Et si l’on parlait de la mitochondrie en psychiatrie ?

Commentaire. La mitochondrie encore.  Elle pourrait être impliquée dans les maladies psychiatriques. Cela fait longtemps que je pense qu’il n’y a aucune différence entre les maladies psychiatriques et les autres. Cet article nous ouvre un peu plus les portes de cette vision.

Il faut retenir que les maladies psychiatriques, comme toutes les autres, ont un versant métabolique et aussi un versant microbien.

Enfin les mitochondries ont des origines très particulières, outre le fait qu’elles sont d’anciennes bactéries, elles sont exclusivement d’origine maternelle, génétiquement.

Et si on va plus loin, on sait, grâce à la filiation génétique au travers des générations, que tous les êtres humains et toutes les femmes descendent de 7 origines différentes et seulement 7. C’est cette idée qui a inspiré le livre « les sept filles d’Eve » de Bryan Sykes.

 

L’ARTICLE :

The Canadian Journal of Psychiatry publie un éditorial et une étude sur un sujet encore peu évoqué, les dysfonctions mitochondriales observées dans les troubles bipolaires et dans la schizophrénie. Bien que les mitochondries restent « typiquement associées à la production d’adénosine triphosphate (ATP) et d’énergie », elles interviennent aussi dans certains processus cellulaires vitaux, notamment « la formation des dérivés réactifs de l’oxygène, le cycle et la survie des cellules, l’homéostasie intracellulaire des ions Ca++ et la neurotransmission. »

Du fait de ses besoins en énergie élevés et de sa sensibilité marquée aux stress oxydatifs, le cerveau est très affecté par un dysfonctionnement des mitochondries. En particulier, la libération des neurotransmetteurs et la survie des neurones dépendent de la production d’ATP et de l’homéostasie des ions Ca++. Les dysfonctions mitochondriales peuvent donc perturber les métabolismes oxydatifs neuronaux, « altérer la neurotransmission et la croissance neuronale (deux processus liés étroitement à la production d’énergie) », et modifier la connectivité synaptique, prélude éventuel à une symptomatologie psychiatrique (notamment de type bipolaire ou schizophrénique).

Une piste pour des traitements ?

Les auteurs estiment qu’une meilleure connaissance des fonctions mitochondriales serait « cruciale pour comprendre la progression des maladies mentales » (dont les caractères « complexes et hétérogènes » reflèteraient « la complexité des mécanismes régulant les fonctions mitochondriales ») et pour « développer des thérapies rationnelles en psychiatrie. » Ils insistent sur l’importance de trois « composantes en amont contrôlant la fonction mitochondriale » : les mutations de l’ADN nucléaire et mitochondrial, la dynamique mitochondriale et l’homéostasie intracellulaire des ions Ca++.

La précision des facteurs de régulation des fonctions mitochondriales apparaît donc désormais comme une piste prometteuse pour « comprendre la progression des maladies mentales », dans l’espoir de découvrir de nouveaux « biomarqueurs et traitements. »

Dr Alain Cohen

Références

Anglin R: Mitochondrial dysfunction in psychiatric illness. Can J Psychiatry, 2016 61(8) 444-445.

Mahmoud H M et coll.: Upstream pathways controlling mitochondrial function in major psychosis: a focus on Bipolar Disorder. Can J Psychiatry, 2016 ; 61: 446–456.

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Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 134