Huit à 9 ans de vie en moins avec une maladie bipolaire

Publié le 06/11/2013

http://www.jim.fr/e-docs/00/02/2A/53/document_actu_med.phtml

COMMENTAIRE DE OLIVIER SOULIER :

Voilà encore un article qui montre bien le lien somatique psychique.

La bipolarité n’est pas qu’une maladie psychique mais s’inscrit et se manifeste aussi dans le corps par de nombreuses somatisations qui traduisent bien les multiples charges conflictuelles de ces personnalités. Il n’y a pas que le suicide qui explique cette surmortalité mais bien des affections organiques qui montrent bien cette psychose somatisée aussi.

L’ARTICLE :

La maladie bipolaire s’accompagne d’une surmortalité, comparativement à la population générale, mais les raisons précises et les mécanismes sous-jacents demeurent méconnus. Conduite par des équipes de l’université de Stanford (Californie) et de celle de Malmö (Suède), une étude de cohorte (comportant 6 618 patients avec maladie bipolaire), a examiné les comorbidités et la mortalité entre le 01-01-2003 et le 31-12-2009 au sein de cette population.

On constate que les sujets bipolaires meurent en moyenne 8,5 ans (hommes) à 9 ans (femmes) plus tôt que le reste de la population. La mortalité de toutes causes se trouve augmentée, et quasiment doublée, chez les femmes (Hazard Ratio [HR] : 2,34 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] : 2,16–2,53) comme chez les hommes (HR : 2,03 ; IC : 1,85–2,23). En particulier on note une augmentation de la mortalité par maladies cardiovasculaires, diabète, bronchopneumopathies obstructives, pneumonies, grippes, accidents (involontaires), suicides ou cancers (pour les cancers, cependant, la surmortalité ne concerne que les femmes bipolaires).

Comme on pouvait l’imaginer d’emblée, le suicide contribue beaucoup à cette inflation de la mortalité, puisqu’il se révèle huit fois plus fréquent chez les hommes (HR : 8,09 ; IC : 5,98–10,95) et même dix fois plus fréquent chez les femmes (HR : 10,37 ; IC : 7,36–14,60) souffrant de maladie bipolaire par rapport à la population générale. En revanche,  contrairement à ce qu’on pouvait penser a priori, les phénomènes d’addiction à des substances ne « participent que modestement » à ce phénomène de surmortalité dans la maladie bipolaire. Autre constat, plus logique et attendu : l’association entre une maladie chronique (métabolique, cardiovasculaire, cancer, etc.) et cette surmortalité s’avère moins marquée quand le diagnostic (et le traitement) de cette comorbidité est déjà intervenu auparavant (HR : 1,40 ; IC : 1,26–1,56) que dans le cas contraire, en l’absence d’un diagnostic préalable (HR : 2,38 ; IC : 1,95–2,90 ; p=0,01). Ce dernier point est rassurant car il suggère, estiment les auteurs, qu’une prise en charge correcte des comorbidités (autrement dit un meilleur suivi médical en cas de maladie bipolaire) pourrait effectivement se traduire par une diminution de cette mortalité excessive affligeant encore trop souvent les patients concernés.

Dr Alain Cohen

Crump C et coll.: Comorbidities and mortality in bipolar disorder. A swedish national cohort study. Jama Psychiatry, 2013; 70: 931–939.