La grande affaire du prépuce du petit

Commentaire.

Le principe du décalotage comme celui de la circoncision pose de nombreux débats et controverses. Cet article pose bien les choses de façon à mon avis très justes.
A lire aussi l’article du blog de Martin Winckler toujours très simple et clair.
Je voudrai apporter ma contribution à ce thème dans deux aspects.
Tout d’abord comprendre la symbolique des phimosis et des pathologies associées.
C’est l’érection naturelle du petit garçon qui va physiologiquement aboutir au décalotage spontané à la puberté.
Il y a comme une sorte de régulation, ou le gland reste au fond caché dans un intime protégé et à respecter. Il se dévoile en son temps, laissons le faire.

Un décalotage intempestif ou abusif ou même simplement systématique risque de poser des problèmes. Il évoque aussi une attitude parentale souvent maternelle, abusive, intrusive, incestuelle ou dans une vibration associée. Est-ce cela qui va déclencher des réactions d’aggravation face à cette intrusion ? Probable.

Martin Winckler parle bien de personnalités parentales obsessionnelles. Je rajouterai contrôleuses et intrusives.

C’est aussi probablement des attitudes de castration psychologiques qui vont contribuer à l’apparition d’un phimosis, ou, et c’est au fond la même chose un non décalotage spontané. C’est une notion assez fiable et que j’ai souvent retrouvée dans mon expérience clinique.
Nous rentrons là dans la grande catégorie des troubles sexuels de l’enfant, l’ado et l’homme.

Le phimosis en est la moindre des formes, puis nous trouvons l’ectopie testiculaire,  «testicule non descendu», les torsions testiculaires, les impuissances de l’adulte, les maladies de Lapeyronie, et enfin les pathologies de la prostate.

Il semble que chez l’homme, tout ce qui ne se manifeste pas pose problème plus encore.

Enfin comment ne pas dire un mot sur le problème de la circoncision, que je considère comme une mutilation sexuelle au même titre que l’excision et l’infibulation.
Combien ai je vu de patients marqués dans leur chair par cet acte, sans parler de ceux pour qui cette pratique millénaire est si «normale» que leur souffrance est frappé d’un déni total. Tout refus serait vu comme une trahison sociale et religieuse.

Comment ne pas imaginer que ces dénis de souffrance depuis des millénaires n’aient pas de conséquences inscrits dans la chair ?

 Mais la société est encore loin d’être capable d’aborder tout cela.

L’ARTICLE :

Paris, le samedi 12 juillet 2014 – Les médecins qui entre deux rendez-vous se consacrent à la tenue d’un blog choisissent souvent de faire part de leurs réflexions philosophiques sur tel ou tel enjeu éthique, de faire le récit de leurs consultations les plus burlesques ou les plus poignantes, mais aussi dans certains cas de dispenser quelques conseils aux patients qui viendraient les visiter sur le web. Il s’agit alors de s’emparer d’un sujet très fréquemment abordé, pouvant être l’objet de quelques controverses. C’est en pédiatrie notamment, où le règne des « opinions » tranchées connaît une certain succès, que des mises au point peuvent parfois s’imposer. Ainsi, dans un de ses plus récents posts, le docteur Dominique Le Houézec (pédiatre au CHU de Caen), sur le blog « Mieux vaut prévenir » hébergé par le Monde et qu’il partage avec trois autres praticiens, revient sur la grande affaire du prépuce.

Au temps où le décalottage était la règle

Il ne s’agit pas ici d’une énième controverse sur le bienfondé de la circoncision, mais d’une prise de position plus légère (mais néanmoins utile) sur la pratique du décalottage des nourrissons et jeunes garçons. Le praticien souligne en effet que ces dernières années ont été marquées par une évolution des recommandations des praticiens aux parents sur ce point. « Les temps changent, les pratiques médicales évoluent. On nous apprenait, lors de nos études médicales (au siècle dernier…), que le prépuce des enfants devait être décalotté progressivement mais régulièrement et fermement afin d’éviter des «adhérences» nuisibles à son bon fonctionnement (…). Ce rituel a été contesté par des études statistiques qui ont démontré que, spontanément, presque tous les garçons arrivaient à une rétraction complète de leur prépuce en fin de puberté sans qu’aucune manœuvre de traction antérieure intempestive n’ait eu lieu », rappelle le praticien.

Vous avez dit prévention du phimosis ou déclenchement de paraphimosis ?

