Dépression : on appuie sur le champignon !

Commentaire. Des hallucinogènes pour guérir de la dépression. C’est peut-être la fin d’un tabou.

Les faits :  les champignons du genre Psilocybe possédent une alcaloïde la psilocybine.

Il ont un effet agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5HT2A et agissent sur la sérotonine au même titre que les anti-dépresseurs les plus utilisés.

La prise de dose de psilocybine à deux reprises a permis de faire sortir de la dépression 7 patients sur 12, aillant une dépression particulièrement sévère et résistant au antidépresseur classiques.

Ces deux séances se font en présence de psychothérapeutes et sont l’occasion de phases hallucinatoires.

Concrètement, ces hallucinations font rapidement sortir de la dépression. Que penser de tout cela ?

Cela nous rappelle l’utilisation du LSD au Etats-Unis dans les années 70 comme thérapie avec beaucoup de succès.

Cela rappelle aussi l’usage qui est fait de l’Ayahuasca (interdit en France) mais autorisé presque partout ailleurs dans des travaux de thérapie ou de détoxication de drogues dures.

L’idée serait que la dépression est liée au fait de ne pas trouver réellement son chemin de vie et de ne pas savoir remettre en question ses souffrances passées ou présentes.

L’intérêt des substances hallucinogènes est de permettre au sujet d’aller faire un tour dans son inconscient et d’en tirer un bénéfice rapide par les données et les expériences vécues. Il est évident que cela doit se faire dans le cadre d’un suivi thérapeutique avec accompagnement par des personnes compétentes, connaissant le travail et n’ayant pas peur d’accompagner le patient.

Nous pourrions dire que les traitements hallucinogènes ont une action de guérir en agissant sur la cause ce qui est très important. Alors que les antidépresseurs classiques se contentent d’agir sur les conséquences sans aider à trouver la cause.

Il est clair que si le tabou saute, nous allons avoir devant nous une toute nouvelle possibilité de traitement vraiment de la cause. Une petite révolution.

Bien évidement guérir d’une dépression en deux séances, c’est moins rentable que de prendre des antidépresseurs des mois ou des années durant. 

 

L’ARTICLE :

Les antidépresseurs sérotoninergiques augmentent la disponibilité de ce neurotransmetteur au niveau de la synapse, en inhibant la recapture de la sérotonine. Cependant, on sait qu’il existe d’autres moyen de moduler le système sérotoninergique en agissant directement sur les récepteurs de la sérotonine. Ainsi, la fluoxétine qui est un inhibiteur du transporteur de la sérotonine agit également via un effet antagoniste des récepteurs 5HT2C.

La psilocybine est un alkaloïde présent dans les champignons du genre Psilocybe ayant des effets hallucinogènes et qui ne provoquerait pas d’addiction. Son effet psychotrope est médié par un effet agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5HT2A. L’équipe du Pr Carhat-Harris, du centre de Neuropsychopharmacologie de l’Imperial College de Londres a publié une étude de faisabilité dans le Lancet sur l’utilisation de la Psilocybine dans la dépression résistante.

Il s’agit d’une étude en ouvert, sans groupe contrôle. La majorité des 72 patients évalués se sont spontanément présentés, et 12 d’entre eux ont été finalement recrutés. Ils avaient tous une dépression résistante à au moins deux antidépresseurs administrés durant 6 semaines. Les patients recevaient la psilocybine à deux reprises, à une semaine d’intervalle, à 10 puis 25 mg. Le déroulement était le suivant : les volontaires assistaient d’abord à une session préparatoire d’environ 4h. Le jour dit, ils prenaient le traitement dans une salle dédiée, dans une lumière tamisée, et baignés dans une ambiance sonore choisie, diffusée par une « système stéréo de haute-qualité » ! Deux thérapeutes étaient constamment présents afin de recueillir les impressions du patient sur son « voyage intérieur ». La plupart des patients ont connu des effets indésirables modérés (anxiété, nausées et maux de tête) durant quelques heures à plusieurs jours. A une semaine de la seconde prise, 7 patients sur les 12 répondaient aux critères de rémission pour la dépression selon les échelles HAM-D et BDI. Cinq patients étaient toujours en rémission 3 mois après le traitement.

Passer outre les réticences ?

Bien entendu, l’étude ne permet pas de répondre à la question de l’efficacité, et ce d’autant plus qu’il s’agissait d’une population de volontaires, ayant probablement une grande attente des effets de la molécule. Rien n’était fait d’ailleurs pour diminuer les effets « psychologiques » du traitement, tant une part belle était faite à la préparation et la recherche des effets hallucinogènes. Cependant, les effets rapides, spectaculaires et prolongés de la substance doivent nous conduire à passer outre notre réticence à proposer un traitement hallucinogène à nos patients, et nul doute que la publication d’une telle étude pilote dans le Lancet n’avait d’autre objectif. L’histoire de la psilocybine n’est pas sans rappeler celle de la kétamine, produit anesthésique possédant des effets dissociatifs puissants, ayant ces dernières années révélé un effet antidépresseur important et rapide. Les prochaines études devront porter une attention particulière à la sélection des patients et la qualité du choix du groupe contrôle, la nature même du produit rendant délicate le maintien de l’aveugle dans ce type d’évaluation.

Dr Alexandre Haroche

Référence

Carhart-Harris RL et coll. : Psilocybin with psychological support for treatment-resistant depression: an open-label feasibility study. Lancet, 2016; publication avancée en ligne le 17 mai. doi.org/10.1016/S2215-0366(16)30065-7

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Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 121