Des cauchemars dans l’enfance peuvent annoncer une psychose

Commentaire. Les rêves sont la porte et l’expression de l’inconscient.

Les cauchemars, terreurs et somnambulisme parlent de troubles beaucoup plus profonds de la personnalité. Il est logique qu’ils parlent de risque de psychose.

Le noyau psychotique, nous le savons depuis les découverte des grands spécialistes des neurosciences comme Henri Laborit ou Jacques Fradin, se négocient dans la petite enfance. C’est le vieux limbique ou «paléo-limbique» qui est leur lieu de travail. Il se vivent dans les cauchemars, les terreurs nocturnes ou le somnambulisme et cherchent leur solution à cet âge avec souvent des moments difficiles. Mais, c’est la relation parents enfants qui est à la clé de ces résolutions. Ces phases sont souvent difficiles et c’est bien la traduction de l’importance de l’enjeu. 

Logique que ce qui n’est pas réglé à cet âge se rappelle plus tard et augmente les chances de basculer un jour dans une situation de psychose.

 

L’ARTICLE :

Des troubles du sommeil sont fréquemment observés dans les prodromes d’une psychose, mais peu de travaux ont été consacrés aux relations entre les « expériences psychotiques » à l’entrée dans l’âge adulte et des « parasomnies » (cauchemars, terreurs nocturnes, somnambulisme) dans l’enfance. Portant sur une population de 4 720 sujets (nés entre le 1er avril 1991 et le 31 décembre 1992), une étude de cohorte de naissance réalisée au Royaume-Uni vise à préciser ces liens entre troubles préalables du sommeil dans l’enfance et risques de développer une psychose ultérieurement. Les événements émaillant la qualité du sommeil dans l’enfance (cauchemars et autres parasomnies) ont été mentionnés par les mères à divers moments entre 2 et 9 ans, puis évalués par un « entretien semi-structuré » à l’âge de 12 ans, et les expériences psychotiques entre 12 et 18 ans ont été appréciées par un entretien clinique (également de type semi-structuré).

Les auteurs constatent une « association significative » entre des cauchemars rapportés à l’âge de 12 ans et la survenue d’expériences psychotiques vers 18 ans, après avoir écarté d’éventuels facteurs confondants : déficience cognitive, contexte d’adversité familiale ou personnelle (agression physique, abus sexuel), comorbidités psychiatriques (troubles anxieux, dépression), énurésie. Le rapport des cotes (odds ratio) est de 1,62 (intervalle de confiance à 95 % de 1,19 à 2,20). En d’autres termes, le risque d’expériences psychotiques à 18 ans est près de deux fois plus élevé en présence d’antécédents de troubles du sommeil (cauchemars récurrents) dans la pré-adolescence.

Suggérant que des parasomnies fréquentes (cauchemars, terreurs nocturnes…) pourraient constituer un « indicateur précoce » du risque de psychose, cette étude incite à adresser au pédopsychiatre des jeunes pour lesquels ces troubles du sommeil demeurent préoccupants et paraissent présager une problématique ultérieure, éventuellement d’ordre psychotique.

Dr Alain Cohen

Référence

Thompson A et coll.: Childhood sleep disturbance and risk of psychotic experiences at 18: UK birth cohort. Br J Psychiatry 2015 ; 207 : 23–29.

http://www.jim.fr/medecin/actualites/medicale/e-docs/des_cauchemars_dans_lenfance_peuvent_annoncer_une_psychose_153613/document_actu_med.phtml

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 79