Humiliation, exploitation… le calvaire des étudiants à l’hôpital

Le Monde note à son tour qu’« une centaine d’élèves infirmiers, aides-soignants ou internes en médecine dénoncent dans un livre les «violences gratuites» infligées par leur hiérarchie ».

Le journal relève ainsi : « Humiliation, déshumanisation, exploitation… La formation des soignants à l’hôpital peut parfois ressembler à une «descente aux enfers». C’est cette maltraitance au cœur d’un lieu pourtant consacré aux soins qu’ont accepté de raconter une centaine d’élèves infirmiers, aides-soignants ou internes en médecine dans Omerta à l’hôpital (éd. Michalon), de Valérie Auslender, médecin généraliste attachée à Sciences Po », indique Le Monde.

Le quotidien explique que « de façon anonyme, tous exposent la façon dont ils ont pu se voir interdire d’aller aux toilettes, de s’asseoir ou de déjeuner, comment ils ont été victimes de harcèlement moral, d’abus de pouvoir, de violences verbales ou physiques, ou encore de sexisme ».

Le Monde cite ainsi cet ouvrage : « «Les violences en stage, on n’en parle même plus après quelques années, ça fait partie du tout, du pack “études de médecine” et de toutes les épreuves que ça comprend», témoigne une interne en médecine, qui dénonce les «violences gratuites» exercées par la hiérarchie. [] Un médecin généraliste se souvient de l’un de ses stages d’internat comme d’un «milieu de travail hostile», où il avait «peur et dégoût» à se rendre le matin ».

Le quotidien précise que « tous les étudiants en santé n’ont pas été confrontés à de telles situations de souffrance, aiguës et destructrices. […] Mais dans le secteur, l’existence de telles situations – même minoritaires – ne semble étonner personne ».

Valérie Auslender souligne ainsi que « ces témoignages ne peuvent avoir de valeur généralisatrice, car ces violences n’ont pour l’instant jamais fait l’objet de véritables enquêtes chiffrées d’envergure mais ils sont symptomatiques de la souffrance des soignants due à la dégradation de leurs conditions de travail ».

Le Monde relève néanmoins qu’« en 2015, plus de 85% des étudiants infirmiers qualifiaient de «violentes» les relations avec les équipes encadrantes, rappelle Clément Gautier, président de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers, syndicat qui avait mené ce sondage auprès de 3500 étudiants infirmiers. En cause, selon lui, un «manque de formation des tuteurs de stage dans les hôpitaux», qui est venu s’ajouter à des conditions de travail déjà dégradées ».

Le journal note que « la parole est plus retenue du côté des directeurs d’institut de formation en soins infirmiers et pour les aides-soignants dont sont issus ces étudiants ». Florence Girard, directrice de l’établissement d’Ussel (Corrèze) et présidente de l’Association nationale des directeurs d’école paramédicale, déclare que « ces situations n’arrivent pas si souvent que cela ».

« Reste qu’il n’est pas toujours facile pour l’étudiant de témoigner quand les équipes encadrantes doivent valider, à la fin du stage, les compétences acquises… », observe Le Monde, qui remarque que « la situation des étudiants en médecine n’est pas plus enviable ».

Olivier Le Pennetier, président de l’Intersyndicat national des internes, indique ainsi que « l’internat repose beaucoup sur le compagnonnage et le donnant-donnant. Ceux qui peuvent exercer ces pressions psychologiques sont aussi ceux qui vont leur apprendre leur métier ».

Le Monde observe qu’« ayant eux-mêmes connu ces très fortes charges de travail lorsqu’ils étaient internes, certains chefs de service reconnaissent parfois sous-évaluer le phénomène ». Didier Samuel, chef du service d’hépatologie à l’hôpital Paul-Brousse et doyen de la faculté de médecine de Paris-Sud, remarque que « nous avons connu des services avec des patrons tout-puissants qui se comportaient comme Dieu sur Terre, une charge de travail monumentale et des horaires déments ».

Le journal rappelle en outre qu’« une enquête sur l’état de santé des étudiants et jeunes médecins publiée par le Conseil national de l’Ordre des médecins, en juin 2016, a en partie permis de révéler l’ampleur du problème côté internes. Alors que leur temps de travail à l’hôpital est désormais théoriquement plafonné à 48 heures par semaine, plus de la moitié (56%) des 4000 internes ayant répondu au questionnaire disait dépasser ce plafond hebdomadaire. Près d’un quart (23,5%) d’entre eux jugeait […] leur état de santé mauvais ou moyen, et 14% reconnaissaient avoir déjà eu des pensées suicidaires ».

Le Dr Rémi Salomon, de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, souligne toutefois : « La bonne nouvelle, c’est que l’on parle plus qu’avant de la qualité de vie au travail ». Le Monde ajoute que « parmi les pistes d’amélioration envisagées, il estime qu’«il faudrait que les chefs de service aient une formation au management au moment de leur nomination» ».

« Une formation qui figure au programme de la «stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail» à l’hôpital annoncée par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, en décembre 2016. Un plan qui pourrait vite montrer ses limites au regard de l’impact des économies demandées chaque année au secteur », conclut le journal.

Date de publication : 3 Mars 2017

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