Cancer du sein : une nouvelle étude relance la polémique sur les mammographies

Commentaire de Olivier Soulier.

Publié dans la lettre de Médecine du sens n° 12

Et l’on reparle du sur-diagnostic et de l’inutilité de certains mythes de la prévention. Mais aussi d’une des plus belles pompes à fric de la médecine.

Le problème se pose aussi pour les hommes avec le sur-diagnostic du cancer de la prostate.

 

Je vous conseille de visionner cette petite vidéo qui vous donnera envie de fuir les dosage de PSA et grâce à cela de vivre vieux. 

http://www.dailymotion.com/video/x6vxfp_le-depistage-du-cancer-de-la-prosta_lifestyle?start=704#from=embed

 

Et finalement si nous vivions mieux et plus vieux sans certains de ces examens. Un pan entier des croyances des patients et surtout des médecins qui s’éffondrerait. Et en plus à la ligne des économies énormes.

L’ARTICLE

Le Parisien et L’Express indiquent que « la pratique de mammographies annuelles ne permet pas de réduire la mortalité par cancer du sein, selon une étude canadienne [parue dans le British Medical Journal] qui relance la polémique autour de l’intérêt des campagnes de dépistage organisé ».
Le Parisien explique que cette étude de la Canadian National Breast Cancer Screening Study, « réalisée sur près de 90.000 femmes âgées de 40 à 59 ans, suivies pendant 25 ans, a montré que les femmes qui avaient subi des mammographies annuelles pendant 5 ans n’avaient pas moins de risque de mourir d’un cancer du sein que celles ayant seulement bénéficié d’un examen physique ».
Le quotidien note qu’« au bout de 25 ans, 500 décès par cancer du sein étaient survenus chez les 44.925 femmes suivies par mammographies contre 505 décès chez les 44.910 femmes du groupe témoin. […] Les tumeurs du sein détectées étaient en revanche plus nombreuses dans le 1er groupe, soit 3.250 au total contre 3.133 dans le second à la fin de l’étude ».
Le Parisien souligne que « le déséquilibre était déjà net au bout de 5 ans, avec 666 cancers détectés chez les femmes sous mammographies contre 524 dans le groupe témoin. […] Cet “excédent” était encore de 106 tumeurs au bout de 15 ans, ce qui, selon les auteurs, “signifie que 22% des cancers diagnostiqués dans le premier groupe ont été surdiagnostiqués”. Les tumeurs étaient de surcroît plus petites (1,4 cm dans le premier groupe contre 2,1 cm dans le second) au moment du diagnostic ».
Le journal précise que « le surdiagnostic fait référence à la détection de très petites tumeurs qui n’auraient pas eu d’impact du vivant de la personne concernée », et note qu’« en se fondant sur des études montrant une baisse de la mortalité, de nombreux pays occidentaux ont mis en place des programmes de dépistage organisé du cancer du sein. […] Mais d’autres études sont plus contradictoires : selon une étude de la Collaboration Cochrane, publiée en 2000 et régulièrement réévaluée depuis, le taux de mortalité des femmes dépistées ne serait guère différent de celui des autres femmes ».
« Une étude britannique publiée en 2012 avait au contraire estimé que le dépistage organisé du cancer du sein sauvait des vies mais entraînait un surdiagnostic estimé à près de 20% des cancers dépistés », poursuit le quotidien.
Le Parisien relève qu’« en septembre dernier, le Dr Jérôme Viguier, le directeur du Pôle santé publique et soins de l’Institut national du cancer, avait pour sa part estimé que la controverse était “scientifiquement réglée”. Il avait ajouté que selon les dernières études, les programmes de dépistage organisé avaient permis de réduire la mortalité par cancer du sein de 15 à 21% et d’éviter 150 à 300 décès pour 100.000 femmes participant de manière régulière au dépistage pendant 10 ans ».
Les auteurs de cette étude canadienne écrivent quant à eux : « Nos résultats rejoignent les vues de certains commentateurs qui estiment que les politiques de dépistage par mammographies devraient être revues », mais remarquent que « les gouvernements, les organismes de financement de la recherche, les chercheurs et les médecins peuvent avoir intérêt à poursuivre des activités qui sont bien établies ».
Le Point note à son tour qu’une étude « prouve l’utilité de l’ablation des deux seins dans les formes familiales de cancer du sein », tandis qu’une autre « modère l’intérêt du dépistage systématique ».
Le magazine observe que cette dernière « risque d’alimenter la polémique sur le bien-fondé du dépistage systématique de ce cancer. Mais attention, le protocole évalué est différent de celui proposé dans notre pays : pour ce travail, près de 90.000 femmes de 40 à 59 ans ont été suivies pendant 5 ans, les unes subissant un dépistage annuel, les autres non », tandis qu’« en France, le dépistage commence à 50 ans, se prolonge jusqu’à 74 ans et il est pratiqué tous les 2 ans ».
«
 Les chercheurs canadiens reconnaissent que leurs résultats ne sont pas généralisables partout, notamment dans les pays où les cancers sont souvent diagnostiqués à un stade avancé », ajoute Le Point.