Cet argument d’autorité donné, le médecin revient sur les deux principales objections avancées par les farouches tenants du décalottage : la prévention du risque de phimosis et l’observation d’une bonne hygiène. Sur le premier point, il explique : « Le phimosis vrai se définit par un orifice préputial étroit, resserré ne laissant absolument rien voir de l’orifice urinaire sous-jacent. L’indication d’une plastie ou d’une circoncision pour phimosis congénital ne requiert bien évidemment aucune urgence et peut attendre l’âge de 5 ou 6 ans. Cette intervention mérite de toute façon d’être précédée par un traitement corticoïde local durant quelques semaines qui permet (dans environ 90% des cas) un assouplissement de la texture cutanée et évitera ainsi une intervention et ses risques éventuels ». Sur ce point, le médecin et écrivain Martin Winckler qui s’intéressait également en ce début d’année à ce sujet pointu allait même plus loin, assurant que loin de prévenir l’apparition de phimosis, la pratique du décalottage favorise même l’apparition de paraphimosis. « Le paraphimosis (provoqué) est beaucoup plus fréquent que le phimosis » a-t-il en effet pu observer au cours de sa carrière.

C’est du propre

Concernant la nécessité d’assurer une bonne hygiène du gland et du prépuce, les deux praticiens sont également sur la même ligne. « Il existe des médecins nostalgiques affirmant qu’il serait nécessaire de décalotter la verge des enfants afin d’assurer une hygiène parfaite de celle-ci (…). Les prépuces serrés n’ont pas de raison de s’infecter plus fréquemment que les prépuces ouverts » répond par exemple le docteur Dominique Le Houézec. Fidèle à son ton plus direct, Martin Winckler martelait pour sa part : « Le prépuce est « auto-nettoyant ». L’orifice du prépuce est serré à la naissance pour justement éviter que des poussières s’introduisent dedans. Le décalotter (…) c’est anti-naturel ».

La question à laquelle on ne peut pas couper

Le sujet pourrait apparaître léger (si ce n’est le risque de paraphimosis provoqué évoqué par Martin Winckler). Cependant, il invite nécessairement à se (re) poser la question de la circoncision. Les deux blogueurs n’évitent pas d’ailleurs d’établir un lien entre les deux thèmes, pour, chacun à leur manière, discréditer les motivations hygiénistes de ce geste chirurgical. « Ces théories hygiénistes ont même fait conseiller par l’école pédiatrique américaine des circoncisions systématiques de tous les nourrissons dont l’effet de mode parait dorénavant s’essouffler » note par exemple Dominique Le Houezec. De son côté, Martin Winckler interrogé par une association de parents sur les réponses à donner aux médecins prônant le décalottage à tous prix répond : « Quand un problème est purement affaire d’opinion et non de prévention ou de santé (et, encore une fois, rien ne montre que le décalottage a le moindre intérêt, mais ses inconvénients sont manifestes), peu importe la « position » du médecin. Les médecins ne sont pas là pour dicter leurs opinions aux mères (…). Est-ce qu’une mère ferait circoncire son fils pour « faire plaisir » à un médecin qui prône la circoncision « hygiénique » ? Non, bien sûr ».

La bientraitance du prépuce

Ces dernières lignes le laissent deviner, derrière cette question du « prépuce », sont une nouvelle fois nourries les réflexions autour de la bientraitance (thème cher à Martin Winckler, mais pas seulement) et de la relation médecin/malade (et ici médecin/famille). Ainsi, le docteur Dominique Le Houézec remarque que la grande tendance au décalottage a longtemps reposé sur l’idée selon laquelle les jeunes enfants ne ressentaient pas la douleur. « Cet usage ancestral s’accompagnait de saignements et de douleurs que la médecine officielle banalisait (“A cet âge, il ne sent rien et de toute façon, il ne s’en souviendra pas “) », écrit par exemple Dominique Le Houézec. Martin Winckler insiste pour sa part sur le fait que le décalottage, acte inutile, est un outre un geste suscitant le malaise tant chez les petits garçons que chez les mères. « Il n’y a certainement pas de quoi “culpabiliser” les femmes qui décident de ne pas tripoter le pénis de leur nourrisson (pour ma part, je les trouve plutôt saines…). (…) Si un médecin vous en parle, répondez-lui que vous laissez à votre enfant le soin de régler ce problème-là, et surtout ne laissez pas le médecin vous faire une démonstration ! Il n’est pas justifié de décalotter un nourrisson ou un petit garçon qui n’a rien, pas plus que de faire un examen vaginal à une petite fille qui va bien ! Le seul moment où un médecin est en droit de toucher (doucement) le pénis d’un petit garçon, c’est si le pénis en question présente une anomalie visible. Et avec des gants. Et sans décalotter », prescrit-il.

Pour lire ces deux analyses culotées (mais au ton très différent) :

Blog Le Monde : Ne tirez pas sur le prépuce 

Martin Winckler : touche pas à mon prépuce

http://martinwinckler.com/spip.php?article697

Aurélie Haroche

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