Des « allergies alimentaires » sans preuve…

Commentaire :

Et oui, «jusqu’où s’arrêterons t-ils ?» nous aurait dit Coluche.

Ces tests sont simplement inadaptés. Ce sont d’abord les allergies de type 3 IgG alors que la médecine les recherche en IgE, ils ne sont pas prêts de les trouver, à moins bien sur qu’ils n’en aient pas envie.

Voir aussi le lien avec le document en anglais que nous transmet le Dr Eric Menat.

L’ARTICLE :

La prévalence des allergies alimentaires a augmenté depuis 10 ans. Pour le diagnostic, la recherche d’IgE spécifiques joue un rôle important bien que les tests sériques soient hypersensibles et comportent un taux notable de faux positifs. Or prescrire un régime d’exclusion entraîne une angoisse, altère la qualité de vie et a un coût notable.

Des pédiatres allergologues de Houston ont examiné rétrospectivement les dossiers de 797 patients adressés par leur médecin traitant pour une suspicion d’allergie alimentaire. Les histoires cliniques ont été revues en fonction des recommandations nationales américaines pour rechercher une AA : anaphylaxie ou combinaison de symptômes cutanés, oculaires, respiratoires, digestifs ou cardiovasculaires survenant dans les minutes ou les heures de l’ingestion d’un aliment ou existence d’une dermatite atopique (DA) modérée à sévère. Les œsophagites à éosinophiles ont été exclues.

Un panel de dosages d’IgE spécifiques avait été pratiqué chez 284 patients (35 % des consultants) pour le lait, l’œuf, la cacahuète, le blé, le soja, la morue et éventuellement pour 8 autres aliments. De plus, un total de 149 patients avait subi 810 prick-tests. Seuls 90 patients (32,8 %) avaient une histoire justifiant la recherche d’une allergie alimentaire. Les autres raisons de la demande étaient une rhinite allergique (99), une DA bénigne (42) et une urticaire (19).

Les dosages sériques d’IgE spécifiques les plus fréquemment positifs concernaient la cacahuète (184), le blé (176), le soja (152), le lait (149), l’œuf (130) ; 126 patients suivaient un régime d’exclusion sur la prescription de leur médecin traitant. Parmi ces derniers, 54/126 (42,8 %) avaient une histoire justifiant une évaluation ; 72/126 n’avaient pas de symptômes évocateurs : aucun n’avait d’allergie alimentaire après évaluation clinique complète et contrôle des tests si nécessaire. Sur ces 126, 112 (88,9 %) ont pu réintroduire au moins un aliment dans leur régime. Des 90 patients dont l’état justifiait une investigation, 38 fois seulement, un allergène méconnu a été identifié et sur les 184 patients ne justifiant pas d’exploration, 4 fois seulement un allergène alimentaire a été découvert. Aussi, la valeur prédictive positive des tests dans cette population non sélectionnée était de 2,2 %. D’autre part, 99 tests de provocation orale ont été faits chez 81 patients : 6 seulement étaient positifs. Le coût estimé pour l’évaluation de ces patients a été de 79 412 $.

En conclusion, l’utilisation d’un panel de dosages d’IgE spécifiques conduit souvent à un diagnostic erroné et un régime injustifié.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence

Bird JA et coll. : Food allergen panel testing often results in misdiagnosis of food allergy. J Pediatr 2015; 166; 97-100

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