0,521) dans le groupe sous simvastatine, s’est avéré plus faible que dans le groupe placebo où il était de 0,584 % par an (SD 0,498). Une amélioration significative du score EDSS et MSIS-29 a été également constatée sous traitement.

En conclusion, il existe une diminution de 43 % de l’atrophie cérébrale sans réduction significative de la progression de la charge lésionnelle T2. Il n’a pas été noté de réduction significative du nombre de poussées pendant les 24 mois de l’étude.

Les auteurs considèrent que ces résultats sont suffisamment encourageants pour proposer une étude de phase III. J Palace et N Robertson commentent ces données dans un éditorial et signalent quelques limites méthodologiques comme l’inclusion de patients avec une forme rémittente-progressive.  Mais ils partagent finalement l’optimisme de l’équipe anglaise.

Dr Christian Geny

Références

Chataway J et coll. : Effect of high-dose simvastatin on brain atrophy and disability in secondary progressive multiple sclerosis (MS-STAT): a randomised, placebo-controlled, phase 2 trial. Lancet, 2014; publication avancée en ligne le 19 mars. doi:10.1016/S0140-6736(13)62242-4

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