La méditation pour lutter contre les maladies inflammatoires ?

Commentaire.

La maltraitance de l’enfance peut-être responsable de nombreux troubles dépressifs ou psychiatriques. Elle peut aussi donner une augmentation de la CRP, molécule marqueur de l’inflammation. Voilà maintenant que la méditation peux lutter contre l’inflammation. La boucle est bouclée. Voilà un exemple de comment nous pouvons tomber malade et comment guérir ou se rééquilibrer.

L’ARTICLE :

Le néerlandais Wim Hof (ci-dessus) est mondialement connu pour sa capacité à résister au froid. En suivant son programme d’entraînement fondé sur de techniques respiratoires utilisées par les adeptes de la méditation, des volontaires ont réussi à moduler naturellement la réponse inflammatoire de leur organisme après exposition à une agression externe. Crédits : Wim Hof / www.icemanwimhof.com

Suivre un entraînement à base de méditation, d’exercices respiratoires et de nage en eau glacée permet de réduire la réponse inflammatoire du corps face à l’intrusion d’une substance étrangère, révèle une étude publiée dans PNAS. De quoi nourrir l’espoir que cet entraînement aide aussi à lutter contre les maladies inflammatoires chroniques ? Si rien de tel n’a encore été montré, les auteurs de ce premier résultat n’écartent toutefois pas cette éventualité…

Autant le dire tout de suite, tout dans l’étude que nous allons vous présenter ici sort de l’ordinaire. De quoi s’agit-il ? Des médecins néerlandais de l’Université de Radboud (Nimègue, Pays-Bas) ont réalisé une expérience suggérant que le suivi d’un entraînement à base de méditation, d’exercices respiratoires et de séances de natation en eau glacée permet de réduire la réaction inflammatoire déclenchée par l’organisme lorsqu’il est en contact avec une substance étrangère (rappelons que l’inflammation est une réaction de défense immunitaire du corps face à une agression externe).

Or, ce résultat a suscité dès sa publication outre-manche un immense espoir chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde ou les pathologies chroniques affectant l’intestin (comme la maladie de Crohn). En effet, même si l’étrange phénomène observé par les chercheurs néerlandais ne concerne que des inflammations de courte durée, ce résultat ne peut qu’inciter à émettre l’hypothèse que de tels entraînements quotidiens pourraient peut-être aussi permettre aux personnes souffrant de maladies inflammatoires chroniques de réduire l’inflammation qui envahit de façon excessive leur organisme, en réduisant les traitements anti-inflammatoires qu’ils prennent habituellement à cause de leur maladie.

Evidemment, présentée comme cela, une telle étude ne peut que laisser dubitatif. Et le fait d’apprendre que Wim Hof, ce néerlandais surnommé l’Homme de glace qui s’est rendu mondialement célèbre pour sa capacité à résister au froid extrême (Wim Hof est capable de nager 6’20” en apnée sous la glace polaire ou de rester 1h22  dans un tube rempli de glace), a été un acteur essentiel de cette étonnante expérience, risquerait probablement de ne rien arranger à l’affaire.

Et pourtant ! Il faut bien reconnaître que les résultats obtenus par cette équipe de recherche, dont les membres publient régulièrement leurs travaux dans les plus grandes revues scientifiques mondiales (lire la liste des publications du Pr. Peter Pickkers, auteur principal de cette étude), sont extrêmement troublants d’un point de vue scientifique. Et c’est d’ailleurs pourquoi cette étude n’a pas été publiée n’importe où, loin s’en faut : elle figure dans le dernier numéro des Actes de l’Académie Américaine des Sciences Annales (PNAS – Proceedings of the National Academy of Sciences), l’une des plus grandes revues scientifiques au monde. Une publication dont le site de la revue Nature s’est même empressé d’en faire un compte-rendu, dans un article intitulé « Behavioural training reduces inflammation ».

Toutefois, il est nécessaire de mentionner qu’il s’agit ici de résultats préliminaires, qui devront être reproduits et explorés plus en détail au cours de travaux ultérieurs afin de mieux comprendre ce qui se joue réellement d’un point de vue scientifique.

