Fessée : le débat qui claque !

Commentaire. La France en retard sur la fessée, elle traîne pour l’interdire véritablement. Les prétextes sont fallacieux et ne nous font pas honneur. Ii est reconnu un «droit de correction». Moyenâgeux.

 

L’ARTICLE :

Paris, le mardi 3 mars 2015 – La perfide Albion qui soutenue par une grande partie de l’Europe tente d’imposer une déculottée à la France : l’histoire vous rappelle quelque chose ? Aujourd’hui, il ne s’agit pas cependant de bouter hors du territoire français un petit caporal trop ambitieux, mais de convaincre notre pays que les châtiments corporels des enfants doivent être entièrement bannis. En 2013, l’ONG britannique Approach, dédiée à la protection de l’enfance s’offusque de constater que la législation française ne condamne qu’imparfaitement (selon elle) les violences contre les plus jeunes. De fait si les punitions physiques sont totalement interdites, elles restent dans une certaine mesure tolérées dans le cadre familial. « Un droit de correction » est ainsi reconnu. La délimitation entre “violence” et correction est soumise à l’appréciation des juges, qui se fondent souvent sur la “gravité”  des coups portés, mais aussi, comme l’ont illustré certaines décisions sur le degré d’humiliation du jeune enfant. Mais pour l’ONG Approach, ces précisions ne sont pas suffisantes. Aussi a-t-elle décidé, il y a deux ans, de déposer devant le Conseil de l’Europe une réclamation concernant la France mais également six autres pays, Chypre, la Belgique, l’Irlande, la République tchèque, la Slovénie et l’Italie. Si deux de ces réclamations ont été retoquées par le Conseil de l’Europe et si l’action contre Chypre a été retirée, demeurent les “actions” intentées contre quatre pays, dont la France. Or, selon des informations du Monde, l’institution européenne doit demain faire état de ses conclusions concernant notre pays et regretter que la loi française ne prévoit pas « une interdiction suffisamment claire, contraignante et précise » des châtiments corporels à l’encontre des enfants.

La France a-t-elle besoin d’une bonne fessée ?

Une telle décision (qui ne sera pas, comme toutes celles du Conseil de l’Europe, assortie de sanctions mais qui devrait théoriquement engager la France) n’est pas inédite. A plusieurs reprises déjà la France, dont la position en la matière est de plus en plus isolée au sein de l’Europe, a dû subir les remontrances du Comité européen des droits sociaux du Conseil de l’Europe. Pourtant, ces rappels à l’ordre répétés n’ont jamais convaincu la France d’entrer dans le « droit » chemin (faut-il y voir un signe que les mesures éducatives sans sanction sont vouées à l’échec ?).

Le sujet divise en effet la classe politique, dépassant, comme tous les grands sujets de société, les clivages politiques. Parmi les arguments invoqués par les défenseurs de la fessée et autre petite claque figurent pêle-mêle, l’innocuité de tels coups lorsqu’ils sont portés rarement et de manière très mesurée, le droit des parents à décider de leur mode d’éducation, la difficulté de vérifier l’application d’une telle loi ou encore la futilité d’un tel sujet ! Ceux qui militent de longue date au contraire pour que la France rejoigne les 27 pays membres du Conseil de l’Europe (sur 47) qui ont officiellement interdit toute forme de violence éducative rappellent qu’il n’existe pas de coups sans incidence, voire sans conséquences, que la protection de l’enfance implique d’aller jusqu’à ce terme et qu’une loi aurait la vertu de faire naître la réflexion dans certains foyers sur la réelle utilité de ces “violences “.

Par peur de la fessée, la France défie l’autorité

Il est peu probable que la nouvelle injonction du Conseil de l’Europe ne décide plus qu’hier la France à faire le choix d’une telle loi. Dès l’annonce par le Monde de la future “condamnation” de notre pays, les mêmes arguments ont été repris à l’envie par ceux qui s’opposent à une telle évolution. On a ainsi vu l’ancien ministre de l’Education nationale Luc Chatel comparer la fessée à l’arme nucléaire, estimant qu’elle est un « outil de dissuasion » qui peut s’avérer très efficace… d’autant plus lorsqu’on ne s’en sert pas ! D’autres ont moqué le Conseil de l’Europe et jugé que d’autres sujets bien plus importants méritaient son attention. Le secrétaire d’Etat à la Famille, Laurence Rossignol a, de son côté, profité de cette piqûre de rappel pour une nouvelle fois souligner qu’à son sens la fin des punitions corporelles ne passait pas par une loi, mais par une « réflexion collective sur la question de l’utilité » de ces dernières dans l’éducation des enfants. Elle avait déjà tenu ce raisonnement il y a quelques mois, bien que pour sa part le ministre tienne un discours totalement similaire aux défenseurs d’une loi. Elle avait en effet fait remarquer en novembre dernier : « Quand on voit un homme battre sa femme, tout le monde intervient ; si on voit deux adultes qui se battent, on va essayer de les séparer ; si on voit quelqu’un qui martyrise un animal, on va intervenir et, en fin de compte, les seuls êtres vivants que l’on peut frapper sans justifier que l’on puisse intervenir, ce sont les enfants » avait-elle défendu. Mais il semble que le souvenir cuisant des débats houleux autour du mariage homosexuel ait convaincu le gouvernement de ne plus s’aventurer sur des sujets de société.

Qu’on se le dise dans les arcanes du Conseil de l’Europe, la fessée a encore une longue vie devant elle en France.

Aurélie Haroche

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