La Corée du Sud, le paradis des opérateurs télécom

Commentaire. La Corée, paradis des opérateurs téléphoniques, détient le recors de fréquence d’autisme avec un enfant sur 38. Et pour cause.

 

L’ARTICLE :

REPORTAGE – Avec ses 57 millions d’abonnés au mobile, alors qu’elle ne compte que 50 millions d’habitants, la Corée du Sud est un terrain d’innovation pour les opérateurs télécom.

La Corée du Sud et ses 57 millions d’abonnés à la téléphonie mobile, alors qu’il ne compte que 50 millions d’habitants, est un pays à part dans le paysage mondial des télécoms. Il s’est fixé un nouveau pari: être la première nation au monde à exploiter la 5G, cette nouvelle technologie de téléphonie mobile programmée pour être encore plus efficace que la 4G.

La patrie de Samsung et LG peut se targuer d’être le seul pays au monde à avoir 100% de son territoire couvert en 3G/4G. Couloirs du métro de Séoul, campagnes, lignes à grande vitesse du KTX – le TGV local -, rien n’échappe à la couverture des opérateurs. Les Coréens ne s’y sont pas trompés, ils sont 86% à avoir adopté la 4G, ils consomment cinq fois plus de données en mobilité que les Français (5,4 Go par mois en Corée du Sud contre 1,2 en moyenne en France), quitte à débourser en moyenne 38 euros par mois pour leur mobile (contre 16 euros en France).

Des services très complets

Les trois opérateurs locaux, SKT, numéro un du marché, l’opérateur historique KT et le challenger LG Uplus ont profité de l’arrivée de la 4G pour remonter leurs prix, ce que les Français n’ont pas réussi à faire. Les Coréens proposent des forfaits data «illimités», très appréciés des jeunes. Dans les faits, le calcul est un peu compliqué, mais il revient à offrir 70 Go de données en 4G par mois. Les sommes allouées à la téléphonie mobile par les consommateurs coréens peuvent sembler élevées, mais la palette de services offerts est large. Le réseau Wi-Fi des opérateurs est bien plus développé, presque tous les lieux publics sont couverts, transports en commun compris. Il suffit d’avoir un abonnement mobile pour en bénéficier. À cela s’ajoutent des chaînes de télévision, de la musique en ligne et des services liés à l’Internet des objets, particulièrement dans le domaine de la maison connectée.

Pourtant, les opérateurs télécoms coréens sont à la recherche de relais de croissance. Le marché est à maturité, les usagers ne peuvent consacrer plus de temps à leur mobile que ce qu’ils font déjà. «En deux ans, le revenu moyen par abonné a reculé de 1%, le nombre d’abonnés a augmenté de 1%, la consommation de data sur mobile a explosé: +100%. Cette situation guette de nombreux pays matures», résume Andrew Cope, PDG de Nokia Corée.

«En deux ans, le revenu moyen par abonné a reculé de 1%, le nombre d’abonnés a augmenté de 1%, la consommation de data sur mobile a explosé : + 100%. Cette situation guette de nombreux pays matures»

Andrew Cope, PDG de Nokia Corée

Le pays tout entier rêve au déploiement de la 5G, avec un objectif bien précis en tête: les Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang en février 2018. Autant dire demain à l’échelle des télécoms. «Le gouvernement sud-coréen a demandé aux trois opérateurs locaux de travailler ensemble sur le sujet pour déployer un réseau 5G sur les sites olympiques, cela avant même que soient définis les standards internationaux pour cette technologie, qui sont attendus pour 2019-2020», explique Jun Young Shin, directeur du développement de LG Uplus. Tous les acteurs du secteur, fabricants, équipementiers, opérateurs, chercheurs de la prestigieuse université des sciences et de technologie avancées (KAIST), sont mobilisés pour atteindre ce but, avec le soutien du ministère de la Technologie.

Dépasser le Japon

L’ambition est double: démontrer au monde le savoir-faire coréen en matière de téléphonie mobile et, surtout, devancer le Japon, ce voisin encore détesté, qui a les mêmes ambitions pour «ses» jeux Olympiques, en août 2020 à Tokyo. En 2018, il y aura sans doute peu de terminaux compatibles avec la 5G, et il devrait essentiellement s’agir de tablettes, plus adaptées pour regarder des vidéos. La 5G a pour objectif d’apporter des débits environ 1000 fois supérieurs à ceux de la 4G, de réduire d’autant la consommation d’énergie et de supporter 1000 fois plus d’objets connectés. Aux smartphones, PC et tablettes vont venir s’ajouter tous les produits de l’Internet des objets. Pour réussir ce pari, les opérateurs et les équipementiers misent sur des antennes intelligentes, capables d’émettre un signal ciblé vers un terminal et sur l’attribution de nouvelles fréquences aux télécoms. L’industrie dans son ensemble investit des centaines de millions d’euros dans la 5G. Les opérateurs espèrent pouvoir renouer avec la croissance de leurs revenus en proposant de nouveaux services et les équipementiers comme Nokia, relancer l’investissement, actuellement au point mort dans un pays comme la Corée du Sud et en très forte baisse dans la plupart des pays matures déjà bien équipés en 4G.

L’expérience coréenne est regardée de près par les Européens. Les dirigeants de Bouygues Telecom, par exemple, effectuent de fréquents voyages d’études dans le pays. «Nous assistons à une accélération du calendrier de la 5G. Pour ne pas être en retard, il faut dès à présent prendre des paris technologiques. L’analyse du marché coréen est un moyen de valider certains de nos choix», explique Didier Casas, directeur général adjoint de Bouygues Telecom. La Commission a demandé aux Européens d’accélérer et d’investir sans attendre 2020, date à laquelle les standards devaient initialement être arrêtés.

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2016/12/10/32001-20161210ARTFIG00014-la-coree-du-sud-le-paradis-des-operateurs-telecom.php

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens N° 154