De nouvelles flambées de dysenterie sont à craindre.
Commentaire. La résistance aux antibiotiques est un des grands problèmes de la médecine moderne. L’abus de ces médicaments, pourtant souvent si précieux, pose de plus en plus de problèmes en fabriquant des infections résistantes responsables tous les ans de centaines de milliers de morts.
La dysenterie pourrait réapparaitre à la faveur de ces résistances.
L’ARTICLE :
À l’origine d’épidémies de dysenterie meurtrières au 18e et 19e siècles en Europe, la bactérie shigella circule désormais dans les régions tropicales.
Shigella, agent de la dysenterie bacillaire, image colorisée © Institut Pasteur
La bactérie shigella, à l’origine d’épidémies de dysenterie meurtrières au 18e et 19e siècles en Europe, circule désormais dans les régions tropicales, avec un risque de flambées épidémiques favorisées par les crises humanitaires et une résistance aux antibiotiques, selon l’Institut Pasteur. « Depuis 2010 l’infection est devenue plus rare, sans qu’on sache très bien pourquoi », explique François-Xavier Weill, chercheur à l’Institut Pasteur qui a analysé plus de 330 souches de la bactérie, récupérées dans 66 pays au total et dont certaines remontent à plus de cent ans. « Mais le bacille pourrait de nouveau être responsable d’épidémies s’il devait rencontrer des circonstances propices, comme un rassemblement important de personnes sans accès à l’eau potable, ni au traitement des déchets humains », relève-t-il dans une étude publiée dans la revue spécialisée Nature Microbiology.
Impliquée dans la défaite des troupes alliées franco-britanniques en 1915
L’apparition de bactéries résistantes aux dernières classes d’antibiotiques est aujourd’hui « inéluctable », dit-il. La dysenterie bactérienne touche la muqueuse de l’intestin et se traduit par des diarrhées sanglantes. Elle a tué des centaines de milliers de personnes en Europe au 18e et au 19e siècle, dont 200.000 en France en 1738-1742. Grâce aux technologies de séquençage du génome bactérien, François-Xavier Weill et Nicholas Thomson du Wellcome Trust Sanger Institute ont montré que la shigelle qui sévit actuellement en Afrique, en Amérique et en Asie était « certainement » d’origine européenne et qu’elle s’était propagée à la fin du 19e siècle dans ces territoires en l’espace de moins de 20 ans, parallèlement aux mouvements migratoires et à la colonisation.
Elle a de nouveau été identifiée en Europe lors de la première guerre mondiale lors de la bataille des Dardanelles (1915-16) où elle contribua largement à la défaite des troupes alliées franco-britanniques face aux troupes de l’empire ottoman. Elle disparait par la suite grâce aux progrès de l’hygiène et à l’eau potable, avant même l’apparition des antibiotiques, relève M. Weill. Mais elle continue son expansion ailleurs, sous forme de violentes flambées épidémiques, notamment en Amérique latine où plus de 500.000 cas sont diagnostiqués entre 1969 et 1972, dans le sous continent indien (Inde et Bangladesh) et surtout en Afrique, principalement dans les pays touchés par des crises ou des guerres civiles (comme le Rwanda).
L’étude, précise François-Xavier Weill a permis de détecter les premières résistances aux antibiotiques dès les années 60. Depuis les années 1990, 99% des souches sont devenues résistantes, ajoute-t-il, estimant que seul un vaccin permettra de juguler la dysenterie à l’avenir. Des vaccins sont actuellement en cours d’élaboration, dont l’un mis au point par des chercheurs de l’Institut Pasteur qui a montré des premiers résultats prometteurs. Un autre est actuellement développé par des chercheurs américains.
Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 113