Jean-Luc Porquet : “On se comporte comme des talibans dans un musée magnifique : la Nature. On y détruit tout, les oeuvres ainsi que les réserves”

Commentaire. Pas la peine de se révolter contre Daech qui détruit Palmyre. Nous faisons pareil, pire.

Ecoutez cet interview de Jean Luc Porquet sur France culture. 60% des animaux ont disparu du fait de l’homme, depuis 50 ans. Nous sommes comme une météorite, nous déclenchons l’effondrement du vivant.

L’ARTICLE :

Jean-Luc Porquet, journaliste, signe un manifeste puissant sur notre responsabilité dans la 6ème extinction de masse. Les hommes causent l’effondrement du vivant dans une grande indifférence générale. Récit d’une fuite éperdue, celle du Grand Pingouin, qui aura duré trois siècles avant son massacre.

Grands pingouins se tenant au sommet d’une falaise. Ce grand oiseau, incapable de voler, vivait sur le pourtour de l’ocean Atlantique, l’espèce a disparu vers le milieu du 19e siecle. Illustration en couleurs de Heinrich Harder, 1916.• Crédits : © Florilegius/Leemage – AFP

Aujourd’hui, dans Paso Doble :
Jean-Luc Porquet, journaliste et auteur, pour Lettre au dernier grand pingouin, aux éditions Verticales.
Nous sommes en train de liquider des espèces dont on n’a même pas fait la connaissance, inconnues, non identifiées. On a inventorié 1 million et demi d’espèces, mais il y en a beaucoup plus : certains parlent de 5 millions d’espèces, certains 50 millions… Les abeilles sont une espèce très utile à l’homme et malgré tous les cris d’alarme, on continue d’utiliser les pesticides néonicotinoïdes qui font que les populations d’abeilles s’effondrent… C’est inquiétant, même l’argument utilitaire ne fonctionne pas.

“The Dodo, and the Guiney pig” par George Edwards en 1760. Le dodo (Île Maurice) s’est éteint vers la fin du xviie siècle à cause du comportement humain : introduction d’animaux dévorant les oeufs et destruction de l’habitat• Crédits : George Edwards / Wikicommons

Si on est à ce point indifférent du sort des animaux, c’est peut-être parce qu’on ne les connaît que sous forme de viande dans l’assiette.

Le Lion de l’Atlas ou Lion de barbarie, disparu dans les années 60, chassé par l’homme par la destruction de son habitat• Crédits : Alfred Edward Pease, 1893 / Wikicommons

L’homme est entré dans une nouvelle ère : l’anthropocène. L’homme est maintenant devenu une vraie force géologique, l’équivalent de la météorite il y a 65 millions d’années. Nous sommes maintenant devenus cette météorite, depuis la révolution industrielle, depuis environ deux siècles, nous causons l’effondrement du vivant.

Le Crapaud Doré, disparu en 1989• Crédits : Charles H. Smith / Wikicommons

Résumé du livre de Jean-Luc Porquet par l’éditeur
Le 3 juin 1844, sur l’île d’Eldey, non loin du cercle polaire, des pêcheurs islandais ont tué les deux derniers spécimens de grands pingouins.
En «honnête homme» du XXIe siècle, Jean-Luc Porquet sait que, à l’image de cet oiseau incapable de voler, toutes sortes d’animaux sont en train de disparaître, que la sixième extinction de masse des espèces est en cours, que la Terre n’a pas connu pareil massacre depuis 65 millions d’années et que les hommes, ses semblables, en sont les maîtres d’œuvre irresponsables. Comment faire face à ces vérités-là sans céder à la panique ni au déni? L’auteur écrit au Grand Pingouin pour nous prendre à témoin et interroger en miroir nos destinées solidaires.
Cette lettre à bâtons rompus se fait tour à tour intime, érudite et rêveuse : une élégie funèbre, mais combative.

Intervenants
Jean-Luc Porquet : journaliste au Canard Enchaîné où il enquête sur l’écologie et la mondialisation marchande

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens no 149