Date de publication : 13-02-2014

Publié le 14/02/2014

Cancer du sein : la mammographie à nouveau sur la sellette

Le dépistage du cancer du sein par mammographie n’en finit pas de nourrir des débats. Le British Medical Journal publie une nouvelle étude, incluant près de 90 000 femmes. L’objectif des auteurs était de comparer l’incidence du cancer du sein et la mortalité à 25 ans de femmes âgées de 40 à 59 ans, les unes se soumettant à des mammographies, les autres à un examen clinique. Pour les auteurs, évaluer les bénéfices du dépistage ne devrait pas se faire en terme de survie mais bien en terme  de réduction de la mortalité à long terme. De même, le risque de surdiagnostic ne peut être estimé que dans un essai randomisé se prolongeant suffisamment longtemps après l’arrêt du dépistage, alors qu’un éventuel cancer non dépisté précocement serait devenu cliniquement apparent.

Les femmes ont donc été randomisées en deux groupes, les unes se soumettant chaque année pendant 5 ans à une mammographie, les autres à un examen clinique seul. Le suivi a duré 25 ans.

Pendant les 5 ans du dépistage, 666 cancers ont été découverts dans le groupe mammographie et 524 dans l’autre groupe. Au total 180 des femmes dont le cancer a été dépisté par mammographie systématique sont décédées de leur cancer dans les 25 ans, et 171 de l’autre groupe. Il n’apparaît donc pas dans cette étude de bénéfice significatif du dépistage mammographique sur la mortalité par cancer du sein (Hazard Ratio [HR] 1,05 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 0, 85 à 1,30) quelle que soit la tranche d’âge.

Au cours des 25 ans du suivi, 3 250 cancers ont été diagnostiqués au total dans le groupe mammographie et 3 133 dans l’autre groupe. Là encore, le dépistage mammographique ne semble apporter aucun bénéfice, puisque finalement 500 patientes du groupe mammographie et 505 patientes n’ayant pas eu de mammographie décèderont de leur cancer (HR 0,99 ; IC 0,88 à 1,12).

A la fin des 5 ans de la période de dépistage, il y avait 142 cancers de plus dans le groupe dépistage mammographique (666 vs 524). Quinze ans après le début de l’étude, ce nombre est peu modifié, la différence est encore de 106 cancers supplémentaires dans le groupe mammographie. Ils représentent selon les auteurs les surdiagnostics, soit un taux de 22 % ou encore 1 surdiagnostic pour 424 femmes dépistées.

Il est évident que les conditions particulières de cette étude (dépistage à partir de 40 ans pour certaines, dépistage annuel, interruption du dépistage mammographique au bout de 5 ans) interdisent toute généralisation. Cette étude apporte toutefois des arguments supplémentaires à ceux qui réclament que soient clairement revus les bénéfices de la mammographie systématique.

Dr Roseline Péluchon

Références

Miller AB et coll. : Twenty five year follow-up for breast cancer incidence and mortality of the Canadian National Breast Screening Study: randomised screening trial. BMJ 2014; 348: g366. doi: 10.1136/bmj.g366

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