Antarctique : un sanctuaire pour les manchots et les calamars géants

Commentaire. En Antarctique vient d’être créée une réserve pour les manchots empereurs et les calamars géants. Le plus grand sanctuaire naturel au monde, ouf, enfin, bravo, au moins une chose.

 

L’ARTICLE :

Vingt-cinq pays ont décidé de faire de cette zone de l’Antarctique le plus grand sanctuaire marin du globe. La Russie traînait des pieds pour défendre son droit d’y pêcher notamment “le bar du Chili”.

Que d’eau, que d’eau ! Mais aussi que de glace ! Le plus grand sanctuaire marin du globe va voir le jour dans les eaux de l’Antarctique. Les 25 pays membres de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique ont fini par tomber d’accord pour protéger ce qui est considéré comme le dernier écosystème marin “intact” de la planète : ni pollution, ni surpêche, ni espèces invasives.

Valable 35 ans, l’accord établit la zone protégée en mer de Ross, 1,55 millions de km2 d’une immense baie située sur le côté Pacifique de l’Antarctique, au sud de la Nouvelle-Zélande. Ne cherchez pas le village le plus proche, il n’y en a pas, si ce n’est la base antarctique McMurdo.

Dans le sanctuaire même, 1,12 millions de km2 seront totalement interdits à la pêche. Mais que peut-on pêcher en mer de Ross ? Pourquoi la protection de ce que de nombreux spécialistes appellent “le dernier océan” est-elle si importante ?

Le paradis du manchot

La mer de Ross a les allures d’un vaste désert blanc. Pas un pingouin à l’horizon. En revanche, c’est le royaume du manchot empereur et du manchot Adélie, le paradis de la baleine de Minke et du phoque de Weddell. Tout ce petit monde va pouvoir être tranquille pour se reproduire.

Les profondeurs de la mer de Ross abritent des créatures plus mystérieuses encore. En 2014, un bateau de pêche qui avait lancé son filet dans le coin a ainsi remonté un calamar géant de plus de 3,5 mètres et pesant quelque 350 kg. Les scientifiques néo-zélandais se sont régalés. Le céphalopode est maintenant conservé dans un congélateur du musée Te Papa de Wellington.

Le traité de l’Antarctique protégeait déjà la mer de Ross de l’exploitation pétrolière, mais pas de la pêche. C’est pourquoi la Russie s’est longtemps opposée à la création de ce sanctuaire, jusqu’alors lieu de pêche de la légine, un poisson apprécié du Japon aux Etats-Unis.

La légine, si moche mais si précieuse

Aussi laid soit-il, ce poisson est un prédateur essentiel dans la chaîne alimentaire de la région. La légine mange les petits poissons avant de devenir un mets de choix pour les phoques et les calamars géants.

Pêche de la légine (Marcel Mochet -AFP)

Et il était temps de parvenir à un accord car les stocks de légine commençaient à s’épuiser. Une véritable menace, quand on sait qu’il faut 17 ans pour que la femelle soit mature. En mer de Ross au moins, elles vont désormais pouvoir se reproduire en toute sérénité.

La protection de ce site exceptionnel va permettre aux scientifiques d’étudier le fonctionnement d’un écosystème marin sain quand tant d’eaux du globe sont menacées.

L. M.

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20161028.OBS0455/antarctique-un-sanctuaire-pour-les-manchots-et-les-calamars-geants.html#xtor=EPR-2-[ObsActu17h]-20161028

 

Article paru dans la Lettre Médecine du Sens n° 138