Churchill et le mépris de son père

Commentaire.

Très intéressant ce livre qui nous montre la vie de Churchill par ses ressorts profonds.

Encore un chapitre à ajouter à nos articles sur le rôle du père.

Nous retrouvons parfaitement dans la vie de Churchill de nombreuses choses parlant de son père. Churchill, grand amateur de whisky, alcool qui parle de la dépression du père et de la volonté d’appartenir à un clan. Le Cigare dont le tabac est la drogue la plus masculine. La maniaco-dépression, «le mad dog» est présentée comme héréditaire, je pense pour ma part que sa transmission et ses mécanismes profonds sont très clairs. Elle parle du deuil impossible. Le deuil de la reconnaissance du père. Celle qu’il n’aura jamais, malgré ses services rendus, puisque son père est décédé. Le maniaco-dépressif a par cela comme une chaine à la patte. Il déploie une énergie énorme pour aller dans une direction, totalement vaine et impossible, et quand il arrive au bout de sa chaine il s’effondre.

Il se battra contre Hitler, autre fils perdu et martyrisé du père et qui, lui trouve sa solution en envahissant un monde pendant que Churchill tente de lui rendre la liberté. Ils ont pourtant des points communs dans leur histoire. Père paranoïaque, père qui vous persécute de sa souffrance, père que l’on idéalise après sa mort, plutôt que de le remettre en question. Il faudra donc trouver la solution ailleurs, dans un autre combat.

Quand Churchill, après Munich, lance son fameux «vous avez préféré le déshonneur à la guerre, vous aurez le déshonneur et la guerre», à qui parle t-il, n’est-ce pas de lui et à lui qu’il parle ?

Le point a sortit il y a quelques semaines un numéro ou l’on parle des pères des hommes politiques. Le père de Hollande ou de Sarkozy, la père de Ségolène.

http://www.lepoint.fr/politique/sarkozy-moscovici-la-part-du-pere-03-01-2015-1893684_20.php

Vous pourrez aussi aller voir l’excellent livre «toi, mon père» de Schneider Anne Laure, Albin Michel où de nombreux personnages parlent de leur père en bien ou en mal.

N’est-ce pas toujours là qu’il faut aller chercher la clé des actions de ce monde ? Le monde ne serait-il pas en fait une cours de récré où les enfants purgent leurs souffrances dans la guerre.

Dans « Tu seras un raté, mon fils! » de Frédéric Ferney, le célèbre premier ministre britannique est vu sous l’angle de sa relation avec son père, qui le sous-estimait totalement.

Une fois, Winston Churchill confia  «Aujourd’hui, nous sommes le 24 janvier. C’est le jour où mon père est mort. C’est le jour où je mourrai moi aussi.» Sa prédiction s’accomplit douze ans plus tard: il mourut le 24 janvier 1965. Ce n’est pas une biographie exhaustive de Churchill qu’a écrite Frédéric Ferney, mais plutôt un essai historique – et quasi littéraire – sur le personnage, avec un angle de vue étroit : celui de la relation que le futur premier ministre entretint avec son père.

Que dire encore du  conflit Iraqien quand on connait l’histoire de Saddam Hussein, enfant martyr et de Gorges Bush junior qui a un besoin viscéral de se faire reconnaitre par son père.

Dans la théorie des 5 cercles que j’explique dans le séminaire «Médecine du sens» j’explique bien comment, au delà d’un transgénérationnel insoluble la solution se joue et se trouve reportée au niveau du monde, de la politique et de la guerre.

Lien : https://www.lessymboles.com/seminaire/medecine-du-sens-3/

J’ai parlé de l’histoire de Steve Jobs dans un bonus du film «Médecine du sens» de Jean Yves Bilien. Ne crée t-il pas Apple pour régler son problème d’abandon et d’adoption. A réécouter.

Lien DVD : https://www.lessymboles.com/produit/medecine-du-sens-comprendre-pour-guerir/

L’ARTICLE :

C’est un parti pris intéressant et une manière attrayante de raconter l’histoire. L’idée-force de l’auteur, c’est que «l’effigie du “vieux lion” victorieux a éclipsé la figure instable du jeune homme épris de gloire, opportuniste et fantasque, qui rêvait de se distinguer dans des batailles et de devenir célèbre pour épater son père – ce fantôme».

Pourquoi devient-on Winston Churchill et pas un autre? Si une blessure ne fait pas un homme, une souffrance surmontée par un caractère peut faire un grand homme. Stefan Zweig écrivait la plupart de ses biographies en suivant la faille secrète du personnage dont il racontait la vie. Le danger de cet exercice, bien sûr, c’est de verser dans le psychologisme. Winston Churchill n’a cessé d’être rabaissé par son père: «Ce que tu écris, mon pauvre Winston, est stupide.» Il lui reproche ses fautes d’orthographe et son «style pédant d’écolier attardé». Il lui prédisait qu’il deviendrait un raté mondain. Et ne le prenait pas pour autre chose qu’un plaisantin. Détesté au collège, Winston implorait son père de venir le chercher pour les vacances de Noël. Ses lettres d’enfant solitaire, quand il se trouvait en pension à Ascot, Brighton, Harrow, demeuraient sans réponse. Imagine-t-on aussi que le futur chef de guerre et protecteur de la nation, qui deviendra, à soixante-cinq ans, le capitaine d’un navire en perdition, fut un enfant souvent malade, malingre, bronchitique? Mais aussi casse-cou, rebelle. À propos de l’auteur de ses jours, Churchill dira: «J’ai grandi dans la poche de son gilet, oublié comme un penny.» Il voudra, plus tard, se rendre visible pour avoir été invisible.

«Black dog»

L’auteur décrit cette jeunesse aventureuse qui l’a formé. Risquant souvent sa peau, dans une attitude de défi perpétuel, il parcourt les Indes, l’Afghanistan, l’Égypte, le Soudan, l’Afrique du Sud… Le jeune homme est à la fois un homme d’épée et de plume, un alcoolique mondain, un lutteur maniaco-dépressif qui promène sa morgue et sa muflerie triomphales.

Curieusement, ce fils de famille a d’abord une réputation de petit agité, d’arriviste. Plus tard, ce précipité instable trouvera sa synthèse, entrera en phase avec tout un peuple. Il a à peine passé la vingtaine que le père de Churchill meurt, rongé par la syphilis, dans une lente agonie entrecoupée de crises paranoïaques et d’hallucinations. Pourtant, Winston ne le dénigre pas, au contraire il l’érige en modèle. L’ombre du père n’a cessé de grandir et d’orienter obscurément sa vie. Sombre et amer sous son éclatante vitalité, apprivoisant à grand-peine ce «chien noir» de la lignée des Marlborough, il lui ressemblait d’une certaine façon. Pour le meilleur.

, Churchill et son père, de Frédéric Ferney, Albin Michel, 260 p., 17 €.

http://www.lefigaro.fr/livres/2015/01/22/03005-20150122ARTFIG00026-churchill-et-le-mepris-de-son-pere.php