50 ans de pilule, et rien sur la mortalité !

Commentaire.

Souvenons nous du livre de Ellen Grand «Amère pilule», qui nous disait que dans les groupes de femmes qui prenaient la pilule il y avait 2 fois plus de divorces, 4 fois plus de suicides, et 6 fois plus d’enfants battus.

Cela est bien retrouvé dans les motifs de décès présentés par cette étude. Il en est, comme pour le lait et les édulcorants. Il y a des domaines ou la médecine semble respecter des dogmes d’obscurantisme et de manque de rigueur, comme s’il ne fallait surtout pas observer de peur de découvrir.

L’ARTICLE :

Depuis sa première commercialisation aux Etats-Unis en 1960, des millions de femmes à travers le monde ont utilisé la pilule contraceptive. Alors que des risques d’effets secondaires sont rapidement repérés, aucun système de surveillance à long terme n’est institué à l’époque. C’est cependant dans ce but qu’est mise en place en 1976, aux Etats-Unis encore, la Nurses’ Health Study, incluant près de 122 000 femmes âgées à l’inclusion de 30 à 55 ans.

Après 36 ans de suivi de ces femmes et plus de 50 ans après le début de l’utilisation de la pilule, le British Medical Journal publie les résultats de ce travail (3,6 millions de personnes-années de suivi). Un peu moins de la moitié des participantes (48 %) ont choisi cette méthode contraceptive à un moment ou un autre de leur vie.  Sur la totalité de la cohorte 31 286 décès sont survenus. Et bonne nouvelle, il n’est observé aucun lien entre l’usage de la pilule contraceptive et une augmentation des décès toutes causes confondues.

Son utilisation paraît toutefois associée à certaines causes spécifiques de décès.

C’est le cas notamment des décès dus à des violences ou des accidents (y compris suicides), qui sont plus fréquents chez les femmes ayant utilisé la pilule (Hazard Ratio [HR] 1,20 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,04 à 1,37). Cette association, qui paraît assez étrange en première lecture, trouverait, selon les auteurs, une explication possible dans les modifications de l’humeur induites par la pilule, décrites mais encore mal expliquées, et dans les violences conjugales (les femmes prenant la pilule étant plus souvent en couple que celles ne la prenant pas). Ils avancent toutefois ces hypothèses avec beaucoup de prudence.

Il n’est observé aucun lien significatif entre la prise de pilule et les décès de cause cardiovasculaire ou digestive. Seules les utilisations les plus prolongées paraissent associées à une augmentation des décès par cancer du sein (HR 1,26 entre 5 et 10 ans d’utilisation ; HR 1,39 au-delà de 10 ans) et au contraire à une réduction des décès secondaires à un cancer ovarien (HR 0,70 entre 5 et 10 ans, HR 0,60 au-delà de 10 ans).

Les auteurs précisent que ces données concernent principalement les femmes qui ont pris les pilules de 1ère et de 2ème génération dans les années 80. Elles ne doivent pas être généralisées et ne peuvent s’appliquer sans discernement aux femmes plus jeunes qui auront pris des pilules de 3ème et 4ème générations et dont le suivi est pour l’instant plus court.

En conclusion, et en se cantonnant au domaine médical, il convient de rappeler aussi les multiples bénéfices de la contraception orale en termes de prévention des grossesses non désirées et son utilité dans la prise en charge d’autres pathologies (dysménorrhée, syndrome prémenstruel, symptômes liés aux fibromes, etc.).

Dr Roseline Péluchon

Références

Charlton BM et coll. : Oral contraceptive use and mortality after 36 years of follow-up in the Nurses’ Health Study: prospective cohortstudy.

BMJ 2014;349:g6356

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