« Des Chinois modifient le génome d’embryons humains »

Commentaire.

Ils ont osé. Mais comment réagira le reste du génome ?

Comment l’équilibre qui a mis des millions d’années à se faire va t-il s’adapter à cette modification ?

L’ARTICLE :

Sciences et Avenir indique que « des chercheurs chinois ont annoncé avoir procédé à des modifications génétiques d’embryons humains. Une première mondiale qui ne va pas manquer de faire couler beaucoup d’encre dans les prochains jours ».

Le magazine évoque ainsi un « coup de tonnerre dans le monde de la génétique », « une expérience qui constitue le franchissement d’une ligne jaune », expliquant que « l’équipe de Junjiu Huang, généticien de l’université Sun Yat-sen, […] a publié dans la revue Protein & Cell les résultats de cette première tentative de manipulation génétique appliquée à des embryons humains ».

Sciences et Avenir s’interroge : « L’horizon d’une telle démarche ? Difficile à dire pour le moment. Les tenants d’un certain catastrophisme parleront des problèmes éthiques qui se posent face à la possibilité d’un eugénisme contrôlé “à la source” du type de celui porté au grand écran par le film Bienvenue à Gattaca. Les plus optimistes penseront de leur côté à la possible éradication de nombreuses maladies génétiques avant la naissance des bébés ».

Le magazine observe que « c’est de ce côté que disent se positionner les scientifiques chinois. Pour tenter d’éviter de trop enflammer ce débat, ils précisent que leurs expériences ont été menées sur des embryons humains non-viables obtenus auprès de centres de fertilité qui réalisent des fécondations in vitro ».

« Le but de l’expérience a consisté à tenter de modifier un gène responsable d’une très rare maladie génétique du sang, la bêta-thalassémie ou anémie de Cooley. […]  C’est par le biais d’une technique d’ingénierie du génome mise au point en 2012, la CRISPR/Cas9, et dont le principe a été découvert par une chercheuse française, Emmanuelle Charpentier, que les scientifiques ont pu intervenir sur ces embryons », poursuit Sciences et Avenir.

Le mensuel explique que « le principe de la CRISPR/Cas9 consiste à programmer une protéine capable de “couper” l’ADN (Cas9) pour permettre de modifier de façon spécifique et à un endroit très précis le génome. Grâce à cet outil génétique, il devient possible – et même assez facile – de cibler n’importe quel gène dans une cellule pour le modifier. Eteindre ou allumer l’expression d’un gène, le modifier, le réparer, l’enlever… Tout est aujourd’hui possible ».

Sciences et Avenir note toutefois que « les chercheurs chinois précisent que leurs résultats révèlent de sérieux obstacles qui se dressent contre l’utilisation de cette méthode à des fins médicales. Ainsi sur les 86 embryons inclus dans, 71 ont survécu, 28 ont pu être manipulés. Mais ce n’est que chez une fraction d’entre eux que la suppression du gène a été réussie. Il s’agit donc d’un demi échec. Néanmoins, au moins 4 autres groupes de recherche en Chine procéderaient en ce moment à des expériences similaires ».

George Daley, biologiste spécialisé dans les cellules souches de l’Ecole de médecine de Harvard à Boston, réagit : « Une telle étude est à la fois un point de repère, aussi bien qu’un récit édifiant. […] Leur étude devrait être un avertissement sévère lancé à n’importe quel praticien qui pense que la technologie est prête pour tester la suppression de gènes de maladie ».

Date de publication : 24-04-2015

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