Joseph Nadanowska n’a jamais su la vérité sur sa mère

Commentaire. Triste histoire de Joseph Nadanowska qui croira toute sa vie que sa mère l’a abandonné alors qu’elle est morte en déportation, tout ça parce que les services sociaux n’ont pas voulu lui dire la vérité.

Cela illustre encore une fois l’importance du droit de l’enfant à connaître sa filiation. 

 

 

L’ARTICLE :

Joseph Nadanowska a toujours cru que sa mère Szajndla (), l’avait abandonné. Il est mort avant que son épouse Monique, découvre que sa mère dont il ignorait qu’elle était juive, avait été déportée, à 28 ans, à Auschwitz. Elle est morte dans le camp. – documents : archives personnelles et préfecture de police de paris

L’Assistance publique n’a jamais autorisé Joseph Nadanowska à consulter son dossier d’enfant “abandonné”. Il aurait pu savoir que sa mère était juive, qu’elle avait été déportée à Auschwitz et qu’elle ne l’a pas abandonné.

Joseph Nadanowska n’a jamais revu sa mère. Il avait quatre ans et demi lorsqu’elle est partie. Partie où ? Pourquoi ? Ces questions ont tenaillé Joseph Nadanowska toute sa vie. Toute son existance, il a fallu qu’il s’en tienne à une version, la seule qu’on lui a jamais donnée : sa mère l’a abandonné. C’était le 15 juin 1942 à Levallois-Perret : « Une voisine va le chercher à l’école. Au retour à la maison il n’y avait personne. Il n’a plus jamais entendu parler de sa mère », raconte Monique Nadanowska, l’épouse de Joseph. Sans père, sa mère disparue, le petit Joseph est confié à l’Assistance publique. La Saône-et-Loire (Saint-Aubin-sur-Loire) puis l’Allier (Gannay-sur-Loire) seront une terre d’accueil, trouvant l’hospitalité dans deux familles.

« Violente révélation »

Joseph Nadanowska est décédé à 66 ans, en décembre 2004, à Moulins, la ville où il s’est marié avec Monique, où il habitait et où il a fait une carrière de cheminot. « Rapidement après notre rencontre, il m’a parlé de sa maman, de l’abandon, de toutes ses questions », raconte Monique Nadanowska. « Cela l’a toujours fait souffrir, cela l’a miné jusqu’à la fin de ses jours de ne pas savoir ».

 

Joseph Nadanowska a cherché des réponses se heurtant, à chacune de ses demandes pour consulter son dossier, au mur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). A la mort de son mari, Monique n’a pas tourné cette page. « Je voyais beaucoup de reportages et de documentaires au moment du soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz. En 2006, je prends Internet. Je suis allée sur le site du Memorial de la Shoah. J’ai rentré le nom de la mère de Joseph et là, j’ai écarquillé les yeux. Son nom est apparu suivi de l’inscription “déportée par le convoi n° 3 le 22 juin 1942 à Auschwitz”. Je suis tombée des nues. Quelle violente révélation ».

Aujourd’hui, Monique Nadanowska sait. Elle sait que son mari n’a pas été abandonné par sa mère Szajndla Nadanowska. Polonaise, juive, elle a été arrêtée le 15 juin 1942 à Levallois-Perret, enfermée à la caserne des Tourelles, déportée vers le camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne d’où elle n’est pas revenue. « J’ai poursuivi les recherches. J’ai contacté la communauté juive de Vichy, l’Office national des anciens combattants (ONAC) de l’Allier, l’association de Serge et Beate Klarsfeld, Yad Vashem. Ils m’ont guidée. J’ai réussi à tirer le fil de l’histoire, de ce passé. Serge Klarsfeld est convaincu que Szajndla a été arrêtée parce qu’elle ne portait pas l’étoile jaune obligatoire depuis le 6 juin 1942 ( lire ci-dessous), une semaine avant son arrestation. On est sûr qu’elle est arrivée en vie à Auschwitz et qu’elle y est décédée ».

« Cela l’a miné jusqu’à la fin de ses jours de ne pas savoir »

De sa mère, Joseph Nadanowska se souvenait, confie Monique, « de ses beaux cheveux, de ses beaux yeux. Il me disait qu’elle était très jolie. Son rêve, c’était d’avoir une photo ». Monique Nadanowska a trouvé le précieux cliché, en 2010, dans les cartons des archives nationales : « C’était dans le dossier de la Préfecture de police de Paris. Il n’y avait pas grand-chose mais il y avait cette photo à peine jaunie. Cette photo de sa mère que mon mari voulait tant… Je m’en voulais presque de l’avoir trouvée. Il n’était plus là… Il aurait été si heureux ». Joseph Nadanowska ignorait tout de son ascendance juive. C’était pourtant écrit sur la première page de son dossier conservé à l’AP-HP. « Si on le lui avait dit, cela aurait bien sûr orienté ses recherches. Peut-être aurait-il été plus heureux s’il avait su qu’il n’avait pas été abandonné ».

Leïla Aberkane

http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/departement/allier/moulins/2015/11/17/joseph-nadanowska-n-a-jamais-su-la-verite-sur-sa-mere_11666411.html

 

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 104