Ceci étant posé, voyons maintenant plus en détail la nature des travaux réalisés par les médecins de l’Université Radboud. A l’origine de ces travaux, il y a un étonnant test médical réalisé en 2010 sur Wim Hof (« l’Homme de Glace ») par Matthijs Kox, premier auteur cette nouvelle étude, sous la supervision du Pr. Peter Pickkers. L’objectif de ce test médical mené à l’époque ? Observer comment l’organisme de Wim Hof, qui prétendait à l’époque être non seulement capable de réguler la température de son corps mais aussi son système immunitaire, réagissait à un test inflammatoire bénin. Pour cela, Matthijs Kox a exposé l’organisme de Wim Hof à une toxine sécrétée par la bactérie E. coli, connue pour générer de la fièvre, des maux de tête et des frissons.

Résultat ? La réponse de l’organisme de Wim Hof face à cette agression extérieure a été beaucoup moins intense que la moyenne. En effet, les symptômes grippaux présentés par ce dernier ont été étonnamment modérés. Et surtout, il s’est avéré que Wim Hof  présentait un taux sanguin de protéines inflammatoires très inférieur à ce qui était normalement attendu.

Suite à ce premier résultat, Matthijs Kox, Peter Pickkers ainsi que d’autres médecins de l’université Radboud ont mené une nouvelle expérience, impliquant cette fois 12 volontaires. Ces derniers sont partis en Pologne durant 10 jours afin de suivre un entraînement inventé par Wim Hof, consistant à réaliser des exercices de respiration, à pratiquer la méditation de pleine conscience, à rester torse nu dans la neige ou encore à effectuer des séances de natation dans des eaux glacées.

A l’issue de ce cursus de formation de 10 jours, ces 12 volontaires sont revenus aux Pays-Bas, où ils ont alors subi un test inflammatoire analogue à celui que Wim Hof avait subi en 2010 (exposition à une toxine sécrétée par la bactérie E. coli). Un second groupe « témoin » de 12 personnes a également subi le même test inflammatoire, mais sans avoir préalablement suivi l’entraînement de Wim Hof.

Résultat ? Comme Wim Hof en 2010, ces 12 volontaires ont présenté une réaction inflammatoire très inférieure au groupe témoin. De plus, il s’est avéré que chez les 12 volontaires ayant suivi la formation de Wim Hof, les niveaux sanguins de plusieurs protéines associées à l’inflammation étaient beaucoup plus faibles que ce qui est observé habituellement. À l’inverse, les auteurs de l’étude ont constaté que le niveau sanguin de l’interleukine 10, une protéine qui a pour effet de réduire les réactions inflammatoires de l’organisme, était bien plus élevé que la moyenne.

Autre découverte : les scientifiques néerlandais se sont également aperçus que les 12 personnes qui avaient suivi la formation de Wim Hof avaient tendance à produire plus d’épinéphrine lorsqu’ils effectuaient leurs exercices respiratoires, et ce avant l’exposition à la toxine. Or, de précédents travaux avaient déjà montré que de grandes quantités d’épinéphrine ont pour effet d’atténuer la réponse immunitaire de l’organisme.

À l’heure actuelle, les auteurs de l’étude ignorent quel est le mécanisme biologique précis qui est à l’origine de la baisse de la réponse inflammatoire de l’organisme. Ils se contentent pour l’instant de faire l’hypothèse que le programme d’entraînement de Wim Hof a un effet sur le système nerveux, ce qui engendre des répercussions sur le fonctionnement du système immunitaire. En effet, on sait que le fonctionnement du système nerveux et du système immunitaire sont étroitement liés.

Quant aux vertus des différentes composantes du programme d’entraînement de Wim Hof, les médecins néerlandais pensent que les exercices respiratoires jouent une part probablement essentielle dans la modulation de la réponse inflammatoire de l’organisme.

Ces résultats signifient-ils que les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques pourraient influer positivement sur leur maladie avec ce type d’entraînement ? A l’heure actuelle, il est absolument impossible d’affirmer cela. En effet, l’expérience a porté sur une inflammation de courte durée, et non sur une inflammation chronique.

S’il n’est donc pour l’instant aucunement possible de se prononcer sur les éventuels bienfaits de la méthode de Wim Hof concernant les maladies inflammatoires chroniques, c’est toutefois bel et bien cette éventualité que les médecins néerlandais vont désormais explorer au cours des prochains mois. Avec, il faut l’espérer, des résultats positifs également pour ces pathologies…

Ces travaux ont été publiés le 5 mai 2014 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), sous le titre “Voluntary activation of the sympathetic nervous system and attenuation of the innate immune response in humans”.

Voici une vidéo (en anglais) consacrée à la publication de cette étude :

http://www.journaldelascience.fr/sante/articles/meditation-pour-lutter-contre-maladies-inflammatoires-3585