Kymriah : La bourse ou la vie

Commentaire. Kymriah, la bourse ou la vie, c’est vraiment ce qui se passe aujourd’hui en matière de prix de médicament. 

Des traitements à plus de 300 000 euros pour un cancer.

Un record battu avec le nouveau traitement de Novartis. Jusqu’où allons nous aller ?

Combien êtes vous prêt à payer, combien puis je prendre d’argent pour sauver une vie, en particulier d’un enfant ? Si vous pouvez payer, alors vous payerez.

C’est la logique de l’argent et de la bourse, rançonner au maximum le prix de la vie.

Personne ne s’en émeut, pas de tollé dans la presse. La vie de vos enfants est à vendre, votre vie est à vendre. C’est normal, tout est à vendre ou à acheter, c’est la bourse.

Lisez cet excellent article de notre collaboratrice Cerise Fleurtis.

 

L’ARTICLE :

Le 30 août 2017, les laboratoires Novartis ont annoncé la mise sur le marché d’un nouveau médicament : le Kymriah.

Il s’agit d’un nouveau traitement issu de la thérapie génique, visant à guérir les leucémies lymphoblastiques aigües chez les enfants sujets à récidive, en une seule injection potentiellement mortelle, aux effets secondaires redoutables tels que choc cytokinique, encephalopathie, délires, vomissements, aggravation des infections …

« La balance entre efficacité et risque est très positive, commente Sebastian Amigorena, directeur de recherche au CNRS et directeur du centre d’immunothérapie des cancers à l’institut Curie.

Et il s’agit quand même de personnes qui allaient mourir si on ne faisait rien, atteintes de maladies graves à des stades très avancés ».

Ce traitement consiste à identifier les lymphocytes du petit patient et à les reprogrammer afin qu’elles combattent les cellules sanguines cancéreuses.

Classé « avancée technologique » , ce traitement a donc pu bénéficier de mise sur le marché précoce, après une soixantaine d’essais cliniques.

Où est le problème, me direz-vous. C’est formidable, si le traitement marche nous allons guérir des enfants d’une mort quasi certaine grâce aux progrès de la science. 83% des patients (soit 52 sur 63 testables, 68 patients au départ) sont encore en rémission 3 mois après l’injection.

Aux Etats-Unis, il y a 3100 nouveaux cas chaque année. Le Kymriah pourrait être proposé à 600 patients par an.

Le problème est que ce traitement coûte pas moins de 475 000 dollars. Oui, 475 000 dollars.

Qu’est ce qui justifie ce prix ? En fait à peu près rien du tout.

Aujourd’hui, les coûts de production baissent. Faire un médicament coûte de moins en moins cher.

«Cela fait dix ans que nous constatons une inflation des prix des médicaments. En 2004, les médicaments contre le cancer représentaient 24 milliards de dollars; en 2008, 40 milliards; en 2014; 80 milliards sur un total de 650 milliards du coût des médicaments», a déclaré le Pr Jean-Paul Vernant, du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière lors d’une conférence de presse.

110 médecins ont décidé de dénoncer dans une tribune du Figaro la montée des prix des médicaments anti cancéreux.

« En réalité, les prix des nouveaux traitements du cancer sont déterminés par l’idée que les industriels se font de ce que les marchés sont capables de supporter. Cela explique les écarts de prix très importants observés d’un pays à l’autre et permet également de comprendre pourquoi l’Imatinib (Glivec®), traitant de façon très efficace la leucémie myéloïde chronique a vu son prix passer aux États-Unis en quinze ans de 30 000 à 90 000 dollars par an, sans que le service médical rendu ait été amélioré. »

Avec le Kymriah, c’est pas moins de 240 000 000 de dollars par an qui rentreront dans les caisses de Novartis. Le laboratoire a même promis un « satisfait ou remboursé » si le médicament ne montrait pas d’effet positif dans le mois suivant son utilisation, et d’aider un maximum de patients à accéder aux soins.

par Cerise Fleurtys

Sources : Les echos , Le Figaro , Psychomedia , Novartis

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